"Il y a eu un effet Macron" : l'emploi cadre est dynamique, quels secteurs rémunèrent le mieux en 2019 ?

Emploi

ANALYSE – Le cabinet international de recrutement Robert Walters donne ses grandes tendances en matière de rémunération des cadres pour 2019. De nombreux secteurs sont en tension et les entreprises se battent pour attirer les talents.

C’est presque une tradition. Jeter un regard sur 2018, en tirer le bilan, se projeter sur 2019. Et ça marche pour tout, même pour l’emploi des cadres. C’est ce qu’a fait le cabinet international de recrutement Robert Walters, qui a publié ce jeudi son étude de rémunération pour 2019. Car de la bonne santé du marché de l’emploi, des secteurs en demande ou non, dépend, évidemment, le niveau de rémunération.

Et pour 2019, les voyants s’affichent au vert. "Depuis 2015, La France amorce un fort rebond sur la demande de cadres, sur l’embauche, et donc probablement sur les salaires", résume Antoine Morgaut, CEO de Robert Walters des zones Europe, Moyen-Orient, Afrique et Amériques. Cet optimisme du marché est d’ailleurs partagé par les cadres : 80% d’entre eux disent être confiants sur leur avenir. "Il y a eu un effet Macron. Il est moins évident aujourd’hui, on a un peu marqué le pas." La question en effet se pose : les Gilets jaunes auront-ils un impact sur le dynamisme de l'économie ? Pour le CEO, ce n’est "pas encore significatif, mais on sent une sorte d’incertitude, d’indécision." 

Les métiers en tension

Reste que le marché de l’emploi cadre est balayé de grands mouvements -digitalisation des secteurs, Brexit, irruption de l’intelligence artificielle, RGPD... En résulte des métiers à fort potentiel : l’industrie et technologies (IT) du digital, la finance et la comptabilité, les RH, l’assurance, les métiers de la supply chain (chaine logistique), la santé ou encore la construction. De nouveaux métiers, très demandés, apparaissent également. "Le Data scientist est le cas le plus classiquement évoqué, mais aussi cela concerne aussi la blockchain, le jurist compliance ou fiscalist IT."

 Toute cette tension se conclut par un besoin accru de talents en entreprise : c’est la guerre pour les attirer.

Lire aussi

Les fonctions les plus demandées et les plus augmentées

Les fonctions cadre les plus demandées sont, d’abord, les ingénieurs, avec + 23% d’offres en 2018. "C’est le profil le plus dur à trouver", constate Antoine Morgaut. "Il y a un grand besoin de responsable de production, de directeur d’usine, d’autant que des signes montrent que la France se réindustrialise. Pour la première fois depuis plusieurs années, il y a eu davantage d’ouvertures de nouveaux sites industriels que de fermetures." Dans la même dynamique, les RH (+18%) : les évolutions technologiques et réglementaires accentuent les besoins en profils polyvalents. Les fonctions juridiques et fiscales sont également très recherchées, en raison de la "judiciarisation incontestable du monde économique." 

Sur la question des hausses de salaire, tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne, loin de là. Les fonctions cadres qui ont été les plus augmentées en 2018 (une estimation basée sur les 200.000 cadres qui changent de job chaque année, sur la base des 3 millions de cadres) se trouvent dans la finance, l’immobilier, la construction ou la santé. 

Changement culturel chez les cadres

En face, les attentes des cadres ont aussi évolué : "Il y a une évolution culturelle", estime Antoine Morgaut. "Ils cherchent autre chose, de la flexibilité, de la liberté, un équilibre entre vie pro et vie perso… On observe une tendance à se tourner vers le management de transition, le freelance ou le mode projet, pour choisir ses horaires, organiser sa vie." Et, loin d’être une contrainte imposée par un monde du travail qui change, pour eux, c’est un choix.

Les préoccupations ont aussi évolué. "Pour la première année depuis 10 ans, le plus important chez les répondants est la rémunération", fait remarquer Antoine Morgaut. "75% des gens la mettent en première position. C’est nouveau. Avant, c’était le contenu du job, le secteur ou la qualité du management, qui occupait la première place." Le contenu du job et l’équilibre vie pro et perso restent à des niveaux élevés, respectivement 72% et 49%. Mais cette bascule traduit, selon le CEO de Robert Walters, une frustration marquée en terme de pouvoir d’achat.

En vidéo

SOS Villages : quand des cadres se reconvertissent dans des métiers manuels

Le prix de l'immobilier multiplié par 3, les salaires par 1, 8

Pas si incompréhensible, d’ailleurs : le pouvoir d’achat est en baisse, selon les chiffres présentés par Robert Walters. "En 30 ans, l’évolution du coût de transport et du coût des logements a été supérieur à l’évolution des salaires", estime Antoine Morgaut.  Exemple : un jeune diplôme d'HEC entrant sur le marché du travail touchait en, 1985, 25.000 euros par an, et 45.000 euros en 2019 (x 1,8). Dans le même temps, le litre du prix d’essence est passé 0,54 euros à 1, 45 (x 2,6) et le prix du mètre carré, par exemple à Paris, de 3.000 euros à 9.500 euros (x3).

Face à ce diaporama  du marché de l'emploi, les jeunes diplômés semblent sereins, d’après l’étude. 95% d’entre eux sont confiants dans le fait qu’ils vont trouver un job grâce à leur formation.  Mais, là aussi, le changement culturel est prégnant : 88% d’entre eux considèrent qu’ils vont rester moins de trois ans dans leur premier poste. "Ils se projettent dans une vie changeante, infidèle", constate Antoine Morgaut.  Reste que, de tous côtés, l’optimisme est bien présent, prouvé par les chiffres :  "Le pessimisme ambiant est à tempérer. Il y a un monde économique derrière qui ne fonctionne pas si mal."

> Pour télécharger l'étude de rémunération de Robert Walters, c'est par ici.

Lire et commenter