Il soutient ses assurés face à la crise sanitaire : Pascal Demurger, un patron engagé à la tête de la MAIF

Pascal Demurger, directeur général de la Maif.

RENCONTRE – "L’entreprise du 21ème siècle sera politique ou ne sera plus", annonce le titre de son livre. Le directeur général de la MAIF Pascal Demurger, qui face à la chute du nombre d'accidents avait remboursé 100 millions d'euros à ses assurés lors du premier confinement, avant de faire un nouveau geste pour 2021, répond aux questions de Sylvia Amicone sur sa vision des entreprises et leur mission sociale.

Son entreprise, l'assureur MAIF, est devenue récemment société à mission. Pour Pascal Demurger, le rôle des entreprises a évolué. Aujourd’hui, elles doivent aussi assumer un rôle politique. C’est d’ailleurs le titre de son livre aux éditions de l’Aube : L’entreprise du XXIème siècle sera politique ou ne sera plus.  Ne pas tenir compte de cette attente sociale forte, dit-il, exposerait toute entreprise à un risque stratégique. Il répond à nos questions.

Sylvia Amicone : En pleine crise sanitaire, vous avez décidé de geler vos tarifs d’assurance auto pour 2021. Pendant le premier confinement, la MAIF s’était aussi largement démarquée des autres entreprises en décidant de rembourser 30 euros de cotisation par véhicule à ses assurés auto, une décision à 100 millions d’euros. Quel en a été l' impact ?

Pascal Demurger : Il s’est passé quelque chose depuis ce geste, que moi-même je n’imaginais pas être aussi durable et aussi fort. A la sortie du confinement, il y a eu une augmentation très forte du nombre de personnes qui voulaient s’assurer à la MAIF. Aujourd’hui encore, ce mouvement s’est maintenu, ce qui fait que l’on a - contre toute attente - des résultats commerciaux en 2020 très largement supérieurs à ceux des années précédentes. Il y a eu un bénéfice d’image, même si on ne l’avait pas fait pour cela. Il se traduit au plan de la fidélité de nos sociétaires, mais aussi par un bénéfice d’attractivité vers un assureur qui n’a pas eu le même comportement que les autres. Cette décision de rembourser s’est imposée à tout le monde en interne, avec le sentiment de faire quelque chose de complètement juste et normal.

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Aujourd’hui, il y a peu de patrons qui n’ont pas pris conscience que quelque chose était en train de basculer.- Pascal Demurger

Venons-en à votre livre, L’entreprise du 21ème siècle sera politique ou ne sera plus. Vous y exprimez votre vision de l’entreprise, une entreprise engagée dans la Cité qui concilie performance économique et bien commun.  Est-ce un discours qui est accepté aujourd’hui ou reste-t-il encore l’apanage d’une poignée de patrons dont vous faites partie ?

C’est un discours qui intrigue. Un nombre très élevé de dirigeants regardent le sujet. Aujourd’hui, il y a peu de patrons qui n’ont pas pris conscience que quelque chose était en train de basculer. Il y a une attente sociale très forte qui s’exprime, de la part des salariés mais aussi des clients. On attend aujourd’hui plus d’une entreprise que la fourniture d’un bien ou d’un service. On attend aussi qu'elle contribue positivement à la résolution d'un certain nombre de problèmes sociétaux, politiques, qu'ils soient de nature environnementale ou de nature sociale. Donc, je pense qu'il y a vraiment de plus en plus de dirigeants qui ont conscience que ne pas tenir compte de cette attente sociale, de cette évolution des esprits c'est finalement prendre un grand risque stratégique pour l'avenir même de leur entreprise. 

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Certaines entreprises ont pris à bras-le-corps ce discours, mais il y a encore beaucoup de communication, de RSE et de marketing. Est-ce aussi votre avis ?

Alors ça dépend vraiment des cas de figure. Il y a quand même de plus en plus d'entreprises qui sont engagées de manière sincère, qui font des choses puissantes et ayant un impact réel. Elles le font dans le cœur même de leurs activités, elles sont même capables de pivoter et d'abandonner parfois une partie de leur activité pour se recentrer sur d'autres qui ont un impact plus positif. Il y a vraiment des choses très, très fortes. Il y a en revanche évidemment une vague, presque une déferlante de communication sur le sujet, de "mission-washing" et d'entreprises qui communiquent énormément sur des actions qui restent quand même extrêmement marginales. D'où la nécessité, d'ailleurs, d'aider les consommateurs et les citoyens à distinguer le vrai du faux. Je pense qu'il y a de la place pour une sorte de notation des entreprises, en fonction de leur niveau réel d'engagement par thématique et par secteur. 

Quel conseil auriez-vous aimé recevoir au début de votre carrière ? 

Je ne sais pas si je l'ai eu ou pas… ou peut-être l’ai-je eu sans l’avoir entendu ! En tout cas, ce que j'aurais aimé entendre, c'est de veiller à toujours rester profondément aligné entre ses valeurs personnelles, sa vie personnelle, son comportement personnel et puis les valeurs que l'on projette sur son entreprise et les comportements que l'on souhaite y voir fleurir. 

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Bienvenue dans le podcast "Impact positif", dédié à celles et ceux qui veulent changer la société et le monde. Devant l’urgence climatique, la crise démocratique, une société aux inégalités croissantes, certains ont décidé de ne pas rester les bras croisés, ils ont un coup d’avance, l’audace de croire qu’ils peuvent apporter leur pierre à l’édifice. Ils sont ce que l’on appelle des Changemakers.

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