"Lancez-vous, ayez confiance !" Entrepreneuse à succès, elle encourage les femmes à se lancer

Emploi
RENCONTRE - Géraldine Le Meur, chef d’entreprise dans l'univers des nouvelles technologies, installée à San Francisco, compile dans un livre les expériences de 30 femmes entrepreneuses. L’idée : donner confiance aux femmes pour se lancer, en leur montrant que tout est possible.

Elle aime citer cette devise : "If you don’t play the game, you don’t win it" . Qu’elle traduit aussitôt après, dans un sourire : "A un moment si tu ne vas pas demander, tu ne risques pas d’avoir un oui de l’autre côté !" Manière de dire : pour pouvoir l’emporter, à un moment, les filles, il faut se lancer. C’est cet état d'esprit que Géraldine Le Meur veut insuffler aux femmes.


Et elle en sait quelque chose, cette piquante femme brune : elle a cofondé plusieurs sociétés dans l’univers de la "Tech", dont LeWeb, une conférence réunissant les grands noms de la Silicon Valley, devenue emblématique dans le milieu, et The Refiners, un fond qui aide les start-up étrangères à percer en Californie  -si elle parle parfois un peu "franglais", c’est d'ailleurs tout simplement car elle est installée depuis 2007 à San Francisco. 


Aujourd'hui, ce qu’elle veut faire partager, ce sont 30 "femmes formidables", qui lui ont raconté leurs parcours, compilées dans son livre "Comme elles, entreprenez-votre vie". Objectif : montrer ce qu’il y a derrière Instagram, la jolie couverture. Montrer comment c’est, vraiment, la vie d’entrepreneuse, de femme entrepreneuse. Parfois c’est fantastique, parfois pas. 

Des témoignages pour "démystifier"

LCI : Ce livre évoque les femmes dans le monde du travail. Est-ce pour établir un état des lieux ou donner des conseils ?

Géraldine Le Meur : Je veux démystifier la réussite personnelle et professionnelle, à la fois pour l’entreprenariat féminin, mais aussi pour toutes celles qui ont pris d’autres chemins. On nous propose beaucoup de rôles-modèles qui sont un peu comme les mannequins photoshopés des magazines : nous avons du mal à nous identifier. A l’inverse, ces témoignages de femmes sont ancrés dans le réel et l’authentique. Il faut que ce soit inspirant pour les femmes. Mais ce n’est pas un pamphlet féministe. Je suis dans l’équilibre et la solution va se trouver dans ce qu’on peut faire ensemble, hommes et femmes. Mais dans cette optique, il faut justement que les hommes sachent un peu ce que les femmes pensent ! 


Quels blocages identifiez-vous pour les femmes dans le monde du travail ?

Ce ne sont pas vraiment des blocages, mais tous les clichés qui nous collent à la peau et qui parfois... se vérifient. Les femmes ont une sensibilité différente, qui se retrouve dans le travail. Nous allons peut-être être plus perfectionniste : par exemple, les femmes ont davantage de réticence à répondre en se  disant 'je ne coche pas toutes les cases'. Il y a également le syndrome de l’imposteur, très matérialisé chez les femmes. Elle se disent alors qu’elles ne méritent pas leur place.


Par exemple ?

Fanny Bouton, l'organisatrice des Fanny’s Party, un rendez-vous de geeks parisiens, milieu professionnel très masculin, me racontait ainsi avoir observé qu’il n’y a pas assez de femmes qui interviennent en conférence. Et même souvent qu'elles refusent de participer. Je l’ai fait aussi. On se dit : 'Ouh là là, on me demande de parler sur ce sujet, mais j’en maîtrise 5%'. Un homme qui maîtrise 5 % du sujet, il va quand même y aller. 


Mais, en fait, quel est le problème de ne pas tout connaitre, à partir du moment où l’on va avoir une valeur ajoutée ? Est-ce que ça tient à nos habitudes culturelles, linguistiques ou historiques qui nourrissent des différences de comportement ? Je ne sais pas. Mais je voudrais que les femmes apprennent à dire "oui" et à analyser après, plutôt que fermer la porte en disant d’abord "non" parce qu’elles ne s’estiment pas capables. Cette confiance passe aussi par le partage, le fait d’avoir des mentors, des gens qui vous pousse un peu. 

On avait plutôt tendance à se tourner vers moi pour parler famille que businessGéraldine Le Meur

Vous évoluez vous aussi dans un environnement très masculin. Le  sexisme, vous l’avez ressenti ?

J’étais ma propre patronne, donc la boîte était ce que j’insufflais.  Mais parfois, quand je travaillais avec mon ex-mari, on avait plutôt tendance à se tourner vers moi pour parler famille au lieu de me parler de mon business. J’ai toujours recadré systématiquement. Je me souviens de l’avoir fait assez vertement à un client important. Mon ex-mari m’avait alors regardé, l'air de dire : "Non, mais tu sais qui c’est ?". Oui, je sais qui c’est, et je n’ai pas envie de lui parler de mes enfants ! Ce n'est pas vraiment un combat, parce que je n'aime pas ce terme, mais plutôt une attention de tous les jours, une attention aux détails. Il faut relever le détail et ne pas non plus exagérer dans l’autre sens : tout n’est pas non plus harcèlement sexuel ou sexisme.


Pour vous, #Metoo et l'affaire Weinstein ont-ils "congelé" les rapports hommes-femmes au travail ?

#Metoo a fait tout exploser. C’est bien que cela ait éclaté, c’est normal qu’il y ait la colère. Mais aujourd’hui, c’est encore une plaie ouverte, personne n'ose bouger. Il faut encore que tout ceci cicatrise, que tout ce qui ait besoin d’être dit soit dit. Et quand ce moment sera venu, qu’on se mette dans une zone neutre pour réfléchir à mettre en place les bonnes solutions, les bonnes conduites. Cela passe par beaucoup de parole, avec une volonté d’écoute, sans jugement.

Il y a des passages obligés qui ne sont pas agréablesGéraldine Le Meur

Certaines femmes avouent aussi jouer de cette "gêne", ou en tout cas de cette volonté de mettre les femmes en avant ?

Il y a une telle volonté de diversité et de mettre les femmes en avant, alors, je dis, "allons-y" ! Il faut s’engouffrer dans la brèche ! Si on le fait avec les bonnes valeurs, cela va donner le bon exemple. C’est un peu comme quand il y a 15 ans en France, on a dit qu’il fallait 50% d’hommes et 50% de femmes dans les  conseils d’administration. Au début, j’étais la première à penser que ce n'était pas la peine. Et sans doute, les premières femmes dans ces conseils ont été des alibis et ont dû payer très cher le fait d’aller bousculer ces instances avec des générations d’hommes plus âgés. Mais aujourd’hui, c’est naturel, c’est équilibrant, ça apporte beaucoup à l’entreprise. Il y a des passages obligés qui ne sont pas agréables, il faut avaler le médoc, ça n'a pas bon goût, et après on avance.


Constatez-vous un changement, selon les générations de femmes ? 

Le changement, je le vois au niveau du couple. Je considère que je fais partie d’une génération de transition, celles de filles nées de mères de 68. D'un côté, il y avait le foyer -"tu seras une bonne mère, une bonne épouse"- et de l’autre, "tu vas avoir ton diplôme et une jolie carrière". Les trentenaires d'aujourd’hui sont un peu ballottées entre les deux. Mais chez les 20-25 ans, j’ai presque l’impression que ce n’est plus un sujet : même les garçons sont prêts à assumer cet équilibre, pour le bon épanouissement des deux. Je vis peut-être dans une belle utopie. Mais cet équilibre est important, car le couple, la vie de famille et le travail s’entremêlent. La vie, c’est un tout, il n’y a pas de cases compartimentées.


> Comme elles, entreprenez votre vie !, par Géraldine Le Meur, aux éditions Diateino, 19 euros.

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