Des "chiffres exagérés" : combien de salariés sont vraiment en chômage partiel ?

Des "chiffres exagérés" : combien de salariés sont vraiment en chômage partiel ?

FOCUS - Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, a réclamé jeudi au gouvernement des chiffres "fiables" sur le chômage partiel avant toute révision du dispositif. Il dit avoir "découvert" que les chiffres communiqués pour avril étaient "exagérés". Qu'en est-il ?

On s’en rappelle, les chiffres du chômage partiel ont fait l’objet d’un décompte, semaine par semaine, pendant le confinement. La barre des 4 millions, puis 10, puis 12 millions… A chaque fois interviewés dans les médias, la ministre du Travail Muriel Pénicaud, ou le ministre de l’Economie Bruno Le Maire détaillaient ce nouveau palier en se félicitant du succès du dispositif tout en indiquant qu'il n'avait pas vocation à durer.

 

Mais jeudi, le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a tapé du poing sur la table. Il participe en effet  aux négociations entre partenaires sociaux et ministère, dont l’un des volets concerne le chômage partiel, et son évolution. Et à cette occasion, le Medef dit avoir "découvert" que les chiffres communiqués pour avril étaient "exagérés" et" qu'on devait tourner autour de six millions de salariés en équivalent temps plein".

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Des réalités différentes

En avril, selon le ministère, ce sont 8,6 millions de salariés qui étaient au chômage partiel. Les chiffres de mai ne sont pas encore connus. Mais d’après le Medef, "la ministre a surcommuniqué sur 12 millions, 13 millions de salariés en chômage partiel. On a tous découvert (mardi, NDLR) que ces chiffres sont faux : c'est le cumul des demandes de chômage partiel. Si vous demandez une matinée de chômage partiel par mois, ça compte pour un", a indiqué Geoffrey Roux de Bézieux. L'organisation patronale demande donc "à avoir des chiffres précis sur le mois de mai et précis sur le mois de juin. Je pense que ce serait une erreur de bouger le système avant d'avoir ces chiffres", a ajouté Geoffrey Roux de Bézieux.

Alors, 12 millions, ou 8 millions ? De quoi parle-t-on, avec ces deux chiffres différents ?  Sont-ils vraiment gonflés ? En l’occurrence, ils ne le sont pas. Mais ils représentent deux réalités différentes, et il est possible qu’en rapportant ces chiffres, des raccourcis aient été fait, soit par ceux qui les présentaient, soit par ceux qui les entendaient. Mais à chaque fois, le ministère du Travail communique bien sur deux chiffres, issus des calculs de la Dares, l’outil statistique du ministère : ainsi, le 20 mai dernier, il a indiqué que 8,6 millions de salariés avaient été effectivement placés en chômage partiel en avril, mais que des demandes d'autorisation avait été faites pour 11,8 millions de personnes. 

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Une démarche en plusieurs temps

Pour bien comprendre, il faut se pencher sur les démarches faites par les entreprises, pour accéder au chômage partiel.  En effet, avant de mettre des salariés en activité partielle, les entreprises déposent une Demande d’autorisation préalable (DAP) auprès de l’administration. Elles déclarent un nombre prévisionnel de salariés qui seront mis en activité partielle au cours des prochains mois et un nombre d’heures associé. 

Ainsi en mars, ce sont 11 millions de salariés qui ont fait l’objet d’une DAP ; en avril, ce sont 11,9 millions de salariés. En cumul depuis le 1er mars (au 1er juin), 13,1 millions de salariés ont été couverts par une DAP. Ce sont souvent ces chiffres qui ont été présentés dans les médias, par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. 

Mais cela ne signifie pas que tous ces salariés couverts par une DAP seront effectivement mis en chômage partiel. L'employeur demande en effet souvent une autorisation large pour un certain volume de salariés, mais n'utilisent pas forcément tout.  Et en effet, chaque mois, les salariés sont placés (ou pas) en chômage partiel, complètement ou pas. Il envoie ultérieurement une demande d'indemnisation pour les heures qui ont été réellement chômées. Par exemple, pour le mois de mars, seuls 48% des salariés couverts par une demande d'autorisation ont ainsi pour l'instant été placés en activité partielle ce mois-là.

 

 Ces autres chiffres sont tout aussi officiels : en mars, les services du ministère estiment que  7,2 millions de salariés ont été en activité partielle, et en avril 8,6 millions de salariés. Au total, cela représente 832 millions d’heures chômées en avril, soit environ 2,8 semaines de 35 h en moyenne par salarié. Car en effet, parmi ces salariés, tous les rythmes ont existé. Certains ont été au chômage partiel à temps complet : fin avril, environ 20% des salariés en chômage partiel l'était à temps complet, contre 25% fin mars. D'autres, n'ont pu l'être que pour 10 ou 20% de leur activité.

Le nombre de salariés mais aussi d'heures déclarés

Au 1er juin, ce sont 6 millions de salariés qui étaient couverts par une demande d’indemnisation pour mars, pour 278 millions d’heures chômées (soit 1,3 semaine) ; au 1er juin, 6 millions de salariés couverts par une demande d'indemnisation pour avril, pour 595 millions d’heures chômées (2,8 semaines). On le voit à travers ces chiffres : autant de salariés ont été concernés en mars et avril, mais leur "part" de chômage partiel a augmenté.

Si ces chiffres sont importants pour les syndicats, c’est aussi parce que derrière tout cela, c’est le coût que du dispositif qui est en jeu, alors que l’Etat tente de se désengager. Ainsi, lors des négociations cette semaine, Alain Griset, président de l'U2P, a demandé "le coût en euros du dispositif", assurant que "ça va être beaucoup, beaucoup moins important que ce qui avait été dit au début". En avril, Muriel Pénicaud avait indiqué que le chômage partiel pourrait coûter près de 20 milliards d'euros, alors que le dispositif n'était pas encore entré en régime de croisière.

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