Le restaurant de Michael reste fermé : "Je prends les clés et je les apporte au tribunal de commerce ?"

Le restaurant de Michael reste fermé : "Je prends les clés et je les apporte au tribunal de commerce ?"
Emploi

PETITE ENTREPRISE - Au début du confinement, Michael Ferrière, le patron d'un restaurant de la banlieue parisienne, nous avait exprimé ses inquiétudes. Au lendemain de l'annonce d’Emmanuel Macron de maintenir fermés les restaurants et bars au moins jusqu’à mi-juillet, nous avons repris contact avec lui : il est de moins en moins optimiste pour son affaire, comme pour l'ensemble du secteur.

"Ah, bien c’est sûr, on ne va pas se prendre un verre tout de suite !" Michael Ferrière, patron du restaurant OneEach à Clichy, que nous avions déjà interrogé au début du confinement, a regardé comme beaucoup de Français l’allocution d’Emmanuel Macron, lundi soir. Et il n'a pas été rassuré. Cette date de la mi-juillet pour la réouverture, elle est compliquée à avaler. 

"La première question que je me suis posée, c’est : 'pourquoi autorise-t-on les écoles à rouvrir, avec des milliers d’enfants qui vont se retrouver, se sauter dessus et rentrer le soir dans leurs foyers, et en même temps pourquoi continue-t-on à fermer un restaurant qui fait 50 couverts comme moi…", raconte-t-il à LCI. "C’est l’incompréhension totale.  Cette date de sortie n'a aucun sens".

Michael voit les problématiques financières s’accumuler toujours plus. Certes, il y a des aides annoncées. Mais, selon lui, "ce sont des effets d’annonce... J’ai effectué une demande de chômage partiel en mars. Nous sommes le 14 avril, je n’ai toujours rien reçu. Et en attendant, j'ai avancé l’argent. En mars, j'ai réussi. Mais en avril, je ne pourrais pas. On est le 14 avril ? Il reste 14 jours à l’Etat pour payer."

Dans la restauration, explique ce patron, il y a trois foyers de dépenses. Tout d'abord, les matières premières. Sans clientèle, ce poste a chuté, hormis quelques factures des mois passés. Le personnel, ensuite, et ses salaires. Enfin, les coûts fixes (loyer, assurances...), le premier poste de dépenses. Et là, les annonces de lundi soir ne l’ont pas franchement rassuré. Trop floues. "Le président demande aux banques et assurances de participer à l’effort. Mais comment ? De quoi ? Combien ? Pour l’instant, c’est à la discrétion de chacun", comprend Michael. "Tout comme les bailleurs : si tu as un bailleur sympa, tu ne vas rien payer. Quant à mon assurance, pour l’instant, elle ne couvre pas les pertes d’exploitation en cas de pandémie. Cela ne figurait pas dans le contrat puisque c'était un risque qui n'existait pas avant !" 

On se disait que tout le monde allait se ruer dans les bars, faire la fête. Ça ne va sans doute pas se passer comme ça- Mickael Ferriere, patron de OneEach, à Clichy

Et si les banques proposent bien des crédits garantis par l’Etat, avec un an sans rembourser, c’est aussi "reculer pour mieux sauter". "Il faudra bien rembourser, même si c’est dans quelques temps", estime Michael. "Mais on navigue à vue, il est impossible de savoir si l’on va récupérer son chiffre d’affaires. Car on ne reprendra donc pas avant juillet, probablement pas  avant septembre pour une activité normale. Si on regarde Wuhan, ils sont déconfinés. Mais pour aller au restaurant, il faut prendre la température à l’entrée, le serveur a un masque. Bref, des conditions qui font que personne n’a envie d’y aller. Dans l’inconscient collectif, on se disait que tout le monde allait se ruer dans les bars, faire la fête au moment du déconfinement. Cela ne va sans doute pas se passer comme ça. Le chiffre d’affaires ne sera pas le même qu’avant."  Et quand bien même, la saison touristique sera déjà bien entamée. "Les terrasses à Paris, c’est de début mai à septembre".

Bref, tout cela nourrit beaucoup d’incertitudes. S’endetter pour faire survivre un commerce, sans être certain que tout redécollera après ? Ou tout lâcher maintenant ? "C’est très, très dur", dit Michael. "Je suis abonné aux annonces de liquidations judiciaires, en ce moment, j’en reçois deux par jours… Je ne suis pas serein du tout. J’en suis à me questionner sur la suite.  Je prends les clés et je les apporte au tribunal de commerce ? Je ne le souhaite à personne, pourtant."

Le président de la République a annoncé le pire des scénarios possible pour notre secteur- Union des métiers de l'hôtellerie

Le cas de Michael est quasi représentatif. L'annonce d’Emmanuel Macron a ainsi été accueillie d’un air sombre dans le milieu de l’hôtellerie restauration. L'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih), principal syndicat du secteur, ne dit donc pas autre chose, dans un communiqué envoyé lundi soir.  "Le président de la République a annoncé le pire des scénarios possible pour notre secteur. Pour nos entreprises, la catastrophe économique est confirmée." L'organisation a cependant salué la "porte ouverte"  à "des annulations totales" des charges "qui s'expliquent aisément par les zéro recettes du secteur". "Nous saluons l'annonce d’un plan sectoriel pour la restauration, l'hôtellerie, et le tourisme. Nous y travaillons déjà", ajoute l'organisation, regrettant néanmoins "d'être l'un des seuls secteurs sans effet d'horizon".

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Et ce confinement prolongé met également les plus grands en difficulté. Avant même l'intervention de Macron, le chef Philippe Etchebest avait par exemple exprimé lundi soir sur le plateau de C à vous sa grande inquiétude, devant cette "situation catastrophique". "L'hôtellerie et la restauration représentent un million d'emplois. Ce qui est énorme. Au mois de mars, 30% des restaurateurs n’ont pas pu payer leurs salariés. Au mois d’avril, il n’y en aura plus. On estime à 70% les restaurateurs qui ne pourront pas payer leurs salariés",  a estimé le juré de Top Chef. Lui-même fait face à ces problématiques. "J'ai 60 employés dans mon entreprise. J'ai un restaurant qui est fermé. Tout mon personnel est en chômage partiel. J’ai avancé l’argent. Je me suis engagé pour assurer mon personnel et subvenir aux besoins. Mais combien de temps ? Pendant combien de temps ?"

Alors oui, une solidarité existe, Michael le constate et le salue. Les clients comprennent les problématiques, et les dangers pour eux. Des initiatives solidaires se sont lancées comme Sauve ton restau, J'aime mon bistrot,  #quarantaime ou encore soutien-commercants-artisans.fr

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"Oui, les chaînes de solidarité, cela marche très bien", se réjouit Michael Ferrière. "Mais cela va sans doute se tarir car les gens s’occupent d’abord de leurs proches, de leur famille, et c’est normal.  Le gros problème, c'est que derrière les annonces politiques, ce sont quand même le bénévolat et les initiatives de particuliers qui nous aident. On parle aussi beaucoup de la solidarité, des restaurateurs qui donnent des paniers repas gratuitement aux soignants. Ce serait bien que les hommes politiques fassent la même chose. En Bulgarie, les députés ont redonné leurs salaires aux soignants. Ce ne serait pas une belle idée en France, pour montrer que nous partageons tous cet effort ?"

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