LinkedOut, le réseau social qui veut faire buzzer les CV des personnes en précarité

Emploi
SOLIDARITÉ - L’association Entourage vient de lancer LinkedOut, une plateforme digitale qui permet de partager le CV de personnes en précarité à la recherche d’un emploi. L’idée : les faire profiter de votre réseau professionnel, l'une des conditions pour retrouver un job. Nous avons interrogé Jean-Marc Potdevin, son fondateur.

Peut-être vous rappelez vous de Lionel, un SDF qui distribuait son CV dans le métro ? Une utilisatrice de Twitter l’avait pris en photo et avait partagé le cliché sur le réseau social. Le CV avait été retweeté près de 5.000 fois. Lionel avait reçu des appels, passé des entretiens et trouvé un CDI.


Quelle plus belle preuve de l’efficacité des réseaux sociaux ? C’est justement de cela dont manquent les personnes en précarité, qu’elles soient à la rue ou installées dans des hôtels sociaux. "Pourtant, beaucoup d'entre elles ont envie de travailler", constate Jean-Marc Potdevin, le co-fondateur d’Entourage, une association créée en 2014 et qui met en contact sans-abris, riverains et associations. "Ces personnes ont des talents. Au fil de leurs expériences, elles ont accumulé un véritable savoir-faire et un savoir-être. Mais elles sont victimes d'une énorme injustice : elles n’ont pas de réseau. Et sans réseau, tout seul, vous ne pouvez pas trouver de débouchés. Personne ne vous aide par exemple à relire votre CV", souligne-t-il à LCI.

Buzz de CV

D’où cette idée d’aller chercher ce réseau, là où il est : en ligne. En novembre dernier, Jean-Marc Potdevin effectue un test : il poste sur son compte Facebook le CV d’un sans-abri qu’il connait depuis deux ans, Kenny. Le post est partagé 200 fois. Magie du réseau, Jean-Marc Potdevin reçoit l’appel d’une amie d’amie, cheffe d’une entreprise qui livre des plateaux repas et demande si Kenny est qualifié pour ce job. Jean-Marc le recommande : "Je savais que ce boulot, en plein air et avec de l’interaction humaine, était fait pour lui", explique-t-il.


Autre test, à Grenoble cette fois. Le CV buzze. Le soir-même, une société appelle et demande à former le candidat pour poser des fenêtres. "Les gens ont envie d’aider. Il  y a une envie de solidarité et de trouver des solutions", se réjouit Jean-Marc Potdevin. "Il existe d’ailleurs beaucoup de chefs d’entreprises qui sont touchés par la situation sociale du pays. Ils sont prêts à faire des choses". Il faut juste faire se rencontrer les gens.

Un CV repensé

Après ces tests, vient la réalisation effective : la naissance, début juillet, de LinkedOut, un nom en forme de clin d’oeil au réseau professionnel bien connu. L’idée : que chacun puisse partager le CV de personnes en précarité à la recherche d’un emploi afin de leur faire profiter, au fil des ricochets de post et re-post, d’une relation de relation qui pourrait être intéressée.  Comme pour LinkedIn, chacun crée son profil et met en ligne son CV. 

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Et justement, pour mettre en avant ces personnes aux parcours cabossés, tout un travail a été réalisé sur le CV. "Nous l'avons complètement repensé, pour humaniser les candidats", relate Jean-Marc Potdevin. "Nous avons choisi d’occuper un tiers de la page avec une belle photo de la personne. Puis nous avons mis en avant sa personnalité et ses atouts humains : dynamique, énergique, bienveillante, toujours à l’heure, force de travail…". Bref, un CV pour vendre son savoir-faire, mais surtout son savoir-être. 


Les expériences pro sont évidemment aussi là, mais "pas dans une 'timeline', une bio ordonnée dans le temps car cela n’aurait pas de sens". "On ne masque pas les galères de la personne. Par exemple, Kenny est sorti de l’aide sociale à l’enfance quand il avait 15 ans (ndlr : il en a 30 aujourd'hui). Il a fugué de ses foyers, vécu à la rue ou dans des squats. Nous ne cachons pas son histoire puisque l’idée n’est pas de demander un traitement spécial pour ces personnes. Nous les remettons dans l’entreprise et leur donnons leur chance, comme les autres". Autre force de LinkedOut, la recommandation : "Nous la mettons en avant dans le CV. Cela peut-être un voisin qui connait bien le candidat, un ancien employeur qui peut être appelé". 

Un accompagnement humain

Derrière cette plateforme et ces CV, Entourage a surtout construit tout un parcours de soutien pour le retour à l’emploi. "Décrocher le CDI n'est pas aboutissement. Nous avons donc des coachs bénévoles qui aident le candidat dans la durée". Il faut  en effet réapprendre des codes et se réinsérer dans un système. Et un travail, cela change beaucoup de choses. "Tout d’un coup, alors qu'elle était plus ou moins ignorée, la personne réalise qu’on compte sur elle, qu'elle doit être présente, qu’elle a une responsabilité. Au-delà d’avoir un job et de l’argent, le travail redonne aussi le sentiment d’utilité sociale".


Cet accompagnement est réalisé en partenariat avec d’autres associations. C'est le cas de la Cravate solidaire, qui aide le candidat à se préparer, lui prête une chemise voire le relooke un peu, ou encore Carton plein et Clair et Net, des entreprises d'insertion. Des sociétés comme Randstadt, spécialisée dans l'intérim, entraînent quant à elles les candidats à passer des entretiens. 

Venez nous aider ! Par le partage d’un CV ou en nous rejoignant comme coach !Jean-Marc Potdevin, cofondateur d'Entourage

Plus globalement, avec LinkedOut, Entourage poursuit ce but de "créer du lien durable", "d’interconnexion des réseaux" comme levier pour sortir de la précarité. D'abord au sein du voisinage, et dorénavant dans le monde du travail.  "Nous essayons de recréer du lien à tous les niveaux", note Jean-Marc Potdevin, ancien vice-président de Yahoo France et qui a tout plaqué pour changer de vie. "Et nous pensons que l’inclusion économique menée de front avec l'inclusion sociale créent un cercle vertueux. Les deux se renforcent." 


Et lance un appel : "Venez nous aider ! Cela peut-être le simple partage d’un CV ou en nous rejoignant comme coach… Cela ne marchera que si le grand public s’y met. Nous avons vraiment besoin de toutes les forces vives pour faire passer ce message que les personnes SDF sont motivées, ont envie de s’en sortir et possèdent des talents. Chacun est un élément de la solution !"


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