Les syndicats montent au créneau : quel rapport entre coronavirus, chômeurs et travailleurs précaires ?

Agence de Pôle emploi.
Emploi

DÉCRYPTAGE - Les syndicats et plusieurs figures de gauche demandent au gouvernement de "renoncer" dans les plus brefs délais à l'application, au 1er avril, des nouvelles règles de calcul de l'allocation chômage pour les travailleurs précaires, à cause du coronavirus. Quel rapport ? On vous explique.

Coronavirus et chômage, a priori aucun rapport ? Et pourtant. En pleine gestion de l'épidémie, les syndicats demandent au gouvernement de renoncer la troisième phase de la réforme de l’assurance chômage, qui doit entrer en vigueur le 1er avril. Ils estiment que le coronavirus, et notamment ses impacts économiques, va encore précariser davantage les plus précaires.

Pour mieux comprendre cette demande, un petit rappel s'impose. D'un côté, la réforme de l’assurance chômage, présentée et imposée par décret par le gouvernement en 2019. Elle modifie les règles pour les chômeurs en deux temps. Le 1er novembre dernier, les conditions d'entrée dans le régime d'assurance chômage ont été durcies : désormais, il faut avoir travaillé six mois sur les 24 derniers pour bénéficier des allocations chômage. Une dégressivité des allocations des hauts salaires a aussi été instaurée.

A partir du 1er avril, doit entrer en œuvre une grosse partie du gâteau : le mode de calcul des droits et des règles d'indemnisation. L'une des conséquences est que les salariés les plus précaires, qui alternent des contrats courts et des période de chômage, vont, certes, voir leur durée d’indemnisation augmenter. Mais, en contrepartie, le montant de l’allocation va fortement baisser. Les autres demandeurs d'emploi qui s'inscriront à Pôle emploi à compter du mois d’avril et qui ont connu une période de chômage dans les 24 derniers mois seront aussi impactés : le salaire journalier servant de base à l'allocation va être minoré.

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Voilà pour le rappel. Deuxième partie de l'équation  : le contexte actuel. Les partenaires sociaux s’inquiètent que la crise du coronavirus ne débouche rapidement sur une crise économique, dont les plus précaires risqueraient, selon eux, de faire les frais. L'événementiel, le tourisme ou la restauration, des secteurs déjà touchés par une baisse d'activité en raison de l'épidémie, fonctionnent notamment avec des contrats cours, saisonniers, qui servent souvent de fusibles. "En de telles circonstances, les emplois précaires, CDD de courte durée, intérimaires, sont la première variable d’ajustement", rappelle la CFDT dans un communiqué (...). C'est bien en période de crise que le rôle d’amortisseur social de l’assurance chômage doit être réaffirmé !".

FO appuie : "La situation économique créée par l’épidémie risque de conduire à ce qu’un plus grand nombre de salariés se retrouvent en situation de demandeurs d’emplois et donc de subir les conséquences restrictives de ces mesures : non-droit à indemnisation ou réduction du montant de l’allocation." 

La gauche fait front

Or, pour justifier son texte, le gouvernement avait tablé sur la poursuite de la baisse du chômage, qui aurait réduit les conséquences négatives des nouvelles mesures sur les chômeurs. Et c'est peut-être l'inverse qui va donc se produire, avec des règles qui aggraveraient la dégradation du marché du travail. Pour les syndicats en tout cas, c'est clair : "Ces règles d’indemnisation chômage conduiraient dès le 1er avril prochain à réduire l’indemnisation pour nombre de demandeurs d’emplois, notamment les plus précaires, voire à mettre fin à ce droit à indemnisation", assène FO.

La position des syndicats a été relayée ce mercredi par certaines figures de gauche, comme  Boris Vallaud, porte-parole du PS. 

Le député Adrien Quatennens, numéro deux de LFI, a lui aussi demandé sur France 2 de"renoncer à l'application de la réforme", car "il n'est pas possible de l'appliquer dans un contexte où l'économie est mise à mal (…) Il faut tout faire pour que la crise financière ne vienne se traduire sur l'économie réelle", que ce soit "les entreprises les plus fragiles" ou "les personnes les plus fragiles économiquement". 

Un souvenir douloureux

Si les syndicats sont aussi alertes sur ce volet de la réforme, c'est peut-être aussi, rappellent les Echos, parce qu’ils ont en tête un épisode semblable. En décembre 2002, un accord avait été signé entre le gouvernement et les partenaires sociaux, planifiant une réduction de la durée maximale d'indemnisation des chômeurs, à compter du 1er janvier 2004. 

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Sauf qu’au moment de la signature, en 2002, le marché du travail était en pleine reprise. "Mais la conjoncture s'était retournée et la direction cédétiste n'en avait pas mesuré les conséquences sur les chômeurs en cours d'indemnisation", souligne le quotidien économique, évoquant la crise des "recalculés de 2004" : quand cette convention, s’était appliquée en janvier 2004 aux chômeurs déjà indemnisés, 265.000 d’entre eux avaient été "recalculés" et exclus du système. Des associations de chômeurs avaient saisi le Conseil d’Etat dès 2003, avant même que n’apparaisse ce problème, pour contester cette réduction des droits. Le Conseil d’Etat avait fini par se prononcer, demandant à ce que cette mesure soit annulée et que les chômeurs soient "recalculés" dans leurs droits. Un épisode particulièrement douloureux pour les syndicats.

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