Leur boulot a fait pschitt #2 - "Je vais être à terre, mais on va tous devoir se relever", Nadia, auto-entrepreneure

Nadia, et son institut Nadia Créa'cils, dans le Bas-Rhin.

TENIR - Ils sont restaurateur, agent immobilier, avocat, ou encore graphiste. Du jour au lendemain, avec le confinement, leur activité s’est écroulée. Comment réagissent-ils ? Comment vivent-ils cette période ? Aujourd'hui Nadia, responsable d'un institut de beauté dans le Bas-Rhin.

Nadia tient un petit institut de beauté. Elle fait des ongles, allonge les cils, refait les sourcils, prend soin de ses clientes, dans une boutique toute rose, à Bischoffsheim dans le Bas-Rhin. Sur sa page Facebook, s’alignent des dizaines de photos, de ses œuvres colorées. Des ongles bleu, mauve, rose, jaune, mordoré… C’est aussi sur cette page Facebook qu’elle a annoncé, lundi 16 mars dernier, qu’elle allait fermer boutique. Fermeture obligatoire, confinement oblige. 

"Quand il y a eu l’annonce du Premier ministre, sur la fermeture des commerces qui n’étaient pas de première nécessité, j’étais en plein repas avec ma famille et les larmes ont coulé toutes seules", raconte Nadia. "Cela a été tellement brutal... La semaine précédente, je recevais encore mes clientes, en prenant toutes les dispositions, les gants, le masque, le gel hydroalcoolique. Le samedi, j’ai encore travaillé normalement. Le samedi soir la nouvelle est tombée. Mon planning était chargé jusqu’en mai." Et tout bascule. "C'est un château de carte qui s’écroule."

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Nadia est autoentrepreneure, depuis huit ans. Sa petite affaire marchait bien, était même en plein essor. Sur le coup, "tu te dis "c'est mort, tout est fini et on se demande ce qu'on va devenir. Et puis, on reçoit des messages de clients, qui nous encouragent, nous disent "surtout ne t’inquiète pas, quand le confinement sera fini je serai là", et le moral remonte… Même si je sais que la suite sera très compliquée. "

Car pour une auto-entreprise comme celle de Nadia, c’est ça l’enjeu : tenir, alors que plus rien ne rentre. "Sur le plan financier, c’est simple : depuis ce fameux lundi, je n’ai plus de salaire. Plus un centime qui rentre, et je ne sais pas pendant combien de temps. Comment vais-je finir le mois ? Heureusement, je suis mariée, et mon mari travaille. Enfin, il est en chômage partiel. On se dit qu’il va falloir vivre avec un salaire. Et ce n’est pas possible."

Car si rien ne rentre, restent les charges fixes, et trois enfants. "Les factures continuent à tomber, et par moment une espèce d’angoisse ronge", dit Nadia. Nadia a quelques réserves, dans lesquelles elle a dû piocher. "On a cette chance. Parce que pour nourrir une famille de cinq, sinon, c’est compliqué. Un plein de courses, c'est 500 euros la semaine... Mais cet argent n’était pas destiné à cela. Vraiment, ça tombe mal pour tout le monde."

Nadia pense aussi aux autres. A tout le monde, d’ailleurs. "Nous sommes en Alsace, zone très touchée, et c'est extrêmement compliqué, on a peur. On prend des nouvelles de tout le monde en espérant que cela se passe bien. Mais, cela la rassure de se dire qu'elle n'est pas la seule. "Je vais être à terre, mais on va tous devoir se relever. Je pense aussi à ceux qui venaient juste de construire leur entreprise… A mon avis, ils pourront mettre la clé sous la porte."

Regardez où on en est une dizaine de jours. Alors imaginez, dans un mois, deux mois…- Nadia, auto-entrepreneure

Avec son statut d’autoentrepreneur, Nadia devrait pourtant avoir droit à une aide exceptionnelle, promise par le gouvernement. Une aide qui peut aller jusqu'à 1500 euros pour les petites entreprises qui ont perdu 50% de leur chiffre d'affaires au mois de mars. Nadia doit faire ses comptes et préfère ne pas trop compter dessus. "Evidemment, c’est mieux que rien. Si je les reçois, cela me permettra de payer les loyers de ma propriétaire qui seront en retard et les charges. Et même s’il y a une suspension des loyers, il faudra bien payer, à la fin."

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Cette épidémie nous met dans la tête des questions, sur qui on est, ce que l’on est...- Nadia, fondatrice de Créa'cils

Bref, le moral est comme les chiffres : aléatoire. "Intérieurement j’ai une crainte, c’est normal, il faut être réaliste. Au niveau économique, je ne sais pas ce qui nous pend au nez mais cela fait peur. Regardez où on en est une dizaine de jours. Alors imaginez, dans un mois, deux mois…" La durée de la crise lui fait peur. Après, il faudra tout reconstruire, et je reconstruirais. 

Nadia, reste optimiste. "Advienne que pourra, je ne suis pas la plus à plaindre". Et dans tout ça, elle a vu naître quelque chose de nouveau : une conscience des autres, une solidarité, un soutien. D’abord, en tant que commerçante. "Je compte vraiment sur mes clients, leur présence qui m’encourage." Hier, par exemple, elle a envoyé un SMS groupé à toutes ses clientes fidèles, pour prendre de leurs  nouvelles. "Elles m’ont toutes répondu, en disant qu’elles étaient super contentes de savoir que tout allait bien, que je pouvais compter sur elles. Cela m’a fait chaud au cœur. Cela m’a fait du bien. Une vraie solidarité s’est créée : le fait d’être éloignés nous rapproche", constate Nadia. Elle, à son niveau, a aussi voulu aider. "A l’institut, j’avais des masques ; J’ai passé une annonce Facebook, en les proposant, ainsi que des gants. Et j’en ai fait don à des infirmières libérales, à ma sœur qui travaille en Ephad. J’ai voulu au moins faire ça. Cela me paraissait normal."

Plus généralement, elle espère que cette pandémie changera un peu le monde. Que ce regard  sur l'autre, cette solidarité, persisteront. "Cette épidémie nous met dans la tête des questions, sur qui on est, ce que l’on est, on regarde autour de soi, et l'on se rend compte qu'il y a pas mal de gens qu’on aime, et que quand même, ne plus les voir… Alors tant que nous sommes épargnés par cette saloperie, que nos proches ne sont pas touchés, c’est le plus important. Et pour le reste, on va trouver des solutions. Qui dit problème, dit solutions !"

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