Leur boulot a fait pschitt#3 : "Si je perds tout, eh bien ce sera l'occasion de recommencer", Clotilde, dessinatrice

Leur boulot a fait pschitt#3 : "Si je perds tout, eh bien ce sera l'occasion de recommencer", Clotilde, dessinatrice

TENIR - Ils sont restaurateur, agent immobilier, avocat, ou encore graphiste. Du jour au lendemain, avec le confinement, leur activité s’est écroulée. Comment réagissent-ils ? Comment vivent-ils cette période ? Aujourd'hui, Clotilde, dessinatrice.

Clotilde dessine. Elle adore ça, croquer ce qu’elle observe. Surtout les gens. Des gens croisés au hasard, des copains, des voisins. Leur tenue, leur pause, ce qu’ils dégagent : joyeux ? timide ? rêveur ?

Elle aime ça, au point qu’il y a trois ans, elle a lancé sa petite entreprise de papeterie dessinée personnalisée, Marin & Toinette. Marin, c’est son fils, Antoine, son amoureux. Une histoire de famille, quelque part. D'ailleurs, c’est un peu Antoine qui lui a soufflé l’idée, quand ils se sont mariés : pourquoi ne dessinerait-elle pas leur faire part elle-même ? Tout est parti comme ça.

Car ce que Clotilde crée, ce sont des dessins personnalisés, pour des occasions. Un mariage, un baptême ou quelqu’autre heureux évènement. Et elle dessine, à partir des photos qu’on lui envoie, d'envies que l'on a.

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Mon boulot, c'est les projets des gens, et on a l'impression qu'ils les ont arrêtés- Clotilde, dessinatrice

Et la petite entreprise roulait bien. De mieux en mieux, même. Jusqu’à ce que la crise du coronavirus ne vienne tout chambouler. "Mon activité était en plein essor", raconte-telle. "Je commençais à me faire connaître des particuliers, et mon projet intéressait aussi des professionnels, pour l’agrandir." Elle n’avait pas vu venir le coup d’arrêt. Cela a été brutal. Tout s’est écroulé.

"Il y a dix jours, je recevais environ 20 demandes de devis par jour. Aujourd’hui, je suis à environ trois", raconte-t-elle. Le cœur de son job, c’est de dessiner pour des mariages, des baptêmes… autant d’évènements festifs, mais qui, rassemblant du monde, ont été annulés ou repoussés. En ce moment, elle le voit, tout s’est arrêté. Comme suspendu. Les gens retiennent leur souffle. "Mon boulot, c’est les projets des gens, ce qu’ils imaginent, rêvent, projettent. Et en ce moment, on a la sensation qu’ils ont tout arrêté, qu'ils ne se projettent plus."

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Quand on travaille seul, on a l’habitude de beaucoup relativiser- Clotilde, dessinatrice

Dur. Frustrant, quand elle était en plein élan. "Moralement, cela met un coup", raconte Clotilde. "Quand tu travailles dur et seule pour que ton entreprise se développe, et que tu vois enfin un peu le résultat, cela met tellement en colère que tout ralentisse !" Alors, oui, sans doute il y a eu des hauts et des bas, ces derniers jours où il a fallu accepter. Il y en a encore. Des matins compliqués, à avoir envie de pleurer, ou hurler, c’est selon. Sans doute, si elle laissait les choses faire, elle pourrait se retrouver à contempler ces grandes journées devenues vides, qui s’étirent. Mais Clotilde est résolument positive. Optimiste. Battante. "J’ai encore quelques commandes, qui m’occupent", raconte-t-elle. "Et j’en profite pour faire un travail de fond, référencement, articles de blogs, idées créatives." 

Côté financier, elle fait face aussi. Jusqu’à récemment, elle avait le statut d’artiste auteur affilié à la Maison des artistes. Maintenant, elle a une société. Mais ne touche aucune aide. N’en touchera aucune, d’ailleurs, liée au coronavirus. Elle ne rentre pas dans les bonnes cases. Alors Clotilde puise dans ses réserves. Les derniers mois, avec le succès, elle avait mis de côté. Quelques milliers d’euros, destinés à développer la boutique. C'est dans cette petite réserve, qu’elle puise. "Cela va me servir pour les charges, mais qui sont pour l’instant reportées." Evidemment, la provision va filer vite, et c’est dur de voir cet argent destiné à investir, économisé euro par euro, filer si vite pour du courant. "Mais je relativise", dit Clotilde. "Quand on travaille seul, je pense qu’on a l’habitude de beaucoup relativiser. Tout le temps, d’ailleurs ! En tant qu’indépendant, tu ne comptes jamais sur les autres. Ni sur l’Etat ni sur les collègues. Du coup ton organisation est faite pour."

Vers de nouveaux projets

En fait, aujourd’hui, elle est plus inquiète pour la santé de sa famille, de ses parents, de la planète, que pour son boulot. "Si je perds tout, et bien ce sera l’occasion de recommencer !" Elle a de la famille en Italie, et s’en référant à eux, elle estime que tant que la santé va, tout va. "En Italie, les gens pensent comme moi aussi. Quand on atteint ce stade, rien n’est grave !"

Voir ce qui va. Le développer. Voilà où elle en est. Et, comme dessinatrice acharnée, elle préfère se dire que cette période peut aussi être source de créativité. "Oui, cela m’inspire dans mon travail, même si le dynamisme a du mal à suivre en confinement ! J’ai aussi mon fils à gérer, toute l’intendance à faire. Mais c’est un fait : ce qu’il se passe est source de créativité, à un niveau personnel, mais aussi professionnel. Cela pousse à penser autrement. C’est mieux pour la planète, cela permet de se concentrer sur l’essentiel, et de prendre le temps."

D’ailleurs, ce temps ralenti, elle le met à profit. Elle vient de se lancer dans l’écriture d’une BD. "C’est marrant, avant tout cela, j’avais déjà cette idée de BD en tête : cela porterait sur les voisins. Cela tournerait autour d’une question : que se passerait-il si du jour au lendemain tu regardais vraiment ton voisin ? Et le confinement est arrivé. Alors j’ai commencé à écrire ma BD." Elle dresse les personnages fait leur portrait, prend son temps. "Ça va être long. Un an minimum, à vue de nez." Un confinement n’y suffira donc pas.

En vidéo

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Pour retrouver les autres épisodes de Leur boulot a fait pschitt, c'est par ici :

> "Il y en a qui vont craquer, c'est sûr", Michael, restaurateur

>  "Je vais être à terre, mais on va tous devoir se relever", Nadia, auto-entrepreneure

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