Licencié après avoir été pris en photo assoupi, l’ex-agent de propreté parisien contre-attaque aux prud'hommes

Photo d'illustration
Emploi

DROIT DU TRAVAIL - En 2018, un agent de propreté parisien avait été pris en photo en train de faire la sieste sur son temps de pause. Le cliché, publié sur Twitter, avait fait le buzz. Depuis, l’agent a été licencié par sa société. Aujourd’hui en grande précarité, il a saisi les prud’hommes, qui se penchent sur son dossier ce mardi.

Le pouvoir des images. Ce qu'on leur fait dire, et ce qu’il y a vraiment derrière. Leurs conséquences dans la vie réelle…. L'histoire arrivée à un agent de propreté de la Ville de Paris ferait un bon cas d’école. Peut-être vous rappelez-vous ce cliché qui a circulé sur les réseaux sociaux en septembre 2018 : on y voit un agent de propreté de la ville de Paris, identifiable à sa chasuble verte et jaune fluo, calé sur le pas de porte d’un magasin. Il a enlevé ses chaussures, et s’est allongé, bras et jambes croisés. Il dort.

Le cliché avait été posté sur Twitter, assorti d’une légende corsée : "Ce soir à 17h40, rue Jean-Lantier 75001 Paris… Voilà à quoi servent les impôts locaux de parisiens : à payer les agents de propreté à roupiller." La photo avait fait le buzz, évidemment mauvais.

Une sieste pendant sa pause

On le voit sous le tweet, le buzz est relativement faible : la publication a fait l'objet d'un petit millier de retweets. Dans le monde des réseaux sociaux, c'est bien peu.

Mais à l’époque, les services de la Ville de Paris appellent le prestataire, la société Polysotis, filiale du groupe Derichebourg  environnement, en s’enquérant, d’après le Parisien qui relate l’affaire, des suites à donner. La société est réactive : le 14 septembre, le salarié est convoqué à un entretien préalable. Derichebourg environnement indique alors sur Twitter, en réponse au tweet incriminant, que la personne qui apparaît sur la photo fait l’objet d’une procédure disciplinaire. L'agent est licencié pour faute grave, indique Le Parisien. 

L’homme sur la photo, c’est Adama Cissé, 37 ans. Il est en CDI, travaille dans le secteur de la propreté à Paris depuis 2011. Le 12 septembre 2018, il est de tournée de collecte de corbeilles, avec un chauffeur. Il raconte aujourd’hui  au Parisien : "C’était la pause, je me suis juste allongé pour me reposer. Le travail est difficile, on descend et remonte dans le camion sans arrêt". 

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Les internautes se mobilisent

Son employeur pointe de son côté un comportement "non conforme ni aux engagements du contrat de travail, ni au règlement intérieur", qui demande un "comportement exemplaire". L’employé est aussi accusé d’avoir dépassé son temps de pause, et de n’avoir pas fait sa tournée dans les temps. Mais Adama Cissé oppose sa version : l’équipe était en avance, comme cela arrive parfois. Le conducteur - qui d'ailleurs n’a pas été sanctionné - a lui-même décidé de faire cette pause, et c’est aussi lui qui a décidé quand l’équipe devait repartir. Et d'après lui, la tournée a fini à l’heure. 

Aujourd’hui, Adama Cissé est "en situation de précarité", rapporte le Parisien. Il a saisi les prud’hommes. L’audience se tient ce mardi à Créteil, dans le Val-de-Marne (la décision devrait être mise en délibéré). "On ne conteste pas la photo, mais il y a un contexte derrière tout ça. Il était en pause, pas en temps de travail", souligne son avocat, Joachim Scavello, auprès de l'AFP.  Selon lui, "la question qui se pose est : peut-on utiliser une photo prise à l'insu de quelqu'un pendant un temps de pause pour le licencier ?".

Depuis la publication de l'article du Parisien, de nombreuses réactions d'internautes outrés émergent sur Twitter, interpellant la société Derichebourg mais aussi la Ville de Paris. "Le mépris et la décision radicale que vous avez eus pour votre employé face à la délation d'un profil Twitter anonyme (à peine raciste) en dit long sur l'éthique et les valeurs de votre société !", dénonce ainsi une internaute. 

Certains n'hésitent pas à afficher leur soutien à Adama Cissé, parfois sous forme humoristique.

La personne à l'origine du cliché, également retrouvée par les internautes, se fait aussi alpaguer sur le réseau social. D'ailleurs, le tweet originel a été exhumé et commence lui aussi à être envahi par les réactions... En fin de journée ce mardi, le hashtag AdamaCissé était même dans les tendance France sur Twitter, avec plus de 35.000 tweets échangés sur le sujet.

Face à la polémique, Derichebourg environnement, a d'ailleurs fini par répondre, notamment via un tweet à l'essayiste et député européen Raphaël Glucksman, qui l'interpellait sur le réseau social : "Par cette décision de licenciement, Derichebourg a souhaité protéger l'ensemble de ses collaborateurs impliqués au quotidien à rendre une qualité de service irréprochable", écrit le service communication.

Des explications qui n'ont pas convaincu les internautes. 

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