Masque, shampoing obligatoire, horaires étendus... les coiffeurs s'adaptent pour rouvrir le 11 mai

Masque, shampoing obligatoire, horaires étendus... les coiffeurs s'adaptent pour rouvrir le 11 mai
Emploi

ADAPTATION - C’est dit, le 11 mai, les coiffeurs vont pouvoir rouvrir. Mais comment respecter les gestes barrières dans un métier de contact ? La distanciation sociale au bac à shampoing ? Pendant que les fédérations planchent sur une "fiche métier" et des gestes sanitaires commun, chaque professionnel se prépare.

"Mardi 12 mai, je suis déjà complet. Dès qu’on a eu la date du 11 mai, beaucoup de clients ont commencé à prendre des rendez-vous. J’ai même reçu des mails de gens que je ne connaissais pas." Laura est coiffeuse. Patronne de l’Unik instant, petit salon de coiffure rue Damrémont, à Paris. Depuis le début du confinement, elle est comme "un lion en cage" : "Je déteste ne pas travailler ! Elle compte les jours avec un objectif, le 11 mai. 

"J’ai commandé des gels hydroalcooliques, via une union des commerçants, il y a aussi des marques de shampoing qui en offrent avec les commandes", raconte-t-elle. "Pour les masques, j’ai demandé à ma voisine, qui en fabrique en tissu." Elle a entendu parler de visières. "On ne pourra pas non plus se déguiser !", glisse-t-elle, un peu acide. Elle pointe moult "incohérences", allers-retours, qui n'aident pas à y voir clair. 

Dans son salon, Laura travaille seule : "Au grand max, j’ai trois clients, donc pour la distanciation sociale, ça va." Et pour le reste des mesures d’hygiène, elle prévoit quelques ajustements mais "les salons de coiffure, ce n’est pas l'endroit où il y a le plus de bactéries : je me lave les mains à chaque shampoing, tous les outils sont désinfectés à chaque client… Là je vais nettoyer le fauteuil à chaque fois, et envisager de porter une visière." Et comme les clients s'annoncent nombreux, elle envisage d’ouvrir plus tôt et de fermer plus tard. Mais ne touchera pas à ses week-end. 

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Fini, sans doute, les magazines et le vestiaire

Comme elle, ce sont 85 000 salons de coiffure français qui pourront rouvrir leurs portes dès le 11 mai. Depuis quelques jours, les fédérations travaillent, pour proposer une "fiche métier", afin de baliser les précautions et mesures sanitaires à mettre en oeuvre. "Elle va être envoyée officiellement ce jeudi aux services du gouvernement", nous explique Christophe Doré, vice-président de Union nationale des entreprises de coiffure. Une dernière présentation a été faite et amendée par les partenaires sociaux, "pour tenir compte du fait que dans le domaine de la coiffure, il y a des salariés, des chefs d’entreprises, des consommateurs, il faut penser à tous."

Et si la "fiche métier" doit encore recevoir le feu vert final, Christophe Doré le dit : "Qu’on le veuille ou pas, plus rien ne sera comme avant dans la coiffure." Moults petites habitudes vont disparaître. "Par exemple, quand vous venez, on a le plaisir de vous accueillir, de prendre votre vestiaire, de vous l’accrocher. On vous propose des magazines, un café. Ces gestes, aujourd’hui, vont disparaître."

Si je vous coupe les cheveux, il n’y aura jamais un mètre entre vous et moi, c’est impossible- Christophe Doré, vice-président de l'Union des entreprises de coiffure

Et le coiffeur le regrette, car comme pour beaucoup de petits commerçants, une partie du plaisir est dans le contact. "On a le plus beau métier du monde, parce qu’on a cette proximité avec nos clients", dit Christophe Doré. "Quand vous allez depuis plusieurs années chez le même coiffeur, on se prend par les épaules, il y a un contact privilégié. Les lignes de notre relation vont bouger. Le moins longtemps possible", espère-t-il  Evidemment, gels hydroalcoolique, gants, masques vont être incontournables dans les salons de coiffure, ainsi que, sans doute, des visières, pour les coiffeurs. "Les relations avec un masque, ce n’est quand même pas pareil. Mais aujourd'hui c’est indispensable", concède-t-il.

Certaines contraintes, comme la distanciation, vont en revanche être compliquées à adopter. "Entre les clients, la distance d'un mètre existe déjà", poursuit Christophe. "Mais très clairement si je vous coupe les cheveux, il n’y aura jamais un mètre entre vous et moi, c’est impossible." Le shampoing ne sera par contre plus une option, au salon. "Ce sera une obligation que le coiffeur fasse un shampoing à son client", par mesure d’hygiène. Certains coiffeurs, dans l’attente des nouvelles règles sanitaires, craignent de ne pas pouvoir proposer des techniques de coiffure, couleurs, permanentes, mèches, qui représentent une bonne partie du chiffre d’affaires. Là-dessus, le vice-président a tranché : "Tout ce qui est produit chimique, teinture, nous souhaitons que cela reste un travail professionnel."

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Le sujet de l’amplitude horaire a été aussi mis sur la table avec la possibilité d'équipes du matin et du soir, "pour avoir moins de chassé-croisé à la fois entre les coiffeurs, mais aussi pour répartir les clients", précise Christophe Doré. "Nous avons même évoqué le travail dominical. Sans être forcément pour, on pense qu’on va avoir une demande assez importante à l’ouverture. Après, est-ce que cela sera vraiment le cas ?" Evidemment, les réalités ne seront pas les mêmes, suivant la taille des salons. Et contrairement à ce qu'on peut penser, les grands salons, brassant beaucoup de monde, dans un petite espace, avec une grande équipe de coiffeurs, auront sans doute plus de choses à adapter. 

Le syndicat est en tout cas favorable à l'ouverture à partir du 11. "Pour nous, il est important de relancer l’économie de notre métier", poursuit le vice-président. "Aujourd’hui, on en est presque à deux mois de confinement, sans chiffre d’affaires, mais pas sans zéro dépenses,. Mais la fédération laisse chaque salon libre de son choix. Car oui, on veut reprendre, mais pas à n’importe quel prix." Ce prix, le syndicat professionnel le mesure bien : le 13 avril dernier, il a perdu son président, Bernard Stalter, emporté par le coronavirus. 

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