"Même si je vis jusqu’à 150 ans, je ne pourrai pas rembourser" : ces petits commerçants ont tout perdu pendant la crise

"Même si je vis jusqu’à 150 ans, je ne pourrai pas rembourser" : ces petits commerçants ont tout perdu pendant la crise
Emploi

TÉMOIGNAGES - Si le déconfinement a permis à certaines entreprises de reprendre progressivement leurs activités, la crise du Covid-19 a causé de nombreuses faillites, notamment de petits commerces. Des dépôts de bilan très difficiles à surmonter, pour lesquels des cellules psychologiques sont mises en place.

La crise du Covid-19 a fait des dégâts considérables en France, aussi bien au niveau humain (près de 30 000 décès) que sur le plan économique. Si les grandes entreprises ont notamment été fortement impactées, les PME et petites entreprises familiales ont quant à elle été frappées de plein fouet et certaines d'entre elles ont déjà dû mettre la clé sous la porte. 

Si pour l'instant le nombre de faillites reste faible, il pourrait exploser à partir de septembre, avec la disparition du chômage partiel et le remboursement du prêt garanti par l'Etat pour les entreprises. Pour l'année 2020, l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) prévoit ainsi 100 000 dépôts de bilan, soit deux fois plus que l'an dernier.

Je ne peux même pas vous dire que j’ai un centime de côté".- Pascal Février, ancien propriétaire d'un magasin de jouets à Rennes.

C'est notamment le cas de Pascal Février, la cinquantaine et propriétaire d'un magasin de jouets à Rennes. Après 30 ans de carrière dans la grande distribution, il avait décidé de tout plaquer et de réaliser son rêve, à savoir ouvrir sa propre boutique, en famille. "L’idée, au départ, c’était d’assurer l’avenir de mes enfants. Moi, après, je partais en retraite. Le but était de se faire plaisir et de travailler en famille" explique-t-il à TF1. Pendant cinq ans, l'entreprise se porte bien, la fille de Pascal, son gendre et sa femme ne comptant pas leurs heures.

Seulement, à partir de l'automne 2018, les crises successives des Gilets jaunes et de la réforme des retraites portent un sérieux coup aux affaires de Pascal, qui voit alors son chiffre d'affaires chuter de 60%. Le Covid-19 a ensuite sonné la fin de l'aventure. "Je suis dégoûtée de voir que mon papa a travaillé si dur, pendant si longtemps, pour ça" réagit la fille de Pascal, Enora, les larmes aux yeux. Et pour cause, avec cette faillite, Pascal a a accumulé des dettes allant jusqu'au million d'euros. "Aujourd’hui, je n’ai plus rien du tout. Je ne peux même pas vous dire que j’ai un centime de côté, je n’ai plus rien. Même si je vis jusqu’à 150 ans, je ne pourrai pas rembourser, c’est cuit. Aujourd’hui, ce sont mes enfants qui nous aident à vivre" s'attriste Pascal, pour qui le tribunal de Rennes a finalement trouvé une solution de reprise fin juin.

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C’est toute une vie qui s’écroule.- Corinne Moreira, ex-propriétaire d'une épicerie bio à Pithiviers.

Comme Pascal, Corinne Moreira a également tout perdu après le dépôt de bilan de son épicerie bio à Pithiviers, dans le Loiret. "C’est toute une vie qui s’écroule, c’est difficile de se dire qu’on a construit tout ça ... J’ai tout choisi, le mobilier, les couleurs, tout. J’y avais mis mon âme, toutes les économies de ma vie" indique-t-elle en pleurs, en faisant visiter à TF1 les locaux de son ancien magasin. 

"C’est difficile. Mais je ne veux pas rentrer dans une phase de dépression. Je suis une battante, je vais m’en sortir. Et s’il faut faire un boulot strictement alimentaire pendant quelques mois, je le ferai" ajoute-t-elle alors que les 50 000 euros de son assurance vie ont été saisis par la banque pour payer ses fournisseurs. A 51 ans, Corinne n'a droit à aucune aide de l'Etat pour mieux gérer cette faillite car elle touche la pension de réversion de son mari décédé, soit 500 euros par mois.

Une cellule psychologique pour accompagner les entrepreneurs en faillite

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Après leur faillite, de nombreux entrepreneurs sont suivis de très près par une cellule psychologique mise en place par la justice. Le but : les accompagner et leur éviter de penser au pire. "Souvent, quand l’entreprise va mal, il n’y a pas que l’entreprise qui va mal. Tout, dans l’environnement, est déjà problématique. On parle alors des 3D : dépôt de bilan, divorce, dépression" explique à TF1 Fabienne Bailly, psychothérapeute. 

"On veut à tout prix éviter qu’un échec financier se termine par un échec personnel. On craint tout simplement que la personne se suicide" ajoute François Flaud, président du tribunal de commerce de Rennes...

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