Nouvelle campagne de testing dans les entreprises : une arme efficace contre les discriminations à l'embauche ?

Nouvelle campagne de testing dans les entreprises : une arme efficace contre les discriminations à l'embauche ?
Emploi

FOCUS - Pour lutter contre les discriminations, le gouvernement lance une nouvelle vague de testing sur des grandes entreprises, dans la foulée d’une opération lancée en 2018. L’idée : mieux caractériser les discriminations à l’embauche pour mieux les combattre.

L’opération avait été évoquée par Julien Denormandie dimanche, au lendemain de manifestations contre les violences policières et le racisme à travers la France. Dans la foulée du ministre en charge de la Ville et du Logement, le gouvernement annonce officiellement ce mercredi une grande campagne de testing en entreprise, pour lutter contre les discriminations à l'embauche. 

"L’existence de discriminations dans l’accès à l’emploi, en particulier pour des habitants issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville est une des manifestations des inégalités qui sèment le doute sur les valeurs républicaines et sur l’efficacité de l’action publique", écrit le ministère du Travail dans un communiqué. "L’objectif du gouvernement est de lutter contre ces discriminations et cela passe d’abord par la mise en lumière de l’existence de ces discriminations."

Calendrier accéléré

L'opération était prévue, mais le gouvernement a choisi "d’accélérer le calendrier en lançant la campagne dans les prochaines semaines". En fait, cette campagne est la deuxième vague d’une opération lancée en 2018 par la ministre du Travail Muriel Pénicaud, le ministre chargé de la Ville et du Logement Julien Denormandie, et la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa : une grande opération de testing  menée en France sur les 120 plus grandes entreprises françaises (SBF 120), organisée en trois vagues de testing. 

La première vague, dont les résultats ont été publiés en janvier dernier, avait testé 40 de ces 120 entreprises, tirées au sort. 10.000 candidatures avaient été envoyées et analysées. A chaque fois, pour la même entreprise, avaient été rédigées deux candidatures fictives et similaires de candidats de nationalité française, l’une d’elle affichant un nom à consonance maghrébine. Les résultats étaient assez parlants : sur l’ensemble des entreprises testées, le taux de succès du candidat au nom ayant une consonance maghrébine était de 9,3%, contre 12,5% pour le candidat avec un nom à consonance européenne.

Sept entreprises déjà épinglées

L'étude avait notamment identifié sept entreprises, pour lesquelles la "présomption de discriminations" était plus marquée : Renault, Air France, Accor, Altran, Arkéma, Rexel et Sopra Steria. Leurs noms avaient été cités, leur faisant une bien mauvaise publicité. La deuxième vague va cibler à nouveau 40 grandes entreprises du SBF 120 tirées au sort. 

La question se pose : à quoi servent donc ces testings ? D’abord à ce "name and shame", cette technique qui consiste à rendre public le nom des entreprises responsables de discriminations, en espérant, sous la pression de l’opinion publique, faire bouger les lignes et les consciences. Mais l'exercice a ses limites, d'autant que le gouvernement lui-même avait pris des pincettes avec les résultats du premier rapport :  "Deux limites méthodologiques ont été soulignées par les auteurs du test eux-mêmes et lors des échanges avec les entreprises", indiquait un communiqué ministériel. "La majorité des tests ont reposé sur des canaux (candidatures spontanées) peu ou qui ne sont plus représentatifs du recrutement des grandes entreprises selon elles ; et les postes testés ne sont pour certaines entreprises pas dans leur cœur de cible (technicien de maintenance et hôtesse d’accueil)."

De ce fait, "les résultats mettant en évidence l’existence de présomption de discrimination ne sont pas transposables à l’ensemble des canaux et processus de recrutement des entreprises concernées, pas plus qu’ils ne révèlent une volonté délibérée de discriminer certains publics", soulignait encore le communiqué, vidant par là un peu de sa substance la première vague de mesure.

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D'autant que cette méthode du testing n'a aucune valeur juridique : "La méthode scientifique retenue, qui repose sur des candidatures fictives, ne peut servir à caractériser des infractions pénales", rappelle le gouvernement. Elle sert donc à recueillir des informations, à "consolider les résultats et étudier les marges de progrès réalisés depuis par les entreprises", et ainsi mieux lutter contre les discriminations. Mais très concrètement, les seules avancées concrètes depuis janvier semblent être que les entreprises incriminées ont été contactées "pour échanger sur les tests menés et leurs politiques RH en matière de lutte contre les discriminations."

C'est d’ailleurs un peu ce que reprochent les associations à ce genre de mesure : c’est bien, mais pas suffisant. La maison des potes, qui lutte contre les discriminations, salue ainsi le geste, tout en regrettant que ces mesures ne soit pas plus  "offensives ": "Faire des testings pour seulement faire du "name and  shame", ce n'est pas suffisant. C'est comme si on se contentait de publier le nom de ceux qui font du 160 km/h sur nos routes au lieu de leur retirer le permis et de leur faire payer des amendes", indique-t-elle dans un communiqué. "L'intérêt des testings, contrairement aux statistiques ethniques (qui n'ont d'intérêt que pour ceux qui veulent des places en fonction de quotas), c'est de pouvoir épingler des actes de discrimination pour pouvoir les sanctionner mais il faut maintenant que les testings (...) soient suivis d'enquêtes de l'inspection du travail et du procureur de la République au sein des entreprises épinglées". L’association appelle ainsi à combiner les testings "aux sanctions des discriminations épinglées" et demande à être reçue par le ministre.

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L’étude lancée par le gouvernement couvrira l’ensemble des entreprises du SBF 120 sur 2 ans. Les résultats seront communiqués à l’automne.

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