Perriscope #9 - Pourquoi cette crise n'a rien à voir avec les précédentes

Perriscope #9 - Pourquoi cette crise n'a rien à voir avec les précédentes
Emploi

COMPARAISON N'EST PAS RAISON - Ainsi va la nature humaine ! On cherche souvent à comparer les choses. Dans le cas du Covid 19, on aimerait retrouver des similitudes entre les crises du passé. L'économiste Pascal Perri nous explique pourquoi la crisé économique lié au covid 19 ne ressemble en rien aux précédentes crises tout en en tirant de précieuses leçons.

Ainsi va la nature humaine ! On cherche souvent à comparer les choses. Dans le cas du Covid 19, on aimerait retrouver des similitudes entre les crises du passé. Est-ce pour se rassurer ? Pour se dire qu’on surmontera cette crise comme on a surmonté les précédentes ? 

Mardi matin, Thierry Breton, Commissaire au marché européen confirme qu’il faut mettre environ 10% du PIB européen sur la table pour soutenir l’activité, soit environ 1600 milliards d’euros. C’est à peu de chose près ce que les Etats-Unis et l’Allemagne investissent, c’est un peu moins que le Japon, lequel se distingue par un vaste plan, robuste et massif, de soutien à l’économie nippone. 

L’Europe n’est pas à la traîne. Et c’est peut être une première différence entre les crises précédentes et celle-ci. La crise dite des subprimes part des Etats-Unis. En septembre 2008, la banque Lehman Brothers fait faillite. La crise est liée à une bulle immobilière et à la titrisation des encours bancaires douteux. Elle se diffuse rapidement aux économies du monde et touche le secteur bancaire européen. Au cours d’une réunion célèbre à l’Elysée pour sauver Dexia, le président français coordonne l’action des banques. 

La crise de 2008 est une crise financière. Celle que nous traversons n’a rien à voir. Elle est totalement exogène au marché. En 2010, une autre crise dite de la dette va faire vaciller les Etats européens. L’origine est cette fois liée au défaut de certains Etats d’Europe du sud, mauvais gestionnaires qui ont accumulé des dettes au-delà de leur capacité de remboursement. Le cas de la Grèce est le plus significatif. Entre 1995 et 2005, la Grèce a créé plus d’un million d’emplois de fonctionnaires. Parmi eux, pas un seul contrôleur des impôts mais des femmes de ménages ou des emplois de jardiniers !  La crise de 2010 est une crise du défaut de paiement. Pour sauver l’Europe, les banques sont appelées à abandonner une partie de leurs créances. Là encore, rien à voir avec ce que nous vivons aujourd’hui. Le 26 juillet 2012, Mario Draghi se rend célèbre en prononçant cette formule : la BCE fera tout ce qui est nécessaire pour sauver la zone euro, "quoi qu’il en coûte". 

2020, 2008 puis 2010-2012, on ne trouve rien de vraiment commun entre une crise bancaire, une crise de la dette et un virus… Il serait vain de vouloir comparer.  

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Y a t-il davantage de ressemblance avec la crise de 1929. Non, c’est une crise de la bourse qui se diffuse ensuite à l’économie réelle. Les économistes expliquent en partie la crise de 29 par des mouvements spéculatifs ; les valeurs boursières augmentent plus vite que les profits des entreprises qui augmentent plus vite que la production elle-même, que la productivité et en bout de chaîne que les salaires des ouvriers. On ne résume pas cette crise en quelques lignes mais retenons que la panique s’empare du marché, tout le monde veut vendre au même moment et personne n’achète, les cours dégringolent… La crise se transmet à l’économie. Les débiteurs ne peuvent rembourser leurs créanciers, ils font faillite, la valeur des grandes entreprises s’effondre, la consommation baisse, le chômage explose. Il faudra le New deal, l’intervention massive de l’Etat fédéral - F.D Roosevelt est alors président des Etats-Unis- pour redresser progressivement l’économie américaine. 

Choisirons-nous de donner la prime à nos propres productions sachant que pendant cette crise l’argent de l’Etat s’est substitué à l’argent du marché ? On peut aussi voter avec son caddy ! - Pascal Perri

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Là encore, on ne trouve aucun point commun, à presque un siècle d’écart avec notre crise pandémique. Quelques réflexions cependant : En 1929, aux Etats-Unis, l’Etat Fédéral laisse s’emballer la crise et il assiste à l’effondrement du pays. Les Etats savent aujourd’hui qu’ils ont un rôle majeur à jouer en cas de crise -qu’elle qu’en soit l’origine- et un rôle précis répondant à l’urgence. L’Etat est un agent économique à part entière, il est l’interlocuteur désigné des grands prêteurs et la communauté financière guette son comportement. Ses intentions comptent presque autant que son action.  

La seconde réflexion concerne l’évolution de nos modèles économiques. Le New Deal, d’inspiration keynésienne a été efficace dans des économies encore fermées. L’argent investi par l ’Etat pour relancer la demande est recyclé à l’intérieur du marché. On importe encore assez peu. Aujourd’hui dans des économies interconnectées et particulièrement en France, la relance keynésienne enrichit les industriels étrangers. Est-ce le rôle de l’Etat que de subventionner indirectement les importations ? Et c’est là qu’intervient notre comportement de consommateur ! La crise actuelle nous place face à des arbitrages. Choisirons-nous de donner la prime à nos propres productions sachant que pendant cette crise l’argent de l’Etat s’est substitué à l’argent du marché ? On peut aussi voter avec son caddy ! 

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