#Perriscope n° 22 - Trois propositions pour le "monde d'après"

#Perriscope n° 22 - Trois propositions pour le "monde d'après"
Emploi

RÊVONS UN PEU - Plusieurs personnalités ont appelé de leurs voeux une réflexion sur ce qu'il faudra changer une fois la pandémie maîtrisée pour ne pas commettre les mêmes erreurs ou sacrifier sur l'autel de la reprise économique. Pascal Perri, économiste, propose trois pistes pour ce fameux "jour d'après".

La France s’apprête à mettre un terme progressif au déconfinement dans lequel elle est plongée depuis presque 2 mois. Que restera t-il de cette séquence unique dans notre histoire moderne ? Certains disent, rien ! Le monde de demain sera  identique au précédent. Une partie des analystes observent même que les très grandes entreprises du digital ont gagné la partie, que les échanges reprennent sur les places financières, autant que la spéculation… Cette semaine, chez nous, en France, le Médiateur des entreprises Pierre Pelouzet a dénoncé les mauvaises pratiques entre les entreprises elles mêmes. General Electric qui cherche à imposer des baisses de prix à ses fournisseurs dans la région de Belfort, telle autre société qui demande à ses partenaires de partager l’avantage des aides d’Etat, enfin telle et telle qui impose un nouvel épisode de référencement en pleine crise (pour espérer faire baisser les prix de la fourniture)… Bref, il sort aussi de cette séquence des pratiques peu glorieuses. 

Le capitalisme a tout de même du bon ! On le sent plus apte à trouver des solutions que l’Etat à trouver des masques…- Pascal Perri

A l’inverse, soyons (pour une fois) un peu marxistes ou si vous préférez déterministes. Les événements laissent des traces. Nous sommes le produit de notre histoire, fût-elle récente et de nos expériences collectives. Dans le Monde daté du jeudi 7 mai, Nicolas Hulot appelle à tirer les leçons de la crise. "On ne pourra plus prendre l’avion comme avant, plus non plus avoir un produit qui arrive par Amazon du bout du monde en 24h par exemple". Le jour d’après ne tombera pas du ciel. Il faudra le construire. L’ancien ministre livre ses espoirs. Pourra t-on encore se permettre d’acheter des bolides ou des SUV ? Il espère que non… Trouvera t-on des produits alimentaires hors saison ? Non également. Les lendemains de crise sont propices aux espérances. Aux rêves parfois. Mais qui ne rêve pas n’est pas humain, au sens où l’entendait Malraux : "L’espoir des hommes, c’est leur raison de vivre et de mourir". L’espoir c’est aussi celui d’un vaccin. Or, point de salut dans ce domaine sans la recherche scientifique. Plusieurs laboratoires travaillent sur le sujet. En concurrence, c’est à dire en situation de marché. Le capitalisme ! Honni par certains. Il a tout de même du bon ! On le sent plus apte à trouver des solutions que l’Etat à trouver des masques…

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Le rêve et la réalité. Une autre voix a résonné (autant qu’elle a raisonné) jeudi 7 mai dans l’après midi. Une voix très attendue, celle du Premier ministre qui confirmait le retour progressif à la liberté pour ce lundi 11 mai. Nous avons tous retenu les contraintes d’accès aux transports, le retour progressif des enfants à l’école, le maintien des mesures de chômage partiel ou d’aide aux TPE, en revanche , une phrase est presque passée inaperçue, la perspective « d’un appauvrissement général des Français ».  Alors, mondialisation ou démondialisation, avant d’en arriver à ces grandes échéances, il faut aborder l’étape de la reconstruction. Et dans ce domaine, la boite à idée est ouverte. A 24h d’intervalle, Laurent Berger et Nicolas Hulot, sur le même support, le Monde, appelle à une "contribution accrue des plus riches" et à "taxer de manière plus importante les revenus qui ne sont pas issus du travail". La production, association du travail et du capital ne pourrait se passer de l’un ou de l’autre. Il est en effet très populaire de dire qu’on va taxer les profits. Mais tant qu’il y aura des profits, il y aura des investisseurs et le jour ou ils disparaîtront les investisseurs eux aussi disparaîtront. "  

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Le stock des dettes accumulées entre l’Etat, l’Assurance maladie ou l’Assurance chômage va nous apparaître prochainement, une fois que la poussière de la crise sera retombée. Trois pistes semblent immédiatement disponibles pour faire face :

1. Une augmentation des impôts et des cotisations sociales (mais nous avons le niveau de prélèvements obligatoires le plus élevé d’Europe). Sur les impôts, il faut penser à un dispositif qui permettrait de fiscaliser toutes les productions importées en préservant les intérêts français. Augmenter la TVA, le seul impôt que payent les produits et services importés, baisser la CSG qui frappe les revenus du travail et du capital tricolore. On pourrait aussi imaginer un impôt sur le revenu plus progressif mais (et c’est la condition) totalement universel, c’est-à-dire payé par tous, sans exception ! 

2. Travailler plus pendant la période intermédiaire entre le mois de mai et la fin de l’année pour rattraper une partie de la richesse collective qui va nous manquer. L’augmentation du temps de travail est d’autant plus nécessaire que la productivité horaire du travail va baisser sous la contrainte des mesures de sécurité sanitaire.

3. Auditer toutes les dépenses publiques pour montrer lesquelles sont utiles et correspondent à une demande sociale. Réorienter les moyens vers les fonctionnaires de service et non vers les fonctionnaires de circulaire. Penser l’Etat moderne pour sortir d’une organisation encore trop tournée vers le XXe siècle. Organiser un référendum pour savoir quel niveau de protection souhaitent les Français et quel « prix » ils sont prêts à y consacrer…

Demain ne sera pas de tout repos ! 

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