"Qui paie mieux qu’un job dans un fast-food ?" : la campagne de recrutement des jeunes profs ne passe pas

"Qui paie mieux qu’un job dans un fast-food ?" : la campagne de recrutement des jeunes profs ne passe pas
Emploi

INSOLITE - Le ministère de l’Education nationale a lancé une campagne de recrutement pour faire connaître un dispositif destiné aux étudiants se préparant à être professeurs. Sauf que le ton utilisé ne fait pas vraiment rire le corps enseignant.

"Faites-vous des études ? Oui ? Non ? Avez-vous du temps libre ? Oui ? Non ? Et qui paie mieux qu’un job dans un fast-food ? On a ce qu’il faut pour vous ! Vous pouvez, au cours de vos études, découvrir le métier de PROF tout en étant rémunéré !" 

C’est par cet article sous forme de partenariat, publié sur le  site Konbini, média qui touche essentiellement les jeunes, que l’Education nationale a voulu faire de la pub pour un dispositif lancé à la rentrée 2019 : le contrat de pré-professionnalisation. 

Un ton qui énerve

Le dispositif est destiné aux jeunes à partir de la licence. Il s’agit d’un parcours sur trois ans, pendant lequel les étudiants peuvent travailler au contact des élèves, dans les établissements scolaires, alternant séances d’observation, interventions pédagogiques ou aide aux devoirs. Ils passent environ 8 heures par semaine dans l’établissement en parallèle de leur formation universitaire. En contrepartie, ils reçoivent une rémunération nette mensuelle de 700 à 980 euros en fonction de l’année.

Sauf que la forme de cette campagne, le ton utilisé, le support choisi, ont fortement énervé le corps enseignant. Une professeure d’allemand s’agace ainsi sur Twitter de voir que les campagnes de recrutement des enseignants se font désormais sur Konbini : "A demain pour les annonces officielles de Jean-Michel Blanquer sur Snapchat".

Sont aussi épinglés l'argumentaire de la campagne : pourquoi être professeur ? Le ton est donné dans l'article : "Quand on dit bonheur on parle d’une expérience pro enrichissante, qui enrichit aussi votre compte bancaire et qui déclenche des vocations ! Vous n’avez qu’à tester !"

Des raisons pour motiver une vocation qui ne plaisent pas vraiment, comme l'explique cette proviseure-adjointe d’un lycée des Yvelines :

Une professeure s'énerve aussi sur Twitter : "J'essaie de rester très calme mais plus je lis cette opération de communication plus je me demande dans QUELLE PUTAIN DE DIMENSION le meilleur argument trouvé pour donner envie aux jeunes de devenir prof est d'éviter de bosser au Mcdo."

C'est en effet, pour beaucoup, l’image du rôle du professeur qui est totalement dévalorisée.

Pour réagir, d'autres choisissent l'humour. "Il faut lancer un plan ambitieux de fast-food apprenant à la rentrée 2020", plaisante un internaute. Une professeure de sciences physiques détourne les grilles d’évaluation des enseignants.

Si la forme hérisse donc les professeurs, le fond de la proposition est très sérieux. Un lien renvoie ainsi sur le site du ministère, où une vidéo de son  numéro 2, Édouard Geffray, directeur de général de l’enseignement scolaire, explique le dispositif qui permet "une entrée progressive et rémunérée dans le métier de professeur". A noter, le lien menant sur l'article de Konbini a été désactivé ce lundi après-midi.

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Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la première fois que des tentatives de communication du ministère de l’Education, sous forme décalée, suscitent l’ire du corps professoral.

En 2013, sous le ministère de Vincent Peillon, une campagne d'affichage visant à recruter des jeunes professeurs, là aussi dans le cadre d'une "formation rémunérée pour les futures enseignants", avait fait réagir. Les affiches mettaient en scène des jeunes, en tee-shirt, détendus. Blanche Lochmann, présidente de la Société des agrégés, regroupant 7.000 professeurs, s’inquiétait alors, dans le Figaro, de l’image "caricaturale" donnée des professeurs. "C’est un drôle de message et surtout une fausse représentation du métier", disait-elle. "Ce garçon en tee-shirt, on a l’impression qu’il est sans bagage intellectuel et sans passé. Cela nie l’exigence que requiert ce métier. Ces affiches font penser aux publicités de Mac Donald's : "Venez comme vous êtes". Quelle vision dramatiquement édulcorée de la profession ! On cherche en vain un adulte responsable, un professeur incarnant l’État dans sa fonction d’instruire les plus jeunes. On voit au contraire de jeunes étourdis pleins de bonnes intentions mais un peu godiches."

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