Proposer de l'aide à un collègue n’est peut-être pas une bonne chose, ni pour lui, ni... pour vous

Proposer de l'aide à un collègue n’est peut-être pas une bonne chose, ni pour lui, ni... pour vous

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VIE DE BUREAU - Une étude américaine s’est plongée dans les relations de travail pour cerner le sentiment de gratitude. Et il apparaît qu'aider quelqu’un qui ne l’a pas demandé peut être contre-productif. Et susciter tout sauf de la gratitude.

Vous le voyez souffler et s’énerver de loin. Son ordinateur qui plante, il n’arrive pas à s’en sortir. C’est sûr, votre collègue a besoin d’aide. Vous accourez, faites deux-trois manip’, et hop, vous lui réparez son bug informatique. Et sortez très content de de vous. Vous tiquez tout de même un peu : le collègue a à peine marmonné un "merci" avant de se replonger dans son écran. L’ingrat.


Et bien sachez-le : c’est peut-être parce que vous avez tout faux. C’est en tout cas ce que stipule une toute nouvelle étude, menée par une équipe de la Michigan State University : au travail, il ne faut pas trop écouter son bon cœur et secourir un collègue en détresse... s’il ne vous l’a pas demandé. Cela pourrait au contraire lui faire du mal et à vous aussi. Mieux vaut garder tout ça pour soi, ou surtout... attendre qu’on vous le demande.

D’anciennes études montraient déjà qu’aider les collègues ralentit le succès. Le professeur de gestion Russell Johnson a donc voulu examiner les différents types d'aide qui se manifestent au travail, et comment cette aide est reçue. Il en a distingué deux : l’aide réactive, fournie sur demande, et l’aide proactive, fournie spontanément.


L’étude cible plus précisément les assistants, un corps de métier particulièrement oublié dans la recherche sur les organisations de travail. Le but était de voir comment ils interagissent avec leurs collègues et reçoivent de la gratitude. Car cette reconnaissance a des conséquences, en aval, sur la sociabilité, et l’engagement au travail. Russel Johnson a ainsi interrogé 54 employés âgés de 21 à 60 ans occupant des emplois à temps plein dans divers secteurs, notamment la fabrication, les administrations publiques, la santé ou encore l'éducation, et les a suivis pendant une dizaine de jours. 

Effets toxiques en cascade

La conclusion semble sans appel : "Mieux vaut rester dans votre couloir de nage", écrit l’étude. "A l’heure actuelle, on sait que la productivité sur le lieu de travail est soumise à un stress important, et l’idée est d’être un vrai battant et aider tout le monde autour de vous", raconte Richard Johnson dans les médias américains. "Mais chercher des problèmes et passer du temps à essayer de les résoudre n’est pas forcément la meilleure chose à faire."


En fait, quand les personnes proposent leur aide, sans qu’on leur ait demandé, il apparaît qu’elles ne comprennent pas forcément bien les problèmes des destinataires. Résultat : leur aide n’est donc pas forcément adaptée, et... du coup, elles reçoivent moins de gratitude, voire pas du tout, sur le moment.  Le destinataire, par ailleurs, s’il est constamment sollicité pour se faire aider, va voir son estime de soi diminuer, et être frustré. Et à force de recevoir trop d'aides non-sollicitées, cette personne "commence à remettre en question sa propre compétence et à se sentir menacée par son autonomie. "C’est même un cercle vicieux. "Comme les assistants reçoivent en contrecoup peu de gratitude de la part de la personne qu'ils ont aidée, cela les amène à se sentir moins motivés au travail le lendemain", explique Russel Johnson.  Bref, des effets toxiques des deux côtés.

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Il faut juste attendre qu'on vous le demande

En tirant à l’extrême, la conclusion de cette étude pourrait être que chacun doit se mêler de ses propres affaires. "En tant que personne qui veut aider, assieds-toi et fais ton propre travail. C'est là que tu en auras le plus pour ton argent", assène le chercheur. 


Mais son conseil reste néanmoins plus positif : aider les collègues de travail est bien. Mais il faut  simplement attendre qu'on vous le demande.  Et, dans ces cas-là, la personne aidée doit ne pas oublier de remercier... "En tant que personne recevant de l'aide, vous devriez au minimum exprimer votre gratitude - et le plus tôt sera le mieux. Si vous attendez quelques jours, cela n'aura pas d'impact positif sur la personne qui a aidé."

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