Quatre milliards d’aides pour les startups : elles "représentent aujourd’hui 25% des créations d’emploi”

Des employés d'une start-up discutent
Emploi

FRENCH TECH - Dans le plan d’aide massif aux entreprises qu’a lancé le gouvernement, les startups françaises ont le droit à un traitement à part. Des startups très fragiles face à la crise, mais très prometteuses si elles y survivent. Paul-François Fournier, Directeur Innovation de BPIfrance, nous explique comment et pourquoi l’Etat va les soutenir.

Dans les 300 milliards d'aides directes ou indirectes dirigées vers les entreprises pour passer la crise du Covid-19, l'Etat et Bpifrance ont mis de côté quatre milliards d'euros environ pour aider les startups de la French Tech. Des entreprises dont la jeunesse est à la fois un atout et une vulnérabilité face à la crise, celle de l'épidémie, mais aussi la crise économique qui s'annonce. Une startup, ce n'est pas une PME comme les autres ? LCI.fr est allé chercher les réponses de Paul-François Fournier, celui qui chez Bpifrance détient les clés du financement de l'innovation.

LCI : Pourquoi un plan d’aide spécifique pour les startups ?

Paul-François Fournier : Cette crise a un impact massif sur toute l’économie, et le plan d’aide lancé par le gouvernement avec Bpifrance concerne bien l’ensemble des entreprises petites et grandes, l’ambition c’est vraiment d’aider tous les entrepreneurs avec le concours des banques. Mais en fait, on est partis d’un constat: ces startups, tout ce que l’on appelle aujourd’hui la French Tech est jusque-là dans une dynamique de croissance très importante, leur nombre a triplé en cinq ans et elles ont désormais un véritable impact économique. On estime par exemple que 25% des créations d’emploi sont aujourd’hui liées à cet écosystème. L’objectif du plan, c’est donc de préserver cette dynamique, qui impacte aussi de nombreux sujets d’avenir pour la société toute entière.

Plus agiles, plus fragiles aussi

LCI : Les startups sont-elles plus fragiles face à la crise ?

Paul-François Fournier : La force des startups, c’est qu'elles sont très agiles et très digitales, donc leur capacité à s’adapter est plus forte, du fait de leur jeunesse. Ça c’est le côté positif... le côté plus négatif c’est que leur modèle économique est plus fragile, elles investissent sur le futur, et vont donc perdre de l’argent au moins pendant un temps. Elles ont une plus longue période de développement et de mise sur le marché, soit pour créer leurs produits, soit pour gagner des parts de marché. 

Face à cette réalité, l’esprit du plan, c’est d'abord de faire en sorte que ces entreprises aient le maximum de cash à court terme pour passer la crise, et faire en sorte qu’elles aient du temps pour s’adapter. De ce côté-là, on va payer dès aujourd’hui le Crédit Impôt Recherche qui aurait normalement été payé en fin d’année, soit 1,5 milliard d’euros environ. Elles peuvent aussi décaler le paiement de toutes leurs mensualités habituelles, pendant six mois.

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LCI : Le plan d'aide promet des prêts de trésorerie, là aussi les startups ont une aide spécifique ?

Paul-François Fournier : En fait, on a imaginé deux manières plus adaptées de les aider. D’abord, une adaptation aux startups du Prêt Garanti par l’Etat. D’ordinaire, pour une PME par exemple, on prête l’équivalent de 25% du chiffre d’affaires de l’année dernière, mais ce calcul n’a pas beaucoup de sens pour une startup, qui au début n’a pas ou peu de chiffre d’affaires. Pour elles, le prêt ira donc jusqu’à l’équivalent de deux fois la masse salariale brute annuelle, un indicateur d’activité qui est plus pertinent dans leur cas. Cette disposition-là devrait permettre de libérer deux milliards d’euros.

L’autre nouveau dispositif, c’est ce que l’on appelle le French Tech Bridge : nous allons nous allier à des investisseurs privés, pour aider les startups à passer les six à douze mois qui viennent. Notre rôle n’est pas de devenir un fond de capital-risque, mais nous allons co-investir à côté des investisseurs professionnels, pour compenser un risque que personne n’aurait pu prévoir.

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LCI : Est-ce que ces aides ont des équivalents ailleurs, chez nos voisins européens par exemple ?

Paul-François Fournier : Effectivement, ce que l’on a mis en place n’a pour l’instant pas d’équivalent ailleurs. Je sais que nos confrères anglais et allemands discutent de choses comparables, l’Europe aussi réfléchit à des mécanismes d’aide, mais pour l’instant je pense qu’on a été les plus réactifs. Tout le monde a envie de trouver les solutions, et nous avons été ravis de voir à quel point tous les éléments de l’écosystème des startups se sont mobilisés. “Ecosystème” c’est souvent un mot un peu ésotérique, aujourd’hui il prend vraiment forme, et ce qui se passe en ce moment va le consolider plus encore.

LCI : L’objectif c’est de passer la fin de l’année ? Et après ?

Paul-François Fournier : Après on aura une réflexion plus profonde, sur ce que nous aura appris cette crise, notre capacité à répondre collectivement, et sur les enseignements que cela a sur notre écosystème. On voit bien que le digital prend une importance qui s’accélère, on voit à quel point la santé est un sujet sur lequel on veut avoir plus de maîtrise demain. On a aussi parfois oublié les enjeux autour de la planète, mais cette crise les fait revenir au centre du débat. Donc derrière cette crise, il devra y avoir une réflexion pour voir comment cette French Tech qui innove et crée de la valeur peut apporter des réponses à ces questions d’avenir.

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