"Que vaut un dîner en amoureux livré par un travailleur surexploité ?" : appel au boycott de Deliveroo pour la saint-Valentin

Deliveroo : les livreurs appellent au boycott pour la Saint-Valentin
Emploi

CONDITIONS DE TRAVAIL - En lutte pour des meilleures conditions de travail, les livreurs à vélo appellent à boycotter la plateforme de livraison de repas Deliveroo ce vendredi 14 février pour la saint-Valentin.

Vous vous apprêtez peut-être à fêter la Saint-Valentin avec un dîner en tête-à-tête à la maison. Et pour éviter de passer derrière les fourneaux en ce jour de fête des amoureux, à commander votre repas sur Deliveroo.

Sauf que… et si vous boycottiez la plateforme? C’est en tout cas ce à quoi vous appelle le Clap, un collectif de livreurs à vélo, pour défendre les droits de ces travailleurs. Outre cet appel au boycott, les livreurs veulent aussi bloquer les Deliveroo Editions, d’immenses cuisines installées à Saint-Ouen par le géant de la livraison de repas. Des actions sont également annoncées à Marseille, Bordeaux ou encore Lyon.

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Pourquoi un appel au boycott le jour de la Saint-Valentin ? Pour frapper au porte-monnaie la plateforme : le 14 février est l'un des jours de l'année où son chiffre d’affaires est le plus important. Jérôme Pimot, un des porte-parole du Clap, bat le rappel des troupes sur Twitter : "Quelle est la valeur d'une soirée en amoureux dont le petit-dîner-glamour-à-la-maison est livré par un travailleur surexploité ?", questionne-t-il. "C'est un tue-l'amour ! Sortez plutôt au restaurant ! Et c'est un geste pour que l'ubérisation ne soit pas l'avenir de vos futurs enfants".

Le Clap, né fin 2017 en réponse à la précarisation croissante des travailleurs des plateformes de livraison, dénonce en effet des prix en baisse, des distances qui augmentent, des attentes non payées, et réclament la mise en place d’instances de dialogue. Cette action n’est pas une première. Depuis des mois, les travailleurs des plateformes numériques, qui n'ont pas un statut de salarié, mais sont trop isolés pour peser, mènent des actions choc pour tenter de se faire entendre : blocages de centres Uber ou de restaurants Deliveroo, grèves perlées...  Chauffeurs et livreurs indépendants tentent de s'organiser face à la toute puissance des plateformes, avec de premiers succès.

Ils réclament notamment une transparence des algorithmes

Ainsi, mercredi, le Clap a salué une première "victoire" :  Deliveroo , qui fait travailler environ 11.000 livreurs en France, a été condamné  par un juge des prud'hommes pour travail dissimulé à la suite de la requalification du contrat d'un ancien coursier en contrat de travail. Dans la foulée, le Clap a annoncé sa transformation en syndicat. Un moyen de mieux se faire entendre dans les discussions sur le statut de ces travailleurs des temps modernes.

Le Clap revendique ainsi a minima des tarifs "décents", une transparence des algorithmes et des procédures jugées opaques. "Les tarifs ne cessent de baisser depuis 4 ans alors que le client paye davantage de frais de livraison", a dénoncé Jérôme Pimot auprès de l'AFP. Le mouvement  se bat "soit pour un statut vraiment indépendant, avec un pouvoir du livreur sur la fixation du tarif et le choix des courses, soit pour le salariat", explique-t-il. 

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Pourquoi la plateforme Deliveroo est-elle condamnée en France ?

Un secteur atomisé, la crainte d'être déconnecté

Une des questions porte ainsi sur la représentation de ces travailleurs : la Loi d'orientation sur les mobilités (LOM) incite les plateformes à mettre en oeuvre des "chartes pour la responsabilité sociale". Une exigence bien mince, et face aux critiques, le gouvernement a prévu de fixer des modalités de représentation par ordonnance dans les 12 mois. De son coté, Deliveroo a mis en place un "forum des livreurs", avec 25 représentants élus dans 5 régions.  "On ne sait pas comment ils ont été élus, ni par qui, c'est l'opacité totale", pointe Jérôme Pimot. 

Mais le combat reste compliqué, car le secteur est atomisé : les métiers sont individualisés et rendent difficile l'organisation de travailleurs précaires. Aucun dialogue n’existe par exemple entre les collectifs de livreurs et associations ou syndicats de VTC. Chacun s’organise par ville, au niveau national et même international. A cela s'ajoute la crainte d'être déconnecté : une des armes suprêmes que détiennent les plateformes vis-à-vis des travailleurs "remuants" est la suspension, voire la déconnexion définitive. Mais peu à peu, les choses avancent. Ainsi à Lyon, 120 chauffeurs Uber, regroupés au sein de l’Acil (Association des chauffeurs indépendants lyonnais) ont déposé fin janvier une requête pour requalifier leur relation contractuelle en salariat. Une première audience de conciliation se tiendra le 10 juillet. L'association, qui a ouvert un dialogue avec Uber à Lyon (1.100 chauffeurs) défend les chauffeurs en cas de suspension arbitraire de leur compte. 

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