Reconversion professionnelle : "Du Parlement au parmesan", la nouvelle vie d'Audrey, 34 ans

Reconversion professionnelle : "Du Parlement au parmesan", la nouvelle vie d'Audrey, 34 ans

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PORTRAIT - Après une première carrière de collaboratrice parlementaire, Audrey est devenue... fromagère. Deux métiers radicalement différents dans lesquels elle reste pourtant fidèle aux mêmes valeurs. Doutes, formation, aspirations... à 34 ans, elle nous explique ce revirement et cette "nouvelle vie professionnelle".

"Si vous avez une intuition, allez-y. Osez !" C'est par ce conseil qu'Audrey, collaboratrice parlementaire (accomplie) reconvertie en fromagère (épanouie), a conclu le témoignage donné devant une vingtaine de personnes au Salon de la nouvelle vie professionnelle, qui se tenait ce mercredi 14 novembre à Paris. L'auditoire, venu également pour suivre des coachings express en reconversion auprès d'autres stands,  n'a ensuite pas été avare de questions à l'issue de son intervention. 


A 34 ans, cette native de Marseille, s'apprête à ouvrir sa propre boutique de fromages. Une page se tourne pour celle qui a passé cinq ans à l'Hémicycle auprès d'élus du PS, en tant que collaboratrice du député des Bouches-du-Rhône Vincent Burroni puis de la vice-présidente de l'Assemblée nationale Sandrine Mazetier. Elle avait auparavant réalisé ses premières armes pendant près de quatre ans aux services de communication des 11e et 19e arrondissements de la capitale et à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

Comment expliquer un tel grand écart, "du Parlement au parmesan", comme elle s'amuse à le dire elle-même ? Tout sourire, ses boucles brunes couvrant légèrement son front, elle confie avoir décidé de tourner la page en juin 2017, quand son élue a perdu aux législatives. "J'ai saisi l'occasion pour changer de vie", explique-t-elle, tout en reconnaissant qu'elle savait qu'elle n'aurait de toute façon pas rempilé pour l'intégralité d'une législature. La mobilisation permanente de l'esprit, quand ce n'est pas sur le terrain, finit en effet par prendre beaucoup (trop) de place. Attentive aux demandes, efficace dans les réponses : idéalement, cela aurait du être le quotidien d'Audrey à la permanence parlementaire. La réalité a été autre. Quand elle était sollicitée, c'était pour des problèmes n'ayant pas de solution immédiate, voire insolubles. 


En outre, la violence de certains propos des administrés a fini par peser de plus en plus lourd. La défiance, qui s'est exprimée à l'encontre de sa profession après les soupçons d'emploi fictif visant Pénélope Fillon notamment, ne l'ont pas non plus laissée indemne. "A l'époque, par exemple, un particulier a appelé la permanence à 19h. Etonné que je décroche le soir, il m'a expliqué qu'il avait composé le numéro juste pour savoir si je travaillais vraiment." Dur à entendre pour celle qui revendique "des valeurs de service public" ancrées en elle. Il lui arrivait alors de rester jusqu'à 3h du matin à l'Assemblée quand l'étude des textes l'exigeait. Et de façon -heureusement plus rare- après des attentats. Sans oublier qu'à l'époque où elle travaillait pour les collectivités locales,  elle vivait au rythme des aléas (incendie, catastrophe...) sans compter ses heures. 

Une psy pour mettre les mots sur son envie

Certes les administrés ne sont pas toujours contents. Mais les clients sont-ils, à l'inverse, toujours ravis ? En boutique, "il est facile de leur apporter des solutions" sur un plateau, "ils reviennent contents et nous disent merci", apprécie-t-elle. Proposer par exemple "un bon saint-nectaire - fermier évidemment car un bon fromager n'en propose pas de laitier - c'est un plaisir", souligne-t-elle. Il n'empêche que, si les résultats des législatives avaient été favorables aux élus en lesquels elle croyait, Audrey aurait cependant pu consentir à "repartir pour deux ans" (mais pas pour cinq) pour défendre leurs convictions communes. Mais la déferlante En marche ! a balayé du même coup les ténors du palais Bourbon et les hésitations qui avaient commencé à émerger dans son esprit.


Sauf qu'on ne bouleverse pas une existence en un claquement de doigts. Pour se lancer, il aura fallu des séances avec une psychologue et avec une coach en programmation neuro linguistique (PNL). "C'est notamment avec deux grosses séances de trois heures que j'ai pu avancer sur mon projet". Pour ne rien faciliter, les propositions à l’Hémicycle n'ont pas manqué. Rien n'y a fait : "Je sentais que c'était fini. J'ai refusé trois postes", confie la jeune femme sans fanfaronner le moins du monde mais en soulignant qu'elle n'aurait pas pu se mettre au service d'un autre parti. 

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Une formation en alternance en boutique

A mille lieues du Parlement, elle exprime désormais à travers son métier de fromagère, d'une toute autre façon, ce qui l'a toujours animée : "J'y retrouve mes valeurs d'engagement, de protection de l'environnement, de défense de l'agriculture française, de valorisation de la gastronomie". Pourquoi le fromage en particulier ? Non seulement "l'envie de concret" mais aussi une "passion bouffe" qui a toujours été là. Petite, pendant les vacances en famille, chaque étape était couronnée par le soin qu'apportaient ses parents à trouver les meilleures associations vins-fromages. 


Impossible, à ce stade, de nier le déclic mais par où commencer ? Près de dix ans après avoir obtenu un master en sciences politiques à la Sorbonne, la trentenaire se lance à l'automne 2017 dans une formation créée à l'initiative de la Fédération des fromagers de France.  Elle obtient ainsi en juillet 2018 son Certificat de qualification professionnelle (CQP) de crémière fromagère au sein de l'Institut de formation et de promotion des commerces de l'alimentation (Ifopca). "Neuf mois en alternance chez un fromager à Paris, qui m'ont permis de découvrir le métier (ndlr : les fromages, les origines, la réglementation, les techniques de vente, les règles d'hygiène) mais surtout d'être au contact d'autres adultes en reconversion. C'est sécurisant car on se dit que l'on est pas tout seul". 

Son entourage d'abord inquiet et incrédule

Une façon aussi de confirmer son choix, tout en rassurant sa famille, d'abord incrédule et qui a envisagé un temps de "la soigner" (au second degré bien sûr). Dans les faits, la bascule ne s'avère évidemment pas si simple. Un premier mois passé au côté d'un Meilleur ouvrier de France n'a pas comblé toutes les attentes de cette nouvelle venue au profil particulier. Ayant alors le réflexe d'aller trouver des fromagers qui avaient eux-mêmes expérimenté une reconversion, elle fait finalement ses classes auprès d'un ancien banquier et d'un ancien communicant ayant ouvert quelques années plus tôt la désormais réputée Fromagerie Goncourt, dans le 11e arrondissement parisien. 


Prochaine étape ? "L'envie de rentrer" chez les siens pousse l'ancienne collaboratrice parlementaire à quitter la capitale, où elle était restée pour cette période de transition. Sa rémunération est restée confortable car, en tant que licenciée, elle a pu s'inscrire à Pôle emploi dans des conditions favorables. Sa situation familiale (sans enfant) l'a aussi laissée relativement libre de mener à bien sa reconversion. Plus convaincue que jamais et forte d'une expérience d'un an, elle cherche maintenant un local commercial pour ouvrir sa propre fromagerie à Marseille. Sans penser une seconde à renier sa première vie professionnelle. Car elle est restée la même au fond, à l'énorme différence près qu'elle est désormais "apaisée". 

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