Emploi des seniors : ce que propose le rapport remis au gouvernement

Emploi des seniors : ce que propose le rapport remis au gouvernement
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FINS DE CARRIÈRE - "Comment favoriser l’emploi des travailleurs expérimentés ?" C’est la question sur laquelle se penche un rapport remis mardi au gouvernement. Il propose plusieurs axes pour résoudre le problème du maintien en emploi des seniors. Tour d'horizon.

Dans le rapport, ils sont appelés "travailleurs expérimentés". Terme empathique pour parler des seniors et de leur fin de carrière. Car en France, alors que le débat sur la réforme des retraites bat son plein, c’est un vrai problème : le taux d’emploi des 55 à 64 ans est faible par rapport à celui des aux autres pays, 52,1% en 2018 contre une moyenne de 58,7% sur l’ensemble de l’Union européenne et de 61,4% dans les pays de l’OCDE. Les fins de carrière, quant à elles, sont souvent discontinues et problématiques, entrecoupées de périodes d’inactivité ou de chômage.

Comment changer tout cela ? Améliorer les fins de carrière des travailleurs plus âgés ?  Sophie Bellon, présidente du conseil d'administration de Sodexo, Olivier Mériaux, ancien cadre de l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact), et Jean-Manuel Soussan (DRH Bouygues ) ont planché sur le sujet, et remis un rapport d’une centaine de pages, mardi, à la ministre du travail Muriel Pénicaud, dans lequel ils livrent leurs propositions pour favoriser le "vieillissement actif au travail". 

La mission rapporte, au fil de ses rencontres, avoir été "particulièrement frappée" par la "prégnance d’un sentiment de fatalisme sur le sujet, chez les pouvoirs publics et au sein des entreprises, fatalisme qui persiste malgré l’évolution positive de quelques indicateurs-clés." Voici les grands axes avancés par la mission pour sortir de ce fatalisme.

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  • 1Enclencher une "révolution culturelle"

    Pour les auteurs du rapport, c’est l’un des points clés : l’un des obstacles majeurs est lié aux représentions individuelles et collectives associées aux seniors, perçus comme coûteux, résistants au changement, difficiles à manager, lents dans les apprentissages... La "préférence collective" des employeurs et des salariés pour les départs anticipés est toujours bien visible, et si les seniors sont souvent plus longtemps en emploi, l'idée que le déclin professionnel en milieu de vie est une donnée immuable semble encore très partagée.


    Il est donc important de mieux valoriser leur savoir et leur expérience. La mission préconise notamment des dispositifs permettant de reconnaître de manière formelle l’expérience, d’encourager la dynamique intergénérationnelle, la transmission des savoirs, de valoriser l'engagement et les bonnes pratiques des entreprises. 

  • 2Favoriser des transitions plus progressives entre "pleine activité" et "pleine retraite"

    Le passage de l’emploi à la retraite pourrait être plus graduel, grâce notamment aux deux dispositifs existants de la retraite progressive et du cumul emploi-retraite, souligne le rapport. Sauf que ces derniers sont assez mal connus et peu mobilisés. Le rapport vise donc à favoriser les transitions douces, notamment en facilitant ce cumul emploi-retraite, qui permet de commencer à toucher une pension tout en travaillant à temps partiel.

     

    Une autre piste est proposée à titre d’expérimentation : tester un "right to request", comme cela existe au Canada ou au Royaume-Uni, dont la traduction serait un "droit de demander" un "aménagement raisonnable" de l'organisation du travail. Celui-ci pourrait notamment prendre la forme, comme c’est déjà le cas dans certaines entreprises, d’un passage à temps partiel avec maintien des cotisations sur la base d’un temps plein. 


    Dans la foulée, pour lever le frein du "coût du salaire", le rapport propose une autre mesure qui fait tiquer les syndicats : inciter les branches à négocier un dispositif "d’aménagement conventionnel de fin de carrière", qui permettrait à un salarié volontaire de voir sa rémunération baisser corrélativement à un allègement de ses responsabilités, en contrepartie du versement de l’indemnité conventionnelle de licenciement.

  • 3Favoriser les "secondes carrières"

    Le constat est là : alors que l’allongement de la vie professionnelle nécessiterait de renforcer la formation des salariés aux abords de la seconde partie de carrière pour leur permettre de rester plus longtemps employables, l’effort de formation des entreprises vis-à-vis de leurs salariés décroît très rapidement, à partir de 35 ans pour les employés et ouvriers, et de 50 ans pour les cadres. 


    Des incitations fortes doivent donc selon le rapport être mises en place pour maintenir l’effort d’investissement des entreprises dans les compétences de leurs collaborateurs passée la "mi-carrière", notamment en augmentant la part des dépenses publiques de formation consacrée aux dispositifs de reconversion et de transition, et en déplafonnant le compte personnel de formation pour les salariés à partir de 45 ans. 

  • 4Replacer la santé au cœur du dispositif

    Les études ont fait le lien entre un état de santé dégradé  et le non-emploi ou la cessation précoce d’activité chez les personnes de plus de 50 ans. Le rapport est formel : il faut une action volontariste pour développer la qualité de vie au travail et maintenir en bonne santé tous les travailleurs. 


    Cela passe par des actions de prévention en matière d’usure professionnelle, mais aussi des investissements dans la médecine du travail qui doit être plus présente, mieux vue des salariés. Il faut aussi, plaide le rapport, plus de liens et de communication entre médecin du travail, médecin traitant et entreprise.

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