Renault pourrait-il vraiment relocaliser en France ses usines russes, roumaines ou marocaines ?

Renault pourrait-il vraiment relocaliser en France ses usines russes, roumaines ou marocaines ?
Emploi

RELOCALISATION - Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire conditionne le soutien de l'Etat du plan de sauvetage de Renault à la condition que le constructeur entame un repli stratégique en France, y compris pour la production de nouveaux véhicules. Une vision qui comprend de nombreuses limites selon Pascal Perri.

"Les projets d’extension de Renault au Maroc, en Roumanie, en Russie n’auront pas lieu", a asséné Bruno Le Maire sur France 3 le 31 mai. Actionnaire à 15%, l'Etat français, par la voix de son ministre de l'Economie, entend faire pression sur Renault pour que le constructeur investisse davantage sur le sol français. Une demande qui aurait déjà ses effets. Bruno Le Maire se félicite du choix de Renault de quadrupler la production de véhicules électriques en France d'ici 2024 et de développer son futur moteur électrique à Cléon (Seine-Maritime) plutôt qu'en Chine, comme prévu initialement. 

Mais au-delà de ses 'gestes' de Renault pour maintenir l'emploi en France, une relocalisation  stratégique dans l'hexagone est-elle possible ? Sans oublier que la marque française fait partie d'une alliance avec les constructeurs japonnais Nissan et Mitsubishi. Eclairage avec Pascal Perri, économiste à LCI.  

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Production soutenue au Maroc

Largement soutenu par le Royaume du Maroc, le groupe Renault-Nissan a implanté une usine ultra-moderne à Tanger en 2012. Aujourd'hui, plus de 300.000 voitures de la marque Dacia sortent des lignes de production par an. Des modèles essentiellement destinés à l'Afrique, au Moyen-Orient mais aussi à l'Europe. Renault possède également une autre usine à Casablanca qui produit elle aussi des Dacia.

Mais si le site de Casablanca appartient totalement à Renault, la situation est différente à Tanger où l'Etat du Maroc, via sa Caisse de dépôt et de gestion, détient 47% de l'usine. Il paraît peu envisageable que le Royaume accepte un repli stratégique de Renault. D'ailleurs, selon l'édition marocaine Challenge, le pays serait "à l'abri" de tout projet de relocalisation en France. Une vision partagée par Pascal Perri. "Le succès des modèles Dacia repose sur le faible coût de production et de vente. Un rapatriement en France de la production ne paraît pas viable économiquement."

Énorme succès en Russie

La marque au losange affiche une santé insolente en Russie par rapport au climat morose en Europe. En mai dernier, le magazine Challenge parle même d'un "triomphe" pour qualifier la stratégie de Renault qui consiste à fabriquer sur place des véhicules vendues sous la marque Avtovaz, plus connues chez nous sous le nom de Lada. En plus de ses deux usines Avtovaz, le constructeur possède une usine Renault dans la banlieue de Moscou. Cette dernière fabrique non seulement des Renault, mais aussi des Dacia et Nissan. 

"Comme pour le Maroc, je ne vois pas comment Renault pourrait produire en France des voitures destinées au marché russe", s'étonne Pascal Perri. D'autant que la Renault Kaptur fabriquée en Russie fonctionne très bien. Idem pour le tout nouveau SUV appelé Askana, qui débarquera en France l'année prochaine.

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'Love Story' économique en Roumanie

L'histoire entre Renault et la Roumanie début en 2000, lorsque la marque française décide d'acquérir le constructeur automobile roumain. Un mariage couronné de succès puisque les différents modèles de Dacia produit dans l'usine géante de Moveni en Roumanie sont un succès en France et dans toute l'Europe. Aujourd'hui, les lignes de production roumaines sont capables de produire une dizaine de modèles différents, ainsi que de nombreuses pièces comme des moteurs ou des châssis que l'on retrouve aussi sur les Renault.

Les sites roumains de Renault exportent 90% de leur production, qu'il s'agisse des véhicules ou des éléments de véhicules. "Une stratégie qui repose exclusivement sur le savoir-faire des ouvriers du pays mais aussi des salaires parmi les plus bas d'Europe," nous explique Pascal Perri. Sans oublier que c'est le succès de Dacia qui a sauvé Renault et non l'inverse. Il me paraît hautement improbable que le groupe change son plan d'action en Roumanie."

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"Il ne faut pas croire que Renault fermera des usines à l'étranger pour les rouvrir en France. Le seul moyen pour produire des voitures en France est de miser sur la valeur-ajoutée qui permet de 'diluer' les coûts de production plus élevés chez nous, précise Pascal Perri. Comment  ? "Miser sur les nouvelles technologies et la voiture électrique me parait des bonnes solutions pour maintenir l'emploi en France." 

Mais l'économiste souligne une autre difficulté du constructeur français. "Renault a commis d'énormes erreurs stratégiques sur ses différentes gammes en proposant des modèles que les gens n'achètent plus, comme la Talisman ou à l'Espace. Ils ont aussi misé sur un design plus simple pour baisser les coûts, là où PSA par exemple affirme plus de personnalité dans ses modèles. Enfin, ils ont complètement raté le virage du SUV alors que ce sont les voitures qui se vendent le plus." Autant de manquements stratégiques qui, pour Pascal Perri, ne se rattraperont pas par "de simples réimplantations de production."

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