Repli sur soi, dépression, addictions... : pourquoi les chômeurs ont plus de risques d'avoir des problèmes de santé

Repli sur soi, dépression, addictions... : pourquoi les chômeurs ont plus de risques d'avoir des problèmes de santé

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SANTÉ - Les chômeurs sont en moins bonne santé que les actifs, révèle une étude parue ce jeudi. Un sujet encore peu mis en avant, et qui nuit à une efficace prise en charge et à un retour du travail pour les non-actifs.

Le chômage nuit à la santé. C’est prouvé. Stress, perte de sommeil, problèmes cardio-vasculaires, addictions, diabète, dépression... sont quelques-uns des symptômes que connaissent  davantage les personnes sans-emploi que les actifs. Pourtant, le sujet reste encore largement tabou en France.


Le thème est brandi ce jeudi par l’association Solidarités nouvelles face au chômage, via une étude qu’elle publie sur le sujet, "La santé des chercheurs d'emploi, un enjeu de santé publique". 34% des personnes interrogées estiment  ainsi que leur santé s’est dégradée pendant leur période de chômage. De manière plus générale, les demandeurs d’emploi sont deux fois plus nombreux que les salariés à juger que leur état de santé n’est pas satisfaisant ; et plus le nombre de périodes de chômage vécues augmente, plus ce pourcentage devient important. 

Problèmes cardiaques ou de sommeil

En fait, s’il n’existe pas de pathologie spécifique due au chômage, il apparaît que les non-actifs, victimes d’une usure psychologique mais aussi physiologique (notamment une accélération du vieillissement cutané), sont plus exposés que les autres à certains risques . Parmi les dégradations ou problèmes de santé rencontrés, le "stress" et la "dépression" sont les plus cités, suivis par les "maladies chroniques accentuées" (asthme, hypertension, diabète, cholestérol, exéma, psoriasis). 39% des personnes sans emploi déclarent aussi des troubles du sommeil (31% pour les actifs), et 8% confessent des symptômes dépressifs, contre 4% dans le reste de la population. 


Mais l’une des incidences les plus importantes est le développement des addictions : être sans emploi provoque une augmentation de la consommation de tabac, d’alcool et de cannabis, vécus comme une réponse au stress, une aide.  Dans la même veine, le chômage a tendance à provoquer de mauvaises habitudes alimentaires, avec des causes économiques – sont privilégiés le faible coût plutôt que la qualité des produits - , mais aussi l’apparition, sous l’effet du stress, de troubles alimentaires compulsifs. Le tout couplé à une baisse de l’activité physique. Les enquêtes françaises mettent ainsi en évidence chez les chercheurs d’emploi un pourcentage d’obèses supérieur de 42 % à celui des actifs.

"Sentiment de honte et de culpabilité"

Derrière tout ça, en toile de fond, se dessinent aussi des effets du chômage sur la santé psychique. Cette période est en effet vécue comme une "épreuve qui s’accompagne de stress et d’anxiété mais également d’un profond sentiment de honte et de culpabilité", indique le rapport. "L’expérience du chômage est souvent un traumatisme, une blessure, surtout lorsque le licenciement est brutal et que la personne n’a pu anticiper aucun moyen de se protéger psychiquement." Et les fragilités, qui peuvent exister mais avec lesquelles la personne a jusque-là pu composer, remontent à la surface. Ressortent ainsi "des vécus d’échec, de découragement, de sentiment dépressif, de honte, voire de persécution ou d’abandon". Peuvent aussi surgir, "un 'flottement' dans un temps qui s’étire, une perte du sentiment de compétence et de la capacité à agir sur sa vie, puis, peu à peu, c’est une perte du sens de la parole, du sentiment d’exister". Les chômeurs ont peu à peu le sentiment de "devenir comme invisible aux yeux la société".   


Les chômeurs ont aussi tendance à renoncer aux soins, qui pourraient les aider. D’abord pour des raisons financières, mais aussi par méconnaissance des droits sociaux due à une protection sociale complexe. Jouent aussi, dans cette renonciation, des ressorts psychologiques qui engendrent repli sur soi, voire abandon de soi. Au point que les conséquences peuvent être dramatiques. Pierre Meneton, chercheur à l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), cité dans le rapport et qui avait déjà mené une première étude sur le sujet en 2015, estime que 10 000 à 14 000 décès sont "imputables" chaque année au chômage. En gros, un chômeur aurait un risque de décès multiplié par deux. Cette surmortalité parait liée à des maladies (cardiovasculaires notamment), aux conséquences des comportements addictifs apparus ou à des morts violentes (suicides et peut-être accidents). 

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"Sous-estimation collective du problème"

Reste que si le phénomène est assurément d’ampleur, il est très peu étudié, ni connu du grand public,  et "insuffisamment pris en compte", estime l’association, qui dénonce une "sous-estimation collective du problème". Elle plaide pour que la souffrance psychique liée au chômage soit introduite dans la formation des professionnels de santé et des personnels de Pôle emploi. 


Un enjeu de santé publique, dans un contexte d'assouplissement du code du travail et de chômage qui ne baisse pas. Au deuxième trimestre 2018, le nombre d'inscrits à Pôle emploi, avec ou sans activité, s'est établi à un record de 5,94 millions.

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