Et si vous quittiez Paris ? En tout cas, les villes de province ont très, très envie de vous faire venir

Emploi

REPORTAGE - Rennes, Laval, Le Mans... : au Salon du travail et de la mobilité professionnelle, qui s’est tenu la semaine dernière à Paris, plusieurs villes ou départements avaient des stands. Objectif : séduire le Parisien talentueux. Une démarche de lobbying enclenchée depuis quelques années par les collectivités.

Ils veulent narguer le Parisien défraîchi. Et y parviennent plutôt bien via un sens de la formule plutôt efficace : "Ici, quand on parle de jardin, c’est pas sur le balcon. Ici, faire du sport en salle sera un choix. ici la plage est à la mer". Les slogans s’étalent sur une bannière, à l’entrée du stand de "Destination Rennes". 

Jeudi et vendredi dernier, la capitale bretonne avait en effet dépêché ses équipes pour figurer en bonne place au Salon du travail et de la mobilité professionnelle, qui se tenait à Paris. L’idée : faire de l’œil  aux profils prometteurs, draguer les candidats intéressants, quitte à enfoncer un peu la capitale pour attirer les talents. 

Ces villes qui ont besoin de vous

Et dans les allées, l’opération séduction se mène au rouleau compresseur. Outre son (gros) stand, Rennes se peaufine une image soignée, qu'elle développe notamment au travers d'une conférence. Devant une cinquantaine d'intéressés, un membre de la mission "Entreprendre à Rennes", chargée d'attirer les entreprises sur le territoire, vient faire la pub de sa ville, "en plein boom économique" selon lui. La pub de Rennes, ça commence justement par un court film, sur lequel défilent les jolis restos du centre-ville, le marché des Lices, le parc du Thabor, les maisons à colombage. "C’est une métropole à taille humaine, et qui souhaite le rester, mais a des ambitions très fortes, de dimension européenne." 

Et tout est fait pour parler au Parisien fatigué par le gris : en région, mais capitale régionale, près du littoral, mais aussi, grâce à la LGV, à 1h25 de Paris, des modes de transports doux. Ceci posé, l’intervenant déroule les atouts économiques de la ville, capitale de la cybersécurité, au vivant écosystème numérique, aux riches secteurs de l’agroalimentaire et l’agriculture. "On a conscience que plus qu’une offre d’emploi, c’est un projet de vie qu’il faut vous présenter ! Nous sommes candidats à vous recevoir !", conclut-il.

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Le public pose peu de questions. Mais, c’est sûr, l’exposé a séduit. Ils sont une vingtaine à venir faire la queue pour remettre leur CV. Au fond de la salle, Jérôme remballe ses papiers. Il travaille dans une collectivité territoriale en Isère, qui peine à recruter, et voulait voir comment les autres collectivités abordaient le sujet de l’attractivité. Car Rennes n’est évidemment pas la seule à être venue appâter le chaland. Le pôle "Je bouge en France", installé au milieu du salon, regroupait pèle-mêle l’Allier, la Haute-Marne, la Dordogne ou encore la communauté urbaine du Creusot. Des territoires différents, mais une problématique globalement commune : ils doivent attirer, se faire connaître. Car leurs entreprises ont du mal à recruter. "Or", résume la représentante d'une collectivité, "une entreprise qui ne peut pas recruter ne peut pas se développer. Et quitte le territoire. C’est donc dans notre intérêt de les aider."

Si Rennes a misé sur un slogan humoristique, Le Mans écrit clairement : "Quittez Paris". Sur son stand, figure un mur d’annonces d’emploi qui n’ont pas trouvé preneur localement. Des hôtesses, à disposition, questionnent les intéressés sur leur projet personnel. L'ensemble est piloté par "Le Mans développement", un collectif créé il y a 5 ans et rassemblant des communautés de communes de la Sarthe, la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) locale, le Medef ou encore les services de la métropole. L’idée : pour aider les entreprises du coin à recruter, il faut valoriser le territoire de la Sarthe, ce département niché entre le puissant Paris et  la grosse ville de Rennes. Car c’est vrai, le Mans ou Sablé, ça n’attire pas forcément spontanément.

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Pour le Parisien "qui rêve d’une vie plus sereine, plus verte, moins chère"

 "On souffre sans doute d’un déficit d’image", admet Anne-Hélène Forêt, chargée d’affaires à l’agence de développement économique du Mans métropole. "Mais il y a une vraie richesse, culturelle, des événements tous les week-ends, un maillage dynamique du territoire." La mission arpente donc les salons comme celui-ci pour vanter les charmes de la ville, mais aussi… les coups de pouce mis en place qui peuvent emporter la décision. "Nous avons par exemple mis en place une charte pour l’emploi du conjoint", développe Anne-Hélène Foret. "Quand une entreprise veut recruter un talent, le conjoint peut douter. Nous proposons donc un accompagnement personnalisé pour l’aider à trouver, lui aussi, un emploi."

A côté, Laval la discrète veut également se placer. Et si le Parisien ne vient pas à Laval, la cité mayennaise vient se présenter à lui. Et ce, au travers de lunettes 3D, pour "s’immerger dans votre nouvelle vie" et découvrir la ville, voire un futur logement. Le stand est rose, les intervenants en tablier de jardinier. Et un dossier de presse s’attaque, les yeux dans les yeux, au Parisien "qui rêve d’une vie plus sereine, plus verte, moins chère". Là aussi, est prévue une assistance aux petits oignons à qui viendrait s’installer : "Nous avons un accompagnement global à la mobilité", détaille Sabrina Pierre, chargée de mission pour "Laval économie". "Nous ciblons les offres en partant du profil des candidats, nous nous occupons aussi du conjoint, on accompagne le couple  à la recherche d’un logement et pour la scolarisation."

De la nécessaire adéquation entre l'offre et la demande

Alors oui, sur le salon, les Parisiens en quête d’emploi se laissent approcher. Passent devant leurs yeux un rêve, celui de quitter un Paris parfois un peu gris, et peut-être d’aller gambader dans de vertes vallées. Et ils déposent leur CV. Sauf que ce n’est pas toujours si facile. Parce qu’on peut rêver d’un nouveau départ, comme cette quinqua candidate qui "aimerait quitter Paris", parce que elle "aime beaucoup la nature. Encore faut-il correspondre aux besoins. Et les "larges choix d’opportunités d’emplois"  sont parfois assez ciblés. 

A Laval, les besoins les plus récurrents concernent ainsi la maintenance, les techniciens, les conducteurs de ligne, des spécificités dans le secteur tertiaire, des compétences linguistiques, ou encore des centres d’appels. Les boîtes qui recrutent sont Thales, Ceva, ou Lactalis. Au stand de Rennes, une jeune fille, bac + 5, dans la com' et le tourisme, qui "veut vivre à Rennes parce qu'elle a de la famille en Bretagne", se fait prudemment raisonner : "Je ne vous cache pas que ce sont des secteurs un peu difficiles..."

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