Salariés et managers : pourquoi ils aiment toujours leur travail mais ont tendance à lever le pied

Salariés et managers : pourquoi ils aiment toujours leur travail mais ont tendance à lever le pied

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ÉTUDE - Le groupe Cegos, organisme de formation professionnelle, a publié ce mardi son "Baromètre du Climat social et qualité de vie au travail". Premier volet : le climat social au sein de l’entreprise.

C’est presque un paradoxe étant donné le discours ambiant, plutôt morose : les salariés jugent que le climat social au sein de leur entreprise s’améliore, que l’équilibre vie pro et personnelle est satisfaisant, se sentent écoutés et compris par leur managers.  73% des salariés et 82% des managers se disent ainsi satisfaits de leur emploi actuel, de leur environnement de travail (71% et 76%) et sont fiers de travailler dans leur entreprise (74% et 83%). La très grande majorité d’entre eux perçoit d’abord le travail comme une source d’épanouissement personnel, avant d’être une source de contraintes. 


A première vue, d’après le baromètre "Climat social et qualité de vie au travail", dévoilé ce mardi par l’organisme de formation professionnelle Cegos, tous les indicateurs sont donc au beau fixe. 

Transition et flottements

Des résultats si positifs qu’ils peuvent paraître surprenants. Mais le diable ses niche dans les détails. Et la situation est moins reluisante qu’il n’y parait si on la regarde sur le moyen terme. Certains indicateurs phares, qui sont positifs, sont en fait en baisse. En particulier sur les sujets ayant trait à l’intérêt et l’autonomie du travail. Ainsi, si 71% de salariés se disent motivés par leur travail actuel et que 66% estiment avoir une réelle latitude d’action, ces chiffres sont en baisse de 5 et 4 points depuis 2015. Pour les managers, 75% disent "apprendre en permanence dans leur travail" et 89% à "avoir des activités variées et intéressantes". Soit des baisse respectives de 8 et 9 points.


Pour Catherine Lainé, directrice de projets et spécialiste des enjeux RH chez Cegos, ce mal-être latent est dû à la période de transformation que connaissent actuellement les entreprises. "Nous sommes en phase de transition. L’organisation, les postes de travail, les modes de collaboration et les lignes hiérarchiques évoluent, sans que cela ne soit totalement stabilisé", estime-t-elle. "Et dans cette phase intermédiaire, les bénéfices de la transformation ne sont pas encore perçus". Résultat : de ce flottement, peut naître une incertitude, voire une résignation, au sein des troupes.  

La tendance à lever le pied

Car l’effet est direct sur le travail des collaborateurs. "Cette transformation des organisations fait que les grandes directions sont très vigilantes et doivent être alignées, et ont tendance à mettre en place de nouveaux process et des pratiques très centralisées", explique Catherine Lainé. Des pratiques, comme le reporting, sont ainsi perçues comme chronophage et donnent aux managers le sentiment d’avoir moins de marges de manœuvre, voire d’être devenus de simples exécutants, bien moins libres de leurs actions. "C’est ce dont ils se plaignent le plus, tout en comprenant cette nécessité de contrôle".


Du coup, si le niveau d’investissement reste globalement élevé, Cegos note toutefois un "fléchissement" à moyen terme. En effet, sur une échelle de 1 à 10, 67% des managers notent leur niveau d’implication à 8 et plus. Le score est bon, mais est en net recul, de 15 points par rapport à 2015. "Cela traduit une forme de prise de recul, sans doute due à ce manque d’autonomie", analyse Catherine Lainé. Le désinvestissement est d’ailleurs aussi observé chez les collaborateurs en cas d’insatisfaction. "Si la première option envisagée reste d’en parler à son manager, on voit émerger une autre tendance, qui est de dire : je lève le pied. C’est une attitude adoptée par 43% des salariés", remarque l'organisme. 


Le fait de chercher à quitter son entreprise n’est envisagé qu’en dernier recours, dans 22% des cas." Un état de fait dont les DRH, eux aussi interrogés, ne semblent pas avoir conscience. A l'inverse, ils considèrent à 86%, que le niveau de motivation des collaborateurs est élevé, une perception en hausse de 20 points depuis 2015. Un fossé. 

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> Etude réalisée par l'Observatoire Cegos, en septembre et octobre 20178, auprès d'un échantillon représentatif de 1.160 personnes (salariés, managers, et directeurs ou responsables des ressources humaines), auprès d'entreprises du privé de plus de 100 salariés. 

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