Suppression du jeudi de l’Ascension comme jour férié : pourquoi cette hypothèse revient encore

Relance de l'économie : l'Institut Montaigne s'explique sur ses propositions chocs
Emploi

DÉBAT - C'est une mesure demandée depuis longtemps par le patronat, et qui resurgit chez les partisans de l’allongement du temps de travail : la suppression du jeudi de l’Ascension comme jour férié. Un rapport de l’Institut Montaigne, publié ce mercredi, la propose parmi d'autres pour relancer l'économie.

"La crise sanitaire du Covid-19 a déjà eu des effets dévastateurs sur l’économie de notre pays." Dans sa note publiée ce mercredi par l’institut Montaigne, un think-thank libéral, l’économiste Bertrand Martinot, spécialiste des politiques de l’emploi, plante le décor. Et il n’est pas brillant. 

Pour relancer l’activité, l’économiste rouvre le débat sur l’allongement du temps de travail. Une piste qui avait été lancée il y a quelques semaines par le Medef, avant qu'il ne la retire sous le feu des critiques. Mais là revoilà donc. Et parmi les mesures préconisées, le retour d’une vieille idée patronale : supprimer le jeudi de l’Ascension comme jour férié. "Si la France est dans une situation moyenne par rapport à ses partenaires européens pour le nombre de jours fériés, elle se caractérise par un nombre particulièrement élevé de jours au cours du mois de mai (trois ou quatre jours fériés selon les années, dont le jeudi de l’Ascension qui entraîne chaque année un "pont"). Bien entendu, les écoles ouvriraient ce jour-là", précise l’économiste dans sa note.  

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On l'oublie un peu, mais depuis qu'en 2004 Jean-Pierre Raffarin a transformé le lundi de Pentecôte en journée de solidarité,  c'est-à-dire un jour travaillé mais non-payé, une brèche est ouverte. Et le débat sur la suppression ou non de jours fériés revient régulièrement à l'approche du mois de mai. 

L’an dernier, en avril, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avait ainsi rouvert à la porte à la suppression d’un deuxième jour férié, pour financer les dépenses liées au vieillissement de la population. Une piste à laquelle Emmanuel Macron s’était montré dans un premier temps favorable, la qualifiant d'"intéressante". Avant de revenir en arrière, une quinzaine de jours plus tard, lors d’une conférence de presse. "Je ne crois pas que ce soit le plus efficace", avait alors estimé le président de la République. "On a déjà essayé. Ça n'a pas très bien marché, ce n'est pas clair", avait-il précisé, en allusion à la suppression du lundi de Pentecôte, estimant qu'une telle mesure serait d'une "complexité absolument abyssale pour tout le monde". 

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Le retour d'une idée ancienne

La suppression du jeudi de l’Ascension est plus généralement un vieux cheval de bataille du patronat, qui souhaiterait que l'on fasse une croix sur un ou deux des onze jours fériés que compte la France. Notamment au motif que ces jours non travaillés seraient relativement coûteux pour l’économie nationale. En septembre 2014, le Medef avait ainsi publié un "petit livre jaune" qui listait les pistes pour créer un million d'emplois. Et déjà, le syndicat patronal demandait de faire sauter certaines de ces journées "off". L'institution proposait à l'époque d'accoler certains jours fériés à un week-end, pour éviter que les salariés ne soient tentés de prendre des ponts, puis, à terme, d'en supprimer "1 à 2". Selon ses calculs, "supprimer 2 jours fériés (…) représente environ 0,9 % de PIB. Or, on estime que 1 % de PIB supplémentaire permet de générer 100.000 emplois supplémentaires".

Si le jeudi de l’Ascension est particulièrement dans le collimateur, plus que d'autres, c’est que le mois de mai compte de nombreux jours fériés (fête du travail, 8 mai, Ascension et Pentecôte) qui, quand ils ne tombent pas sur des samedis ou des dimanches, créent un tunnel de jours chômés. Par exemple, l’an dernier, les 1er et 8 mai tombaient des mercredis. Ce jour chômé peut entraîner chez les salariés deux jours de repos supplémentaires, menant donc à une semaine de deux jours ouvrés payée cinq. A cela s’ajoute donc le jeudi de l’Ascension (qui tombe le 21 mai cette année), le tout transformant le mois de mai en véritable gruyère, avec dans le "pire" des cas 15 jours ouvrés payés 23.

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Mais sur les gains économiques d'une telle mesure, les calculs du Medef sont amendés par d’autres indicateurs, bien plus tempérés. Ainsi, l’Insee avance des chiffres beaucoup plus modérés sur l’impact de la suppression de jours fériés sur l'économie. Car si certains secteurs comme l’industrie sont pénalisés par ces jours fériés, d’autres en profitent largement, comme le tourisme et la restauration ou certains commerces de détail. Au final, selon l'Insee, l'impact effectif d'une suppression d'un jour de congé est proche de 0,1 point de PIB en moyenne.

L’institut de statistiques publie d'ailleurs régulièrement une note sur l’impact des jours fériés sur l’économie, qui montre que celui-ci est assez modéré, et surtout se compense d’une année sur l’autre. Par exemple pour l'année 2019, qui comptait 251 jours de semaines ouvrés, dix jours fériés tombant en semaine, l'effet du calendrier aurait été "légèrement négatif, de l'ordre de -0,02 point" de croissance du PIB.

Mais en 2020, année bissextile, le nombre de jours de semaine ouvrés grimpe à 253. L’effet, cette fois, aurait dû être positif, de l'ordre de 0,12 point. L’Insee a également montré qu'en 2021, le chiffre pourrait être encore plus important : les Français travailleront 254 jours ouvrés, un niveau inédit depuis 2010. Car en 2021, sur les onze jours fériés, quatre tombent pendant un week-end : le 1er mai, le 8 mai, le 15 août et le 25 décembre. 

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