Tiraillés entre direction et salariés, trop d'administratif… Comment les DRH voient-ils l’évolution de leur métier ?

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ÉTUDE - Comment les DRH perçoivent-ils l'évolution de leur métier ? Comment les salariés les considèrent-ils ? La 3e édition du baromètre"Radioscopie des DRH" de l'Observatoire Cegos fait le point sur ce métier en pleine mutation.

Ils ont fait ce métier parce qu’ils voulaient de l’humain. Et au final, ils s'occupent plutôt de paperasse et font face à des salariés défiants… Voilà, en très gros trait, le portrait dressé des DRH et responsables RH par l’organisme de formation Cegos, dans la 3e édition de son baromètre "Radioscopie des DRH", dévoilée ce mercredi.


A l’heure où l’entreprise fait face à des grandes réorganisations stratégiques, que les métiers se transforment sous l’effet de la digitalisation, les RH voient, eux aussi, leur fonction chamboulée. D’abord par leur profil : de plus en plus de responsables RH ne viennent pas de la fonction RH, constate l’étude : 41% d’entre eux (+14 points par rapport à 2016), disent ainsi être arrivés à leur poste actuel parce qu’ils ont toujours été attirés par cette fonction et qu’ils ont saisi une opportunité qui s'est  présentée.  Et si 54% d'entre eux ont exercé plusieurs années dans la fonction RH avant d'être promus à leur fonction actuelle, la tendance est en nette diminution : 12 points de moins qu’en 2016.

Rêve versus réalité

Les responsables RH qui se sont tournés vers ce métier disent avoir principalement été attirés par le  côté humain. Selon 61% d'entre eux l’accompagnement du développement des compétences des collaborateurs constitue, de loin, le principal critère d’attractivité du poste. Pourtant, dans les faits, cet aspect ne représente qu’une petite partie de leurs missions : elle n'est présente que pour 35%.


De la même manière, si les RH affichent leur intérêt pour leurs rôles de conseil sur le terrain auprès des salariés et des managers et de partenaire stratégique, leur quotidien reste fortement marqué par la gestion administrative. Elle représente un quart de leur temps de travail, un chiffre en hausse de 13 points par rapport à 2012. "Le rythme et le nombre de réformes et d’évolutions réglementaires s’accélèrent depuis 2016. Tout cela mobilise près de 9 DRH sur 10 et explique que l’administratif reste prédominant dans leur quotidien", explique Isabelle Drouet de la Thibauderie, experte RH chez Cegos.

Un métier jugé plus complexe, mais plus intéressant

De fait, 76% des professionnels interrogés disent passer beaucoup de temps à mettre en place des accords faisant suite à des évolutions réglementaires (+12 points depuis 2012), 67% à "faire face à des changements et réorganisations incessants". 40% d’entre eux déclarent manquer d’informations sur la stratégie de l’entreprise (+19 points par rapport à 2012) et 52% affirment se heurter au manque de vision sociale et d’anticipation de leur direction. 


Car les DRH ne sont pas épargnés par les difficultés au travail… qu’ils sont censés accompagner. Ainsi, ils sont 64% à estimer que leurs horaires de travail explosent ; 54% ne parviennent pas à déconnecter des situations vécues de retour chez eux et 44% reconnaissent parfois agir contre leur éthique et leurs valeurs. "Il existe aussi une certaine solitude des DRH qui ne peuvent se confier au sein de l’entreprise et expriment pour 41% d’entre eux un manque de liberté de parole auprès de leur Direction générale", précise Isabelle Drouet de la Thibauderie. Malgré tout, 3 DRH sur 4 considèrent que cette complexité apporte de l’intérêt à leur métier qui "s’est enrichi, est devenu plus stratégique et plus intéressant". Au point que 68% d’entre eux envisagent d’être encore à leur poste dans cinq ans (+5 points par rapport à 2016). L'experte n’y voit "pas de paradoxe", mais "davantage l’expression d’une certaine résilience."

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Les salariés défiants, les DRH confiants

Mais si les DRH se perçoivent malgré tout comme des "DRH de proximité" (pour 52% d’entre eux), ce n'est pas forcément l'avis des salariés. La défiance semble même de mise : 34% des collaborateurs interrogés reprochent ainsi aux DRH-RRH le facteur humain insuffisamment pris en compte, le manque de transparence (26%) ou encore le manque de proximité (25%). "Les collaborateurs ont l’image de DRH gestionnaires alors qu’ils attendent d’abord de la proximité et du relationnel', note Isabelle Drouet de la Thibauderie. "Mais n’oublions pas qu’au quotidien, les DRH doivent aussi composer avec les volontés stratégiques de leur Direction." Bref, un grand écart permanent. 


Au final, le niveau de confiance des salariés dans la fonction RH reste faible : 5,5 sur 10. A l'opposé, les DRH-RRH ont tendance à surestimer cette confiance, en l’évaluant à 6,8 sur 10. Incompréhension ? Il est vrai aussi que salariés et DRH ne s’entendent pas vraiment sur les qualités attendues d’un bon DRH : les salariés veulent un bon relationnel et l’écoute (52%), de l’éthique et de la rigueur morale (47%) et le respect des engagements (45%).  Les DRH-RRH mettent en avant la capacité de négociation et la force de conviction (37%), le bon relationnel et l’écoute (33%) et la vision stratégique (32%). 


Quant à l’avenir, il s’annonce bien flou : entre les mutations du monde du travail et les transformations de leurs entreprises, les DRH-RRH ont du mal à qualifier clairement l’évolution de leur fonction dans les cinq années qui viennent. Pour 35% d’entre eux, elle sera plus orientée "Human Partner" (contre 48% en 2016), alors que 34% estiment qu’elle sera de plus en plus virtuelle. 13% des DRH-RRH disent même… qu’ils ne savent pas.

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