Très pessimistes sur l'avenir, salariés et patrons prêts à se serrer les coudes face à la crise ?

Très pessimistes sur l'avenir, salariés et patrons prêts à se serrer les coudes face à la crise ?

ACCORD - Un sondage mené par l’Observatoire social de l’entreprise et Ipsos pour "Les Echos" montre qu'employeurs et employés anticipent une baisse d’activité de leur structure dans les mois à venir. Ce qui conduit les seconds à être modérés dans leurs revendications.

Même en 2008, avec la crise, ils n’étaient pas aussi pessimistes. L’Observatoire social de l’entreprise  et l’Ipsos ont interrogé pour Les Echos et le Cesi près de 400 dirigeants d’entreprise et 1.000 salariés du secteur privé en mai et juin, après la sortie du confinement.

Et les deux parties se rejoignent sur une chose : le pessimisme sur tous les fronts. D’abord, sur les perspectives de l’économie française : 66% des employeurs et 74% des salariés anticipent une dégradation. Pessimisme aussi sur l’avenir de leur propre entreprise : 54% des dirigeants anticipent une baisse d’activité de leur société dans les mois à venir. C'est, notent Les Echos, un retournement complet de leur état d’esprit par rapport à 2018, où le baromètre ne pointait que 14% de pessimistes.  "Mais c’est surtout un record largement supérieur à celui de 2009", année qui suit la crise de 2008, où 34% des patrons se montraient peu confiants dans la suite. "Ce mouvement est violent et unique depuis la création du baromètre", souligne Ipsos. En 2020, l’inquiétude est donc plus marquée, et encore plus présente dans l’industrie (58% des patrons pessimistes) et les dirigeants qui emploient plus de 250 salariés (61%). Les salariés partagent, eux aussi, ce pessimisme, avec un record : ils sont 39% à penser que l’activité de leur entreprise va chuter dans les mois à venir. Au point que l’emploi redevient leur première préoccupation, devant le pouvoir d'achat.

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Des salariés compréhensifs et solidaires

Et c’est tout le paradoxe : pendant la crise du coronavirus, d’aucuns avaient prédit un climat social compliqué, les entreprises demandant des efforts aux salariés qu’ils n’étaient pas prêts à donner. A l'arrivée, d’après le baromètre, ce climat social est plutôt bon et ressenti comme tel par les deux parties : il est jugé "bon" par 87% des dirigeants et 60% des salariés, qui considèrent que leurs directions ont "bien géré" le confinement (75%), ainsi que le déconfinement (71%). 

L'étude montre même que les salariés, conscients de la crise, semblent mettre un couvercle sur de possibles revendications : ils sont 37% à se montrer compréhensifs, voire solidaires, face au gel des embauche et au chômage partiel. L’inquiétude (31%) et le mécontentement (14%) s’expriment ainsi moins qu’en 2009, poursuit le baromètre, selon lequel "la conscience de la gravité de la situation conduit les salariés à modérer toutes leurs revendications potentielles". Les envies de changements -réduction des horaires, changement de poste, voire de société- sont ainsi  très minoritaires. 

Alors, cet après-Covid aurait -il mené à une ère de rapports apaisés en entreprise ? Une sorte d'union sacrée face à cette crise se serait-elle mise en place ? En tout cas, ressort pour l’instant une "confiance mutuelle pour faire face aux enjeux de la crise" : 98% des dirigeants disent pouvoir s’appuyer sur leurs salariés, et 70% des salariés disent la même chose de leur employeur. Un climat très bon, trop bon ? Au risque d’anesthésier les parties et les rendre aveugles face à l’avenir ? En effet, avertissent les Echos, le chômage partiel a pu mettre sous cloche les emplois et entretenir un faux sentiment de sécurité. 

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