"Ubuesque !" : une filiale de Ryanair demande à ses pilotes de rembourser une partie de leur salaire

"Ubuesque !" : une filiale de Ryanair demande à ses pilotes de rembourser une partie de leur salaire
Emploi

TRANSPORT - Un syndicat de pilotes dénonce les "pratiques inacceptables" de "profiteurs" cherchant à imposer des baisses de rémunération aux pilotes, alors que le transport aérien traverse une crise majeure liée à l'épidémie de Covid-19.

Avec la crise, les transporteurs aériens souffrent. Et par contrecoup, le personnel volant aussi. L'on se souvient de la polémique autour de Rynair, qui demande à son personnel de réduire les salaires ; d’autres compagnies ne sont pas en reste, dénonce ainsi le syndicat de pilotes SNPL France qui  a connaissance de "pratiques inacceptables" de la part de "compagnies cherchant à profiter de cette crise sans précédent". Le syndicat raconte l'exemple "d'un questionnaire envoyé par une société de placement (Brookfield aviation) en pleine crise" qui demandait "aux pilotes quelles baisses de rémunération ils étaient prêts à accepter pour continuer à pouvoir exercer leur métier. Il leur était même demandé s’ils étaient prêts à travailler gratuitement !"

"Nous pensions alors avoir touché le fond", raconte le syndicat. "Depuis, une autre compagnie réussit à faire mieux dans l’inadmissible." Il s’agit de Buzz, une des compagnies du groupe Ryanair. Les pilotes de cette compagnie travaillent sous un statut de "contractor", sorte de statut d’autoentrepreneurs, à travers une agence de placement, Warsaw aviation. Une pratique dite des "faux indépendants", qui se développe chez les compagnies low-cost,  mais "considérée au niveau européen comme étant déjà plus que discutable", estime Olivier Rigazi, du syndicat SNPL France.

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Les pilotes travaillant pour Buzz touchent en effet un revenu minimum forfaitaire, calculé à partir d'une grille de rémunération horaire fondée sur l'expérience du pilote. Selon le syndicaliste, dès le début de la crise sanitaire, les pilotes travaillant pour Warsaw aviation "se sont vu imposer, au travers d'un chantage à l'emploi, une baisse de leur rémunération minimum garantie, comprise entre 10 et 20%", avec, qui plus est, un effet rétroactif depuis le début de la crise du coronavirus. 

Le SNPL explique dans un communiqué : "Sans aucune concertation préalable", Warsaw aviation "a décidé de revoir, de manière unilatérale et non écrite, les critères d'expérience de la grille ‘tarifaire’, occasionnant ainsi une baisse de rémunération supplémentaire, et ce, avec effet rétroactif sur plusieurs mois".  Les pilotes de cette compagnie se retrouvent donc dans une "situation ubuesque", dénonce le syndicat : "Ils doivent rembourser des sommes à Warsaw aviation  au titre des mois précédents, en plus des baisses multiples de leurs rémunérations."

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Olivier Rigazi s'est érigé contre ces "pratiques de dumping social" et demande au gouvernement de "porter la voix des pilotes au niveau européen afin que soit interdite (...) l'embauche de pilotes sous statut ‘d'indépendant’". Alors que le transport aérien est en crise, "nous ne sommes pas contre une baisse de salaire, mais là les pilotes font l'effort et la compagnie ne s'engage à rien", a-t-il estimé. 

La compagnie irlandaise Rynair a déjà fait parler d’elle, il y a quelques semaines, en demandant à son personnel une baisse de salaires. D’après le SNPL France Alpa, la direction de Malta Air avait annoncé vouloir baisser la rémunération de ses 81 pilotes sur les cinq prochaines années, sans quoi elle licencierait 23 d'entre eux. Les pilotes ont refusé mais se disent ouverts à la négociation d'un accord de performance collective (APC), un accord qui permet de maintenir l'emploi en contrepartie d'ajustements sur le temps de travail et les salaires, s'il y a "du donnant-donnant". Malta Air avait également menacé de licencier des hôtesses et stewards (PNC) s'ils n'acceptaient pas de baisse de leur rémunération. Le syndicat SNPNC-FO, majoritaire chez Ryanair en France avait dénoncé début juin "un chantage au licenciement".

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La rémunération semble être une variable d'ajustement de plus en plus pratiquée : les compagnies Air Caraïbes Atlantique et Frenchbee, détenues par le groupe Dubreuil, ont déjà signé des APC pour leurs pilotes, selon le SNPL, confirmant des informations des Echos. Ils prévoient un maintien de l'emploi pendant un an pour la première, et deux ans pour la deuxième, en contrepartie d'une baisse des salaires. Les accords de performance collective, rendus possibles par les ordonnances réformant le Code du travail de 2017, visent à "préserver" ou "développer" l'emploi et permettent pour cela d'aménager la durée du travail ou la rémunération.

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