"Une bouffée d’oxygène !" : coiffeurs et commerçants attendent un assouplissement des règles sanitaires

"Une bouffée d’oxygène !" : coiffeurs et commerçants attendent un assouplissement des règles sanitaires
Emploi

FOCUS – Le gouvernement devrait annoncer dans les prochains jours une nouvelle version de son protocole de déconfinement à destination des entreprises. Exit la jauge de 4m² nécessaire par salarié. Pour les petits commerces, la suppression de cette limitation peut faire toute la différence.

 "Je suis content ! Content ! Parce que cela fait déjà deux semaines que j’ai écrit à la ministre et à son cabinet en demandant : est-ce que cette mesure de 4m², on va pouvoir la revoir ?" Christophe Doré, patron de l'Unec (Union nationale des entreprises de coiffure) est donc heu-reux : un nouveau protocole sanitaire de déconfinement pour les entreprises  se profile. Et dans la version qui doit encore être officialisée, il semble que la mesure qui a fait s’arracher les cheveux à de nombreux employeurs va disparaître : celle des 4m² nécessaires par salarié. Elle devrait sera remplacée  par une distance nécessaire d’un mètre entre chaque personne.

Chez les coiffeurs, "cette jauge a aujourd’hui un impact énorme sur l’économie de nos salons, sur l’organisation, entre le personnel, les clients, raconte Christophe Doré. "Avec la disparition des 4m² et comme le mètre de distance n’est pas possible, la seule obligation est de porter le masque. C'est une vraie bouffée d’oxygène"

Le chiffre d’affaires de la plupart des commerces est en chute de 30 à 50%- Francis Palombi, des Commerçants de France

Car dans ces petits commerces ou salon, souvent dotés de petites surfaces, il ne restait plus beaucoup de place pour le client. "Par exemple, dans l'un de mes salons, qui est pourtant un grand salon, seulement six des neuf places étaient exploitables. Un tiers, c'est tout de même énorme" décompte Christophe Doré. 

Même chose du côté des petits commerces. Pour Francis Palombi, président de la Confédération des commerçants de France, qui regroupe 500.000 adhérents, tout allègement est bon à prendre :  "Tout ce qui entrave la reprise est à éradiquer, tout en gardant un minimum de protocole sanitaire, masques, gels et distanciation sociale". Car malgré le déconfinement, la normale n’est pas encore là. "Le chiffre d’affaires de la plupart des commerces est en chute de 30 et 50%." Une reprise "laborieuse", qui place tous ces commerces dans une "période transitoire très délicate."

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Sans doute, cette jauge a joué dans cette reprise faiblarde, limitant l’accès aux commerces, nécessitant des cafés qu’ils n'utilisent pas la totalité de leurs capacités. Mais c'est, aussi, l’état d’esprit, frileux, des clients. "Les consommateurs ont tout de même épargné 55 milliards pendant le confinement", rappelle Francis Palombi. "Mais les gens voient planer au-dessus de leur tête des plans de licenciements énormes, chacun se demande s’il va garder son emploi. Les gens ont cette épargne accumulée, mais n’ont pas forcément envie de la dépenser tout de suite."

Chez les coiffeurs aussi, on constate cette reprise laborieuse. "La coiffure est repartie fort, très fort au mois de mai, et depuis début juin c’est une catastrophe, la chute est vertigineuse, violente", confesse Christophe Doré. "Evidemment, il y a eu l’affluence du démarrage, mais on ne comprend pas si vite ce fort ralentissement. On s’y attendait, mais pas aussi brutalement."

Pas qu'une histoire de jauge

Sans doute, en plus des jauges qui limitent les activités, les commerces sont pénalisés par de nombreux effets de bords. Toujours dans les salons de coiffure, il faut compter sans les cérémonies. "Il n’y a pas de mariage, pas de communion, pas d’anniversaires. UCela veut dire qu’aujourd’hui le samedi, on est tous à moins 30, moins 40% de notre chiffre d’affaires." Changement d’habitudes aussi induites par une toute nouvelle vie sociale : "Des femmes qui venaient toutes les semaines ne le font plus, mes clientes disent « cela ne sert à rien, pour être dans la rue avec un masque", « rapporte Christophe Doré. "Le fait qu’on ne puisse pas se recevoir facilement, qu’on n’aille pas au restaurant avec autant de plaisir qu’avant, tout cela marque un certain blocage."

Autre remarque, qu’il partage avec ses collègues de la restauration ou de la boulangerie : le phénomène du télétravail.  "Une femme en télétravail voit moins l’intérêt d’être bien coiffée, d’avoir ses racines nickel…", résume Christophe Doré. "Au lieu de faire toutes les trois ou quatre semaines, sa couleur, elle va faire toutes les six ou sept semaines !"  

Francis Palombi constate la même chose, pour les commerces situés dans les zones de bureaux. "Avec le télétravail et le chômage partiel, les restaurants des quartiers d’affaires travaillent moins.."

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Donc tout allègement des règles est le bienvenu mais ne résoudra pas tout. C’est pour cela que les fédération de petites entreprises continuent de demander de l’aide au gouvernement ; Jeudi, Francis Palombi assiste à Bercy, avec les partenaires sociaux, à la présentation d’un plan d’accompagnement pour les TPE. "Cette reprise a besoin de tous les efforts possibles, d’un allègement des règles sanitaires, mais aussi d’un accompagnement économique", dit-il. "Nous avons accumulé des déficits astronomiques, et la reprise  n’est pas évidente." Il demande notamment un geste sur les loyers,  des exonération fiscales sur l'emploi, mais aussi la création événements ludiques dans les centre-ville, pour attirer les clients, ainsi qu’un moratoire sur des projets d’entrepôts d’Amazon, concurrent de vente en ligne

En attendant, Christophe Doré se veut positif. "Il faut bien garder le moral ! Mais on attend l’annonce officielle de la ministre du travail ! Et on espère l’avoir très rapidement."

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