Une décision "historique" : pourquoi les PME se réjouissent qu'un ministre leur soit dédié

VIDEO - L'interview d'Alain Griset, ministre délégué aux PME
Emploi

FOCUS - La nomination d’Alain Griset à la tête d'un ministère des PME satisfait le secteur, lourdement éprouvé par la crise du Covid-19, les Gilets jaunes et la mobilisation contre la réforme des retraites. La création de ce poste dédié montre aussi combien les petites et moyennes entreprises seront au cœur de la stratégie de relance.

Il a les larmes aux yeux et la voix qui chavire. Pascal Février, propriétaire d’un magasin de jouets, est au tribunal de commerce de Rennes en ce jour de juin. Son commerce a été placé en liquidation judiciaire. "Je ne savais plus comment faire, j’ai tout perdu dans l’affaire, ma maison...", souffle-t-il face aux caméras de TF1 dans un reportage diffusé ce lundi au journal de 20H. L'histoire était pourtant belle : après 30 ans dans la grande distribution, il avait tout plaqué, il y a 5 ans, pour réaliser son rêve : ouvrir un commerce en famille.

L’entreprise avait très bien démarré. Mais la crise des Gilets jaunes et la grève contre la réforme des retraites ont fait chuter le chiffre d’affaires de 60%, avant que le Covid-19 ne donne le coup de grâce. Aujourd'hui, Pascal n'a plus rien, sauf des dettes : près d’un million d’euros qu'il va devoir rembourser jusqu’à la fin de ses jours.

Les petites entreprises, des structures fragiles

La situation de Pascal est représentative. Car si l'on parle souvent des grands groupes du CAC 40 en matière de réussite, tout comme de plans sociaux, les grandes sociétés le sont au final beaucoup moins : d'après l'Insee, plus de 99% des entreprises de l'Hexagone sont des PME ou TPE. Il en existe près de 4 millions en France, elles représentent 6,3 millions de salariés, et produisent 43 % de la valeur ajoutée du pays. 

Ces petites entreprises sont partout : hôtellerie, restauration, petit commerce, construction, mais aussi derrière chaque mastodonte industriel, tels Airbus, Thalès... C'est tout un tissu industriel de sous-traitants dans les domaines du transport, de l’aéronautique ou encore de la défense qui maille la France et fait vivre les territoires. Un beau matelas sur lequel s'asseoir pour piloter la relance.

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Mais ces entreprises sont, par leur nature même, fragiles : elles ont une trésorerie instable, avec peu de liquidités permettant d’affronter des moments de crise, et un carnet de commandes dépendant parfois de quelques clients. Ce qui explique qu'en ce moment, dans la foulée du confinement, qui a mis l'activité à l'arrêt, beaucoup luttent pour leur survie. D’après la Confédération patronale des entreprises de proximité, près de six commerçants, artisans ou libéraux sur dix ont perdu plus de 70% de leur chiffre d'affaires pendant la seconde quinzaine de mars. Au point que selon Marc Sanchez, secrétaire général du SDI (Syndicat des indépendants), si rien n’est fait, "nous devrions accepter près de 600.000 nouveaux chômeurs issus de l'arrêt brutal de l'activité de 400 000 TPE". Dans un communiqué diffusé en juin, il dénonçait également le fait que les TPE étaient "systématiquement laissées de côté", à l'inverse des "startups médiatiques dont l'objectif n'est pas de créer de l'emploi mais de lever des fonds..."  

Pour l’instant, le nombre de faillites en France reste relativement faible. Mais gare à la suite. Car ces petites entreprises subsistent grâce aux aides de l’Etat, mises en place avec la crise du coronavirus. Mais quand elles vont devoir commencer à rembourser leurs prêts garantis, et que la prise en charge du chômage partiel va diminuer, les dépôts de bilan risquent d’exploser. Dans un bulletin publié à la mi-juin, l'OFCE estimait  le nombre d'emplois détruits par les faillites potentielles au 1er janvier 2021 à environ 250.000. Deux fois plus que l’année dernière. Et le taux de défaillance d'entreprises pourrait croître de 80%. 

Retour au terroir ?

Fini la start-up nation, retour à la proximité ? Pour la première fois en tout cas, les entreprises de proximité font explicitement leur entrée dans un gouvernement. En nommant de manière inédite un ministre en charge des PME auprès du ministre de l’Economie, le gouvernement cherche à faire passer un message : il a compris l'enjeu. Le grand chef de Bercy Bruno Le Maire l’a d’ailleurs rappelé devant les journalistes lundi après le remaniement : les "plus petits" "ont pris cette crise de plein fouet et [ils] savent encore mieux que nous que le plus dur est devant nous, que les faillites sont devant nous, que les licenciements sont devant nous, que le risque d'appauvrissement des territoires est devant nous"

D’autant qu’Alain Griset, le nouveau ministre délégué en charge des TPE-PME, pendant 40 ans à la tête de son entreprise de taxis, semble taillé pour le poste. Sa nomination a d'ailleurs réjoui le milieu. L’U2P (Union des entreprises de proximité) – dont Alain Griset est par ailleurs l'ex-président -  a salué une décision "historique" : "Elle montre que les pouvoirs publics ont pris conscience de l’importance des entreprises de proximité et des travailleurs indépendants pour la vitalité économique du pays", a souligné le syndicat dans un communiqué. Une "prise de conscience" qui a débuté pendant la crise sanitaire et économique, "au cours de laquelle le gouvernement a pris diverses mesures pour aider à faire face à la situation". La Chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) voit elle dans cette nomination "un signal fort à destination de notre réseau comme de nos entreprises artisanales", alors que le gouvernement prépare un plan de relance pour le pays. L’Union nationale des professions libérales (UNPL) qualifie de son côté de "signal fort" le fait que le secteur - qui représente un tiers des entreprises françaises et 2 millions d’actifs - "soit enfin reconnu et soutenu". Bref, les petites entreprises et artisans ont désormais leur porte-parole, et se sentent écoutés. 

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Et Alain Griset entend bien continuer dans cette voie-là. "La mission qui m'est confiée, c'est d'abord écouter toutes ces entreprises et de proposer au Premier ministre, au président, un certain nombre de pistes pour leur permettre dans un premier temps de passer cette crise qui s'annonce et au-delà regarder comment on peut accompagner leur développement", a-t-il déclaré. Et le nouveau ministre est déjà au travail : au côté de Bruno le Maire, il a déjà commencé à plancher sur le plan de relance destiné à faire face à la crise. Les priorités du futur plan : la compétitivité des entreprises et la transition écologique. Auxquelles il faut ajouter le soutien à l'emploi, via un nouveau mécanisme d'activité partielle de longue durée en cours de négociation. 

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