Le Covid-19 donne le coup de grâce à l’emblématique magasin Tati à Barbès

Le Covid-19 donne le coup de grâce à l’emblématique magasin Tati à Barbès
Emploi

COMMERCE - Le magasin Tati emblématique du boulevard Barbès à Paris sera bientôt fermé, son activité ayant été fortement affectée par la crise du Covid-19, a annoncé mardi le groupe GPG, qui avait repris l'enseigne en 2017.

Il y a eu les grèves contre la SNCF.  Les Gilets jaunes. La mobilisation contre la réforme des retraites. Puis la crise du Covid. Le cocktail aura été explosif, et Tati fait partie des dernières victimes.

Le magasin historique de Tati, dans le quartier Barbès à Paris, va bientôt fermer, a annoncé mardi le groupe GPG, repreneur de l'enseigne en 2017. Les raisons sont hélas tristement banales en cette période : après le déconfinement, "Tati n'a pas vu le retour de ses clients vers son centre historique de Barbès", explique son directeur général délégué Thierry Boukhari dans un communiqué. Une phase critique alors que la situation était déjà très instable : le magasin a été "doublement" touché par les grèves de décembre dernier et la crise sanitaire.

Des dernières années pleines de turbulences

Le magasin, dont le vichy rose égayait ce quartier populaire de Paris depuis 1948, a en effet accusé une baisse de 60% de ses ventes entre le 1er octobre dernier et le 31 mai, par rapport à la même période l'année précédente". L'enseigne se voit donc contrainte "d'envisager la fermeture définitive du magasin de Barbès avec l'accompagnement des 34 collaborateurs concernés dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE)", ajoute le groupe dans son communiqué. Les deux magasins Tati Mariage et Tati déstockage à Barbès (11 collaborateurs) seraient, quant à eux, maintenus. 

La fermeture de ce vaisseau amiral, symbolique, est un vrai coup dur pour l’enseigne, qui depuis dix ans n'a eu de cesse de retarder le moment. Car Tati navigue en eaux troubles depuis une dizaine d'année, dans un secteur totalement chamboulé.
L’enseigne a été crée en 1948 par Jules Ouaki, lançant alors le premier magasin de textile à bas prix et bazar dans le quartier Barbès de la capitale. Ce sera l’unique magasin de l’enseigne jusqu’en 1978. Son fondateur décède en 1983 et lègue l’entreprise à sa famille. En 2004, premiers remous : Tati est placé en redressement judiciaire, et devient la propriété du groupe Eram. Mais celui-ci n’arrivera pas à redresser la barre, et en 2017, Tati est à nouveau en redressement judiciaire. Philippe Ginestet, entrepreneur et fondateur de Gifi, rachète l’enseigne via son Groupe GPG et sauve les 1400 emplois. Le Groupe Tati comptait 121 magasins et plus de 1.000 collaborateurs.

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La clientèle n’est pas revenue- Thierry Boukhari, directeur général

Mais, là encore, les efforts de redressement n’ont pas suffi. Deux ans après sa reprise et malgré un plan de redressement important (150 millions d’euros, deux fois ce qui était prévu dans le plan initial, souligne le groupe), Tati a continué d’afficher d'énormes pertes, d'environ 50 millions d'euros par an en 2019 et 2020. Au point qu'en septembre 2019 avait été lancé un "projet de redéploiement". Thierry Boukhari, directeur général, expliquait ainsi dans un communiqué : "La clientèle n’est pas revenue. A la crise du textile qui sévit depuis 2008 avec une concurrence accrue sur les petits prix, se sont ajoutées des difficultés structurelles découvertes au moment de la reprise de Tati : des stocks en inadéquation avec la demande, une image de marque plus dégradée que prévue, des départs volontaires, l’obligation de mettre en place un nouveau système d’information." 

Cette stratégie de redéploiement, qui visait à "préserver l’emploi", affichait notamment comme objectif le recentrage de l’enseigne Tati sur le magasin historique de Paris Barbès, les autres magasins de l'enseigne devant passer sous pavillon Gifi. "L’objectif est que le centre historique de Barbès (50 emplois en CDI) retrouve un équilibre d’exploitation en 2022", indiquait le groupe, qui misait sur le fait que la fin de plusieurs magasins Tati en région parisienne allait entraîner un transfert des clients fidèles à la marque vers Barbès.

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La fédération CGT du commerce et des services a cependant rebondi sur l'annonce du groupe, estimant que "la fermeture de Barbès n'est pas une conséquence de la crise sanitaire, ni des grèves" : "Lors du PSE (plan de sauvegarde de l'emploi)) de 2019, le groupe avait clairement affiché son intention de se séparer de l'ensemble des magasins Tati", affirme-t-elle. "Aujourd'hui, avec l'aide du gouvernement et sous couvert du Covid-19, la direction arrive habilement à ses fins". En effet, si le cas du magasin historique de Barbès est très médiatisé, le groupe GPG a aussi annoncé que dix-huit magasins Tati seraient prochainement cédés à KLO, une enseigne de déstockage, qui reprendrait l'ensemble des équipes ;  cinq autres magasins Tati seraient repris par l'enseigne "Chauss 34" et quatre derniers, dont celui de Barbès, devraient donc fermer.

Au-delà même de Tati et du Covid, c'est tout le secteur de l'habillement qui connaît de grandes difficultés depuis une dizaine d'années, avec le changement  des modes de consommation et l’avènement d’internet, qui a joué sur la concurrence sur les prix, et l'émergence de très nombreux acteurs. 

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