MonCompteformation : 6 grandes questions sur l'appli qui veut simplifier notre accès à la formation

MonCompteformation : 6 grandes questions sur l'appli qui veut simplifier notre accès à la formation
Emploi

FORMATION PROFESSIONNELLE - L'appli MonCompteformation, mise en ligne ce jeudi, veut nous rendre plus facile l’accès à la formation, sans intermédiaire ni autorisation. Derrière tout cela, un renversement quasi philosophique sur lequel nous revenons en six grandes questions.

Cette appli nous est vendue depuis des mois. La ministre du travail Muriel Pénicaud s’en fait la fervente commerciale. Et lors d’un point presse de présentation au ministère du travail ce mardi, tous les superlatifs étaient autorisés : "La réforme la plus importante que ce gouvernement a conduite depuis 2017", Une démocratisation de la formation jamais connue dans l’Histoire de notre pays", "une révolution de l’individu", "le seul pays au monde à faire ça". Et même une formule que n’aurait pas reniée Orelsan : "Simple. Pratique. Direct."

Relancer, promouvoir la formation, c'est la grande idée derrière tout cela. Aujourd'hui, seuls un tiers des Français se forme régulièrement (au moins une fois par an), et de grandes disparités existent selon la taille de l'entreprise ou la catégorie socio-professionnelle. Alors que, prédisent les études sur le sujet, 85% des emplois de 2030 n'existent pas aujourd'hui. Bref, pour innover, être compétitif, sortir du chômage, il faut se former. Les compétences sont la clé. L’appli MonCompte formation est donc lancée ce jeudi 21 novembre. Pour marquer le coup, un "village de la formation" est installé dans l'après-midi di sous la Canopée des Halles, avec des démonstrations, des témoignages, et la présence de Muriel Pénicaud. Chacun peut y passer. En attendant, on fait le tour de quelques grandes questions sur ce nouveau dispositif.

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> Ce Compte formation, c’est vraiment le nôtre (et pas celui de l’entreprise) ? 

C'est un renversement d'état d'esprit quasi philosophique en matière de politique publique : tout est individualisé, tout part de l'individu. "Ça rend libre de choisir sa vie professionnelle", assure le ministère. Chacun dispose en effet de ce CPF depuis 2015, mais ce compte ne pouvait jusqu'ici être mobilisé qu'avec l'accord de l'employeur, de Pôle Emploi, ou d'un Opco, opérateur de compétences. Surtout, tout cela était très confus, au point que ce droit est très peu utilisé. Sur les 25 millions d'utilisateurs potentiels, seuls 2 millions ont pour l'instant activé leur compte.  

Autre déviance du système actuel, les entreprises, qui sont soumises à une obligation de formation pour leurs salariés, avaient tendance à utiliser le CPF de ceux-ci pour dispenser des formations qu'elles avaient elle-même mises en place. Aujourd'hui, assure le ministère, "le CPF  est un droit individuel concret", et l'individu est "totalement maître de ses choix". Le passage depuis le 1er janvier dernier à l’euro, plus parlant qu’un crédit en heures, est sensé renforcer ce sentiment de "propriété". 

Reste que les entreprises, ou l'Etat, peuvent tout à fait "orienter", s’ils le veulent, les choix de formations qu'ils ont envie de promouvoir. Exemple : si l'Etat constate des difficultés à recruter dans l’univers du soin, il peut mettre un abondement sur les formations qui y conduisent. Une manière d'inciter les gens à les choisir. Même chose pour une entreprise. Mais aucune contrainte. Au final, c'est l'individu, via son appli, qui choisit et valide, ou pas. Libre, on vous dit.  

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Trop de liberté empêche-t-il d'être libre ? Ce pourrait être une question du bac, mais ce sont des doutes émis par les entreprises ou les syndicats : l'idée que les gens, laissés à eux-mêmes, sans garde-fou, risquent d’acheter n’importe quelle formation, inutile, sur un coup de tête. Le ministère "assume" cette "prise de risque" : "Dire que les gens ne sont pas capables de choisir par eux-mêmes a dans le passé été un prétexte pour décider à leur place", lance-t-on. "Nous faisons le pari que la majorité des personnes vont l’utiliser dans un sens qui est celui de l’intérêt de leur parcours. Il faut faire confiance aux individus. Ils sont mûrs, responsables, informés pour l’utiliser de façon pertinente."

Est surtout prévu, pour aider ceux qui en ont besoin, un Conseil en évolution professionnelle, à partir du 1er janvier. Ce service, présent dans chaque région, sera gratuit et confidentiel. Il aura un rôle de conseil pour les personnes cherchant à s’orienter  ou à élaborer un projet d’évolution professionnelle. 

Formations certifiées

> Comment l’algorithme hiérarchise-t-il les formations proposées ? 

On le sait : comme dans Google, lorsqu'il y a des centaines de réponses, on a tendance à ne parcourir que les premières pages de résultats. Alors, comment apparaissent les formations ? Dans quel ordre ? Le choix est énorme : 100 000 sessions de formation sont disponibles, ce qui fait beaucoup de réponses potentielles pour chaque recherche. Eh bien justement, l’algorithme est "neutre". Aléatoire et non-alphabétique. C'est ce qu'assure le ministère, qui veut ainsi éviter d'être accusé de favoriser le "ranking" des organismes dans les moteurs de recherche. Ainsi, si votre voisin qui a tapé la même chose que vous dans ses critères n'obtient pas les mêmes résultats, ce n'est pas (forcément) qu'il n'a rien compris. En revanche, un même usager avec la même adresse IP se verra proposer le même ordre d’affichage s’il effectue une recherche identique. 

> Elles sortent d’où, d’ailleurs, ces formations ? 

100.000 sessions de formations, 1.000 diplômes à préparer,  4.000 organismes de formation... Il y a du choix, et des garanties. Toutes les formations proposées sur l'application sont certifiées et inscrites au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), car reconnues comme ayant une valeur sur le marché du travail. Les organismes de formation sont eux aussi certifiés par Qualiopi, un organisme reconnu. Un double verrou, donc,souligne le ministère : sur la qualité de l’organisme et sur la formation.

Questions d'argent

> Combien tout cela va-t-il coûter ?

Si vous n'avez jamais fait de formation, en ouvrant votre CPF, vous devriez disposer d'un montant de 1.440 euros. Le montant moyen des 25 millions de CPF chargés est de 1.040 euros. Une personne sur deux a plus de 1.000 euros, une sur trois plus de 1.440 euros. Et la moitié des formations du catalogue actuel coûte 1.400 euros. Chaque salarié reçoit par ailleurs, chaque année au moins d'avril, 500 euros pour compléter la cagnotte, dans la limite d'un plafond de 5.000 euros. Suivant sa situation, si l'on a trop peu pour la formation désirée, il est possible de demander un abondement à Pôle Emploi, à son employeur, ou... avec sa propre carte bleue.

A propos des prix fixés par les organismes de formation, le gouvernement assure que la transparence va les faire baisser et obliger ces acteurs à innover. Mais qu'il y a aussi pour eux un véritable marché : le budget total est estimé à plus d'un milliard d'euros par an. Les organismes de formation ont donc tout intérêt à présenter une offre de formation qui soit référencée, et à ouvrir de centres de formation dans des endroits qui n'en sont aujourd'hui pas pourvus, mais qui vont très vite devenir demandeurs, comme les villes moyennes.

Vous n'y échapperez pas

> Peut-on échapper à MonCompteFormation ? 

Sans doute pas… Sûr de la qualité de son "produit", le ministère met le paquet pour bien le vendre, avec une sacrée campagne de communication. Sur les 15 premiers jours de décembre, vous devriez entendre parler de l'appli au moins six fois. A la télévision, via des spots télé, dans les journaux ou sur des sites internet, vous ne devriez pas échapper à des insertions sur cette appli. Avec un slogan net : "Formation, je passe à l’action".

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