"Nous avons participé à l'effort de guerre" : mobilisés durant le confinement, ces salariés voient malgré tout leur usine fermer

"Nous avons participé à l'effort de guerre" : mobilisés durant le confinement, ces salariés voient malgré tout leur usine fermer
Emploi

ESPOIRS DÉÇUS - Malgré les efforts des salariés de la sucrerie de Toury (Eure-et-Loire), dont l'alcool produit durant le confinement a servi à fabriquer du gel hydroalcoolique, l'usine va quand même fermer ses portes en automne.

Ils ont turbiné pendant le confinement. Mis les bouchées doubles, tenu la cadence. Ils ont parfois travaillé la nuit, les dimanche et jours fériés, pour produire. Et pourtant, malgré tout, les salariés n’ont pu empêcher la fermeture. 

A Toury, en Eure-et-Loire, les 128 employés de l’usine de sucre implantée depuis 145 ans, ont appris que leur usine allait mettre la clé sous la porte le 30 juin prochain. La direction avait pris la décision de fermer ce site spécialisé dans la distillation de la betterave en décembre dernier. En cause, l’effondrement du cours du sucre. 

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Nous sommes dévoués malgré notre licenciement le 30 juin prochain- Kévin, un salarié de l'usine

Pour tenter d’empêcher cela, les salariés se sont battus. Pendant le confinement, ils ont fait partie des salariés "indispensables" sur le front, et redéployé une partie de la production : l'alcool qu'ils ont produit a servi à la fabrication de produits d’entretien et de gel hydroalcoolique. Mais cela n'a pas suffi.  

Le 16 avril dernier, Kévin Rabouin, un employé de la distillerie, avait envoyé un courrier à l'attention du président de la République, via le site de l'Elysée, pour pointer ce paradoxe. "Nous travaillons le jour, la nuit, les dimanches et jours fériés. Nous participons à cet effort de "guerre" en prenant des risques pour notre santé et celle de nos proches, écrivait-il. Nous sommes dévoués malgré notre licenciement le 30 juin prochain."

C'est une histoire sentimentale, avec tout ce qu’on a vécu ici- Frédéric Rebyffe, mécanicien délégué CGT

Malgré leurs efforts et le redéploiement de l’activité, le site va donc fermer. La plupart des salariés ont encore du mal à s’y faire. C’est la fin, pour nombre d’entre eux, d’une histoire de famille. "Mon papa y a travaillé pendant 30 ans, moi j’y suis rentré il y a presque 27 ans", raconte à TF1 Frédéric Rebyffe, mécanicien délégué CGT. "J’ai des oncles, mon frère, c’est une histoire sentimentale...  Avec tout ce qu’on a vécu, que nos familles ont vécu ici." "On fait notre devoir, certes on est très déçus, mais on reste professionnels jusqu’au bout pour montre qu’on est là", dit un autre salarié. "C’était un message fort pour la direction", abonde un autre : "Ils pouvaient avoir confiance en nous mais c’est dommage, ils nous mettent dehors. On pensait finir notre vie ici."

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Dans le village, cette sucrerie est bien plus qu’une usine : c'est un symbole, qui fait partie de l’histoire de Toury. "C’est impensable, c’est dramatique pour le village, pour les gens", réagissent des habitants du coin. Beaucoup craignent que Toury ne devienne une ville morte, car l’usine rythme aussi la vie économique de la commune. "On a beaucoup moins de monde, ça désertifie un peu tout le village", déplore la boulangère. Le site fermera définitivement ses portes à l’automne, laissant derrière lui un grand vide pour ses salariés et les 2500 habitants de la commune.

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