"On reviendra tous les jours" : l'organisateur de mariage s'enchaîne pour protester contre son assureur

Martial Léotard, restaurateur, s'est enchaîné devant les locaux de son assureur, qui refuse de le dédommager malgré les difficultés liées à la crise. Une situation qu'il explique sur LCI.

TEMOIGNAGE – Près de Poitiers, le gérant d’une société de location de mariages, en grande difficulté financière, se révolte contre le contrat de son assurance, qui couvre en cas d’épidémie, mais pas… de pandémie.

"Il était 8 h 45, j’ai enchaîné mon collègue au totem des Mutuelles, j’ai gardé la clé. Et, comme hier, des journalistes ont commencé à arriver. Mais on n’a encore vu personnes des Mutuelles." Ce mardi matin, à Luigié, près de Poitiers, Eric Idier attache pour la deuxième journée son associé, Marial Léotard, à un poteau au pied de leur assurance. Une chaise, des chaines, un cadenas. Et des pancartes, affichant : "Que les assurances assurent, le Covid ne m’a pas eu".

Eric Idier et Martial léotard sont deux des quatre associés des Ducs de Richelieu, une société de location de mariage, installée à Richelieu, en Indre-et-Loire. Une belle ferme, retapée, qui depuis 2009 permet d’accueillir les noces. 

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Coronavirus : l'impact économique de la pandémie

On aura perdu 62.000 euros. C’est la moitié de notre chiffre d’affaire- Eric Idier, associé des Ducs de Richelieu

Comme beaucoup de petites entreprises, Les Ducs de Richelieu a été directement impacté par la crise. "Nos mariages démarraient à partir de mi-avril, et les annulations sont  tombées en cascade. Puis nous avons subi une fermeture administrative", explique à LCI Eric Idier. Quant à l’avenir, il est plus qu’incertain : "Même si on nous parle de réouverture,  on ne connait pas les conditions, c’est compliqué pour un mariage de faire respecter les règles de distanciation physique. On a aussi les mariés inquiets, qui se demandent comment je vais pouvoir réaliser mon mariage, est-ce que je vais pouvoir le faire dans les bonnes conditions, est-ce que je vais pouvoir avoir mes 150 invités, est-ce qu’on va pouvoir danser, est-ce qu’on va se marier avec des masques.. Les mariés d’août et septembre nous appellent en disant qu’il faut annuler… Notre chiffre d’affaires est à zéro." L’associé a fait ses calculs : "Si on table sur la reprise de nos mariages à la mi-juillet, on aura perdu 62.000 euros. C’est la moitié de notre chiffre d’affaire. Nous travaillons sur du saisonnier, la saison des mariages c’est maintenant."

Le contexte, on le voit, est compliqué. Pourtant, la société est assurée, et les associés se rassuraient : l’assurance à laquelle il cotise depuis des années, les Mutuelles de Poitiers, va les aider. "Depuis des années, on souscrit à une garantie perte d’exploitation", raconte Eric Idier. Il regarde le contrat d’assurance, et s’assure que la société est garantie pour la "perte d’exploitation dans le cadre d’une fermeture administrative liée à une maladie contagieuse". "Donc au départ, cela nous a rassurés ; nous allions pouvoir être remboursés." Sauf que, ce à quoi ils n’ont pas fait attention, c’est qu’une petite note est ajoutée : ils sont couverts en cas d'"épidémie, sauf pandémie". "Cette clause, on l’avait depuis le départ, mais on n'y a jamais prêté attention. Et puis, au début, on ne faisait pas vraiment la différence entre épidémie et pandémie", dit Eric Idier. Sauf qu’ils l’ont aujourd’hui compris : "Cela veut dire que dans un cadre épidémique, on nous couvre nos pertes d’exploitation, mais dans un cadre pandémique, on ne le fait plus !"

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On ira jusqu’au bout ! Parce que nombreux vont être les professionnels qui vont devoir mettre la clé sous la porte- Eric Idier, associé des Ducs de Richelieu

Les associés tentent de négocier avec leur agent d’assurance, d’appeler la direction, en vain. Et fulminent de ce tour de passe-passe : "L’assurance se cache derrière le fait qu’ils ne couvrent pas en terme de pandémie… Sauf que nous sommes couverts pour les maladies !" Ces quelques mots, ce petit "pandémie" il les a en travers de la gorge :  "C’est une clause que les assurances ont ajouté en 2008 avec la crise du H1N1", dénonce-t-il. "Les assureurs se sont positionnés pour réfléchir à comment couvrir la prochaine pandémie. C’est dégueulasse de se dire qu’en 2008 ils se sont couverts par des juristes, pour rajouter une petite ligne qui fait qu’aujourd’hui, ils sont tranquillement dans leurs bureaux ! »

Face à ce qu’ils considèrent comme un "silence" de l’assurance, les associés se disent qu’ils doivent "faire du bruit" :  "On n’a pas le choix. On a demandé à la direction qui n’a pas daigné nous prendre au téléphone.  Alors on s’est dit que le seul moyen de se faire entendre, c’est de médiatiser notre histoire, faire du bruit. Et on ira jusqu’au bout ! Parce que malheureusement, nombreux vont être les professionnels qui vont devoir mettre la clé sous la porte à un moment si cela continue… Comment va-t-on pouvoir se relever en perdant 50% de son chiffre d’affaire sans aucune couverture ? Ce n’est pas possible !"

Difficile reprise d'activité

L’avenir, il le sait, est compliqué. "Aujourd’hui on nous dit que comme les restaurants peuvent reprendre, on pourrait aussi rouvrir. Sauf qu’un mariage, ce n’est pas que de la restauration ! Quand o vous dit il faut reprendre mais sans les DJ, sans faire danser les gens… La distanciation sociale, c’est quand même très compliqué sur un mariage !" En Indre-et-Loire, la préfecture demande en effet aux salles de mariage des conditions de réouverture identiques à celles des restaurants : "Les gens doivent porter un masque à l’intérieur lors de leur déplacement, que ce soient de tables de 10 maximum", détaille Eric. "C’est pareil pour le cocktail : aujourd’hui, dans un bar, on n’a pas le droit de servir. Alors réaliser un cocktail de 200 personnes dans un jardin c’est compliqué."

Et c’est sans compter tous les impacts en cascade, pratiquement sur chaque réservation, qui du coup, saute : "Nous avions un mariage en juillet, leur traiteur leur a fait un courrier il y a 15 jours pour leur déclarer qu’il était en faillite à cause du Covid. Que voulez-vous qu’ils fassent ? Ils nous appellent et nous disent qu’ils doivent annuler", raconte Eric. "Nous avons des mariés franco-américains : avec les fermetures des frontières, c’est compliqué, ils ne peuvent pas se marier sans avoir leur fratrie, leur témoin, leurs parents, peut-être même le marié. On a eu un mariage en juin, dont le couple était au Canada. Donc même si on avait rouvert, nous n’aurions pas eu d’activité." L'associé le constate : "On subit vraiment cette crise de plein fouet, et pour nous, cela va aller plus loin, car les mariés qui annulent cette année demandent des reports, et nous sollicitent donc pour l’an prochain. Cela nous met d’abord face à des difficultés de planning, mais c’est surtout la perte des nouveaux clients qu’on aurait dû avoir. On est vraiment sur une année blanche."

L'assureur comprend "la détresse face à la crise", mais...

Lundi, Martial Léotard est donc resté enchaîné toute la journée. Le directeur général de l’assurance est venu échanger avec lui. Interrogé par France Bleu, il assure être solidaire, mais ne pas pouvoir faire plus : "Je comprends la détresse face à la crise économique, je comprends que ça génère de la frustration, mais malheureusement c'est la situation actuellement", dit-il. D’après Eric, la direction avait proposé une table ronde qui n’a, selon lui, finalement, jamais eu lieu. 

"Nous reviendrons tous les jours, jusqu’à ce que l’assurance entende que c’est honteux de se cacher derrière le mot 'pandémie' et derrière cette petite ligne rajoutée", dénonce Eric Idier. "Et si les actions n’avancent pas, Martial Léotard entamera une grève de la faim. En notre nom, mais aussi pour tous les autres qui sont en train de se faire bouffer par les assurances, qui affichent pourtant des superbes bénéfices, de millions d’euros, sur l’année. Et on est très nombreux !"

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