Des masques et du paracétamol made in France : est-ce possible ?

Des masques et du paracétamol made in France : est-ce possible ?
Emploi

USINES - Relocaliser les industries stratégiques fait partie intégrante du plan de relance économique que le gouvernement s’apprête à détailler ces jours-ci. Certaines entreprises ont pris les devants en lançant de nouvelles lignes de production sur le territoire français.

Ce sera l'un des chantiers du plan de relance économique qui devrait être présenté la semaine prochaine par Jean Castex. La relocalisation des industries stratégiques doit permettre d'éviter de se retrouver comme en début d'année, avec une pénurie de masques et une dépendance à la Chine dans ce secteur. Mais certaines entreprises n'ont pas attendu l'annonce du plan par le gouvernement. Et les exemples ne manquent pas.

A Mulhouse, PSA a déjà mis en place de nouvelles lignes de production sur des sites existants. A Obernai en Alsace, c'est une entreprise allemande qui s'est installée. Pour les médicaments, les responsables d'un laboratoire des Hauts-de-Seine avancent qu'il leur sera possible de produire des molécules made in France et certains réfléchissent même à mettre en avant cette production. 

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Au cœur de l'usine mulhousienne, à côté de l'atelier de peinture, se trouve une ligne de montage un peu particulière : on y fabrique des masques chirurgicaux destinés à l'ensemble du groupe automobile  pour se passer des importations venues de Chine. Pour cela, la salle d'entreposage de pièces est devenue une "salle blanche", l'équivalent d'un laboratoire. 

Avec un petit coup de pouce de l'Etat, dans le rôle de l'entremetteur, cela fonctionne. "Dans le monde de l'automobile, on n'a pas forcément de compétences donc il a fallu trouver les bons partenaires et on a été aidé par l'État pour trouver les partenaires français", explique à TF1 Frank Mannessier, chef de projet production de masques à l'usine PSA de Mulhouse. 

Puis de détailler cette coopération inter-régionales : "les bobines viennent de l'ouest de la France, les barrettes nasales des Vosges". Seuls les élastiques viennent de Chine. Une seconde ligne devrait être installée dans les prochaines semaines. L'objectif de cette production est d'atteindre la barre des 10 millions de masques par mois. 

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Autre exemple, non loin de là, à Obernai, en Alsace. Ici, c'est la région qui a incité une grande entreprise allemande à s'installer. Dans cet entrepôt de la ville, ce sont des masques FFP2 et FFP3 qui seront produits et vendus entre 1 et 4 euros : un prix moindre que les masques importés. Une quinzaine de machines seront ainsi installées dans un hangar. Et la création de 50 à 60 emplois est même prévue. Le tout, pour un budget total de 21 millions d'euros. "Tout s'est accéléré avec le covid. Le projet a été initié début avril et on a eu un écho très pragmatique et très volontariste des autorités françaises, qui ont joué un rôle important", explique Yves Le Gouguec, président de Dräger France.

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Si pour la fabrication de masques tout semble sur les rails, il n'en va pas forcément de même pour les médicaments. Au plus fort de la crise, le paracétamol était même rationné à une boite par personne. La crainte d'une rupture de stock ? Pas du tout. Depuis le début des années 2000 et la fermeture de l'usine de Roussillon, l'Europe ne produit plus la matière première, la substance active. Là encore, elle est dépendante de l'industrie étrangère. 

Mais la crise du covid est passée par là et désormais, la France souhaite relocaliser le production d'une douzaine de principes actifs, dont celui du paracétamol. Nicolas Biz, directeur projets du laboratoire chimique Sequens, installé dans les Hauts-de-Seine, dresse un constat peu reluisant sur ce sujet : "Il y a vingt ans, on produisait 80 % des principes actifs en France. Aujourd'hui ce n'est plus que 20 %". Mais pour ce chimiste, la relocalisation est possible. Pour preuve : un nouvel atelier a été financé grâce à un fabricant belge. "On a investi plus d'une trentaine de millions d'euros, donc on pourrait démultiplier ce genre d'investissements sur l'ensemble de nos sites pour produire des principes actifs qui sont aujourd'hui fabriqués à l'étranger", espère-t-il. 

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Mais pour que tout cela fonctionne, les fabricants de médicaments vont devoir faire face à une hausse des coûts de 5%. Alors pour attirer le consommateur, Vincent Touraille, président du Syndicat de l'industrie chimique (Sicos) a une idée. A l'image de l'étiquetage des produits dans les supermarchés, il envisage d'indiquer la provenance de la molécule sur les boîtes : Europe, Etats-Unis ou encore Chine.

"S'il y a un made in France inscrit sur la boite, cela donnera de la force et de la pérennité à la production européenne", assure-t-il. Et le défi est de taille : la France veut contrôler sur son sol l'ensemble de la chaîne de production du paracétamol d'ici à trois ans, ont annoncé les ministères de l'Economie et de la Santé, en juin dernier. 

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