Vos achats sur Amazon "pèsent sur l’emploi" en France : la charge de Mounir Mahjoubi contre le géant du e-commerce

Mounir Mahjoubi, député du 19e.
Emploi

CRITIQUE - "Amazon, vers l’infini et Pôle Emploi ! Une machine qui détruit 7.900 emplois en France". C’est l’intitulé d’une note d’analyse publiée par Mounir Mahjoubi. Le député, ancien secrétaire d’Etat du numérique, appelle à prendre consciences des dégâts sociaux et économique du géant de la vente en ligne.

"Amazon, vers l’infini et Pôle Emploi !" Pour qui a vu Toy Story, le titre de la note d’analyse de Mounir Mahjoubi, député du 19e et ancien secrétaire d’Etat au numérique, sonne comme une douce ironie. Il rappelle la phrase fétiche du cosmonaute Buzz l’Eclair, "Vers l’infini et au-delà !". Sauf que l’envolée vers les étoiles se traduit ici par un crash, vers le chômage. 

Dans cette note publiée jeudi et relayée sur Twitter, Mounir Mahjoubi appelle à un sursaut des consommateurs. Et fait le point sur le modèle économique du géant américain, qui vient d'ouvrir un sixième centre de distribution en France, à Brétigny-sur-Orge. Et à chaque fois, l'entreprise de Jeff Bezos ne se prive pas de rappeler qu'elle crée des emplois, ce dont la presse se fait largement l’écho. "Elle est toutefois plus discrète sur la nature de ces emplois et, surtout, sur l’érosion des commerces de proximité qui endurent de plein fouet sa concurrence", estime le député dans sa note d’analyse. 

Les Français sont en effet accros au géant de la vente en ligne. Ils seraient 21 millions à avoir effectué au moins un achat sur Amazon en 2018. En moyenne, chaque client y a passé 9 commandes et a dépensé 312 euros sur l’année. "Qu'il est simple et séduisant d’acheter sur Amazon… L’offre y est pléthorique, les commandes s’y passent en trois clics et les produits sont livrés en seulement quelques jours."

Sauf qu’à côté de cela, Amazon détruirait, selon les chiffres du député, plus d’emplois qu’elle n’en crée. Le rapport nuance d’abord les chiffres présentés par le géant du e-commerce. D’après sa direction, il emploie en France 9.300 personnes en CDI, et ce chiffre est en hausse. Mais les comptes déposés par Amazon auprès du tribunal de commerce renseignent un volume d’emplois quelque peu inférieur : ce sont plutôt entre 5.600 et 5.700 emplois en équivalent temps plein (ETP) en 2018, CDI et CDD confondus. "Si ce volume est a priori honorable, il n’en demeure pas moins nettement inférieur à celui qu’Amazon déclare à la presse", estime le rapport.

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Le modèle économique et social en question

D’autant que, si ces chiffres sont à prendre avec précaution, le rapport rappelle aussi que la concurrence exacerbée d’Amazon a pour effet de supprimer des emplois dans les boutiques de proximité et les grandes surfaces : "Suivant nos estimations, les ventes en propre d’Amazon ont potentiellement supprimé 10 400 emplois dans les magasins faits de briques et de mortier. En y ajoutant l’activité des vendeurs de la Marketplace, la perte serait supérieure à 20 000 emplois."

En cause , l’exceptionnelle "productivité du géant", mais qui se fait "au prix de pratiques managériales contestées" et d’une "culture de l’optimisation qui n’admet aucune limite". D’abord, le sur-travail :  pour un chiffre d’affaires équivalent, les entrepôts d’Amazon embaucheraient 2,2 fois moins de salariés que les commerçants traditionnels. Un seul salarié de sa branche logistique suffirait pour supporter un chiffre d’affaires d’environ 600.000 euros. Les conditions de travail sont par ailleurs décrites comme difficiles : "Les hommes et les femmes de ses centres logistiques travaillent à un rythme effréné et minuté. Leurs tâches sont répétitives et physiquement pénibles".

Appel à changer de mode de consommation

Un modèle de consommation attirant pour un consommateur pressé et un peu fainéant, mais qui a des impacts forts, prévient Mounir Mahjoubi. "Ce schéma n’est pas une fatalité du e-commerce. Consommer est aussi un acte politique et citoyen", écrit-il, faisant le parallèle avec les choix alimentaires, qui ont poussé à l’essor du bio, des circuits courts et du commerce équitable. "Ils doivent prendre conscience que leurs achats en ligne sont au cœur de grands enjeux sociétaux. Les internautes doivent cliquer en connaissance de cause. Leurs achats sur Amazon pèsent sur l’emploi national alors que cette entreprise maintient sous pression ses salariés pour dégager une productivité singulièrement élevée."

Et consommer local est possible : les PME françaises ont aussi des boutiques en ligne. "Les Français doivent penser à elles pour leurs achats", souligne le député, qui rappelle le lancement de la seconde édition du Noël des PME. Il s’agit d’un annuaire d’entreprises locales auprès desquelles les Français peuvent réaliser des achats de Noël originaux. Elles pratiquent du e-commerce responsable, maîtrisent leur impact social et environnemental, ou produisent en circuit court.

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