Crise à Air France : le coup de poker raté de Jean-Marc Janaillac

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GRÈVE - Jean-Marc Janaillac a joué son va-tout en choisissant de mettre son poste dans la balance d'une négociation salariale ardue. Moins de deux ans après son arrivée à la tête de la compagnie aérienne, le PDG d'Air France-KLM a annoncé sa démission de toutes ses fonctions exécutives.

Il avait mis son sort dans la balance. A l’orée du treizième jour de grève, le PDG de la compagnie aérienne, Jean-Marc Janaillac, a annoncé ce vendredi sa démission. "J'assume les conséquences de ce vote et je remettrai dans les prochains jours ma démission aux conseils d'administration d'Air France et d'Air France-KLM", a-t-il déclaré face aux journalistes, déplorant un "immense gâchis". 


Sa décision fait suite au rejet par les salariés d'un accord salarial proposé par la direction pour tenter de mettre fin au mouvement de grève qui mine la compagnie tricolore depuis maintenant deux mois et demi.

Arrivé en juillet 2016, Jean-Marc Janaillac sera resté moins de deux ans aux commandes du groupe franco-néerlandais. "Ce vote est la traduction d'un malaise, il appelle une transformation profonde", a-t-il déclaré face à la presse ce vendredi soir, espérant que son départ permette "une prise de conscience collective et d'amorcer les conditions d'un rebond".

Nous regrettons le départ et la décision de Jean-Marc Janaillac Philippe Evain, président du syndicat national des pilotes de ligne (SNPL)

De fait, le groupe a annoncé ce matin des résultats dans le rouge : une perte nette de 269 millions pour le premier trimestre, plombé par trois journées de grève d'Air France (22 février, 23 et 30 mars) sur la période. Au total, le coût des onze journées de grève étalées entre le 22 février et le 24 avril est estimé à "300 millions d'euros" par la direction qui prévoit d'ores et déjà un résultat d'exploitation en 2018 "en baisse sensible par rapport à 2017", où il avait atteint 1,9 milliard d'euros.


"Nous regrettons le départ et la décision de Jean-Marc Janaillac de lier son sort à celui de cette consultation", a réagi ce vendredi Philippe Evain, président du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), sur le plateau du 20H de TF1. "On aurait préféré avoir un patron qui écoute, qui entende ses salariés, plutôt qu'un patron qui joue son avenir sur un coup de dés."

Un capitaine d'industrie qui avait remis Transdev sur les rails

Avant d'embarquer dans cette galère, il y a deux ans, "JMJ" présidait confortablement Transdev, une filiale de Veolia et de la Caisse des dépôts, spécialisée dans la gestion des services publics de transports. Une entreprise qu'il a redressée en près de quatre ans. Un an après son arrivée, en 2013, le groupe affichait ainsi des bénéfices pour la première fois depuis sa fusion avec Veolia Transports en 2011. Deux ans après, le bénéfice avait plus que triplé. 


Diplômé de HEC et ancien élève de l'ENA, Jean-Marc Janaillac est issu de la même promotion Voltaire que François Hollande. Il a été directeur général du Service français du tourisme à New York entre 1984 et 1987. Il a également exercé des fonctions à la direction générale au sein du groupe de tourisme Maeva (2000-2002) et de la défunte compagnie aérienne AOM (1997-2000). Il a été, en outre, administrateur du groupe Air France de 1989 à 1994. En 2004, Jean-Marc Janaillac avait été nommé directeur général du développement de la RATP, avant de devenir président du directoire de RATP Dev en 2010, dont il a fortement développé l'activité. 


Son mandat à la tête d'Air France devait courir jusqu'à l'Assemblée générale du groupe, en 2019. Il convoquera le conseil d'administration le 9 mai pour remettre sa démission formellement, selon un communiqué de la compagnie.

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