Est-ce la fin du costume en entreprise ?

Est-ce la fin du costume en entreprise ?

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STYLE - Le "Friday Wear" est-il devenu le "Everyday Wear" ? De plus en plus, le costume-cravate est délaissé dans l'entreprise au profit de tenues plus décontractées. Mais sa fin est-elle pour autant annoncée ?

Depuis le début des années 2000, notre environnement professionnel a changé. Les cloisons des bureaux sont tombées, les tables sont parfois partagées et nous voilà reliés, qu'on le veuille ou non, à notre vie professionnelle par l'intermédiaire de nos mails et smartphones. La vie en entreprise et a fortiori, dans un open-space, n'est pas un long fleuve tranquille et Nicolas Santolaria, journaliste chroniqueur pour Le Monde.fr, s'est spécialisé dans ce décryptage de la "vie de bureau". Il en a tiré un recueil de 69 de ses analyses, dans Syndrome de la Chouquette : ou la tyrannie sucrée de la vie au bureau aux éditions Anamosa. 


Dans ce petit livre délicieusement cynique, il dépeint avec un réalisme parfois cruel, notre vie en entreprise, telle qu'elle est, entre la machine à café, l'apéro entre collègues, les collaborateurs qui se déplacent en trottinette ou encore le fameux ficus qui orne les bureaux et enfin, le port du costume-cravate. Dans une de ces chroniques, justement, il évoque cet uniforme en ces termes : "Requiem pour le costume-cravate". Souvent délaissé au profit d'un autre uniforme, jean-baskets, le costume-cravate est-il pour autant fini ?

Montrer son autorité et ses galons

Pour Thomas Chardin, de l'agence Parlons RH, tout est une affaire de contexte et d'interlocuteurs, dans le port du costume-cravate. Evidemment qu'on imagine mal un directeur artistique ou un créatif dans une agence de publicité, engoncé dans un costume trois pièces. "Mais le costume confère à celui qui le porte une autorité, un professionnalisme en fonction de la profession qu’il exerce", analyse le spécialiste. "Tout le monde n’a pas à porter de costume-cravate. Il faut avoir une tenue en adéquation avec le travail recherché ou exercé. C’est une affaire de bon sens", explique-t-il. D'ailleurs, il suffit d'aller traîner ses guêtres du côté de La Défense à Paris ou dans les grandes entreprises du tertiaire en province pour voir que le costume plus ou moins bien coupé se porte encore. 


"Dans les entreprises pyramidales, on voit encore des costumes-cravates. C’est une façon de montrer ses galons. C’est plutôt réservé aux patrons et inconsciemment, ce sont des codes. On est encore attaché à l’image du sérieux, à la rigueur que renvoie le costume", explique Thomas Chardin. 

La norme devient la cool attitude Thomas Chardin, de l'agence Parlons RH

"Mais ces codes sont en train de changer", assure Thomas Chardin. S'il est souvent synonyme de "bonne impression", le costume-cravate est de moins en moins un incontournable. "On est dans une société de communication et d’image, celle que l’on projette au travers de nos vêtements est importante. Des entreprises instauraient le casual wear et de plus en plus c’est l’inverse. La norme devient la cool attitude. Tout cela est normé", explique-t-il. On en veut pour preuve cette note interne publiée par la banque JP Morgan en 2016 qui autorisait ses employés à venir travailler en tenue "décontractée".


"La tertiarisation de l’économie fait qu’il faut être agile vestimentairement. Dans de plus en plus d'entreprises, il faut faire cool, dynamique (...) On cherche la singularité chez les autres et cela passe peut-être par le vêtement. Il y a de moins en moins de frontières entre la vie professionnelle et personnelle. Il y a convergence entre ces deux vies. Vestimentairement parlant, il y a cette même convergence", analyse Thomas Chardin. 


Ce bouleversement vestimentaire remonte en fait à une vingtaine d'années, au moment de la digitalisation des entreprises : "elles se sont adaptées et sont devenues agiles, y compris pour le côté atypique et singulier". Et force est de constater que dans plus en plus d'entreprises, on arrive à un autre uniforme, un peu moins formel et pas si éloigné, finalement : "un consensus mou avec un jean et une veste de costume", selon Thomas Chardin. 

Quelle tenue adopter ?

Ce changement, les stylistes le perçoivent bien. "Lors de mes rendez-vous, des chefs d’entreprises m'expliquent ne plus vouloir porter de cravate. Ils estiment que ça ne les correspond plus (...) J’ai des clients qui me demandent avant tout le confort", nous explique Kristof Bruand, styliste personnalisé. Alors quelle alternative enfiler ? Pour l'expert de la mode, la clé du changement est de "contrebalancer" les codes et "jouer le dépareillé". Par définition, il s'agit de piocher dans plusieurs styles, sur la base du Friday Wear.


Un pantalon chino bleu marine, par exemple, peut faire l'affaire. Si vous tenez absolument à porter une chemise, choisissez-là "à rabat pour masquer la boutonnière". Concernant les cols, optez pour les français ou les italiens et "évitez les imprimés" ! Vous pouvez tout à fait la porter à l'extérieur, plus décontracté. Concernant les vestes, Kristof Bruand pousse à "plus de fantaisies" : coudières en couleurs, manchettes personnalisées... La seule règle formelle à ne pas enfreindre consiste à "ne pas dépasser les trois couleurs", rappelle-t-il. 

Quant aux chaussures, accessoire important pour parfaire une tenue, le choix est large. La Derbie, la plus classique, fait l'affaire. Vous pouvez aussi utiliser les sneakers, ou alors la "chukka", une "petite bottine semelle crêpe et en cuir retourné". Enfin, aujourd'hui, de plus en plus d'hommes "laissent tomber le sac traditionnel - à forme rectangulaire - pour le sac bowling - une forme un peu plus douce - dans lequel il range son PC et ses affaires de sport". Avec cet ensemble, nul doute que vous paraîtrez plus cool. 


Et pour un entretien d'embauche ? "On le sait, l'habit ne fait pas le moine, c’est le bon sens qui doit prédominer, reprend le spécialiste des RH Thomas Chardin. Lors d'un entretien, si la personne est mauvaise ce n'est pas parce qu'elle a mis un costume-cravate qu'elle sera embauchée. Cela ne fait pas la compétence."

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