VIDÉO - 1083, la marque qui fait renaître le denim français

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REPORTAGE - Né à Nîmes à la fin du XIXe siècle, le denim français a ressuscité à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, en 2013. Thomas Huriez, un ancien informaticien, a créé sa propre marque de jeans tissés à partir de coton biologique, conçus et teints en France. Depuis, les ventes ne cessent de grimper. Nous avons pu visiter leurs ateliers.

C'est dans l'ancienne capitale française de la chaussure que Thomas Huriez a décidé d'acter la renaissance du denim bleu blanc rouge. Lassé par son travail, cet ancien informaticien a voulu donner du sens à ses valeurs. Celles de l'écologie et de l'éthique. En 2007, il a d'abord lancé Modetic, une boutique de prêt-à-porter équitable, avant de créer en 2013 sa propre marque, 1083.


Sous ce nom, un engagement : aucun jean ne pourra parcourir plus de 1083 kilomètres au cours de son processus de fabrication. Soit la distance entre les deux villes les plus éloignées de France, Menton, dans les Alpes-Maritimes et Porspoder, en Bretagne. Toute la production est donc basée en France. "On ne se contente pas de faire la confection en France, c’est-à-dire de la couture. On fait vraiment la filature, la teinture, le tissage et la confection", explique Thomas Huriez.

Des jeans tissés à l'ancienne

Lorsque l'on pousse la porte de l’atelier de la maison-mère, situé sur une avenue passante du centre-ville de Romans-sur-Isère, dans la Drôme, c'est d'abord le silence qui frappe. Celui de l'application, de la concentration. Après avoir déambulé dans les allées du stock, garnies de centaines de jeans, nous arrivons dans une vaste pièce, éclairée par un puits de lumière. Là, résonne le cliquetis métallique d’un vieux métier à tisser qui s'affaire à fabriquer la toile de denim, cette étoffe née à Nîmes à la fin du XIXe siècle.


"Ça fait un an et demi que l'on rénove cette machine. On l'a récupérée dans la cave d'un retraité à Pélussin, dans la Loire, explique Thomas Huriez. C’était très important pour nous de relocaliser le denim. Tous les jeans 1083 sont tissés en France, dont ce denim selvedge qui a la particularité d’être tissé sur un métier à navette, à l’ancienne."


Tandis que les boutons et les rivets sont commandés en Italie, faute de fabricants français, le coton utilisé provient selon les saisons de Turquie, de Tanzanie, du Bénin ou du Mali. Mais quelle que soit sa provenance, il est toujours cultivé de manière biologique. La matière est ensuite filée dans les Vosges. Le fil blanc peut directement être utilisé pour la trame du tissage, tandis que le fil bleu est teint dans le Nord de la France avant d'être installé sur le métier à tisser. Une fois la toile réalisée, elle est découpée dans la pièce voisine. Le patron du pantalon est enregistré dans un ordinateur, et la machine n’a plus qu’à suivre le plan, sous le regard attentif d’Emilie, la modéliste.

Un délavage propre

Poches, jambes de pantalon, ou ceintures passent alors entre les mains de Maria et de Mireille, les deux couturières de l’atelier. Ensemble, dans une pièce baignée de lumière, elles assemblent les pièces grâce à une dizaine de machines à coudre différentes. "J’ai vu l'offre d'emploi sur Facebook il y a un an et demi. C’était plutôt étonnant car il y a peu d’entreprises qui s’ouvrent dans le textile. J’étais contente de voir que quelqu’un voulait essayer de lancer une marque de jeans", se souvient Maria.


Si le jean est "brut", il peut directement rejoindre le stock, en passant au préalable sous l’œil attentif de Mélanie qui vérifie qu’il ne comporte aucun défaut. Si le jean est destiné à arborer une finition, il prend alors la direction de la salle de teinture. Placée sous une grande tente, pour éviter que les poussières de l’atelier ne viennent perturber l’opération, une grande machine laser marque les jeans, façon griffée ou délavée. Les vêtements, déposés sur le plateau, sont "brûlés" par la chaleur du rayon qui suit un motif déjà défini informatiquement. "Ce délavage permet de n'utiliser ni eau, ni chimie, ni sablage", précise le fondateur de 1083.

Des prix autour de 100 euros

Deux ans après le lancement de la marque, Thomas Huriez a participé au concours d'"initiatives de valorisation pour le climat" My Positive Impact, organisé par la fondation Hulot. Même s'il ne fait pas partie des lauréats, cette expérience a eu pour son entreprise de grosses répercutions. "Cela nous a apporté de la visibilité et de la crédibilité. Au début, tout le monde ne croyait pas à notre concept", raconte l'ex-informaticien. Au-delà des clients désireux de consommer autrement, beaucoup de politiques, dont Montebourg ou Juppé, se sont intéressés au projet. L'écho a été tel que si en 2013, le chiffre d'affaires de 1083 culminait à 200.000 euros, il a atteint le million dès 2015.


En tout, la marque de denim fait travailler une cinquantaine de personnes en France et a déjà vendu 50.000 jeans environ, dont 20.000 cette année. Ceux-ci sont commercialisés de 89 à 129 euros dans de nombreux points de vente en France, de Bordeaux à Nantes en passant par Nancy. Certaines villes, comme Paris, ne disposent pas encore de revendeurs. L'achat en ligne est cependant possible sur leur site

Louer des jeans pour enfant

Lors du salon Made in France, qui se tiendra du 10 au 12 novembre porte de Versailles, à Paris, 1083 présentera un jean pour enfant fait en partie avec du coton recyclé et qui sera proposé à la location. "Nous estimons que les enfants grandissent tellement vite qu'il est inutile pour les parents d'investir dans un jean qui ne durera que quelque mois", affirme Thomas Huriez. "Nous allons de plus faire le choix du réparable, en prévoyant des genouillères par exemple", ajoute-t-il.


Premier jean de la marque fait à partir de coton recyclé, ce vêtement pour enfant entame un nouveau chapitre des ambitions de l'entreprise. Son fondateur souhaite, dans un futur proche, réaliser tous ses jeans en coton recyclé. "Ça va nous coûter plus cher que d'acheter la matière première à l'étranger, mais c'est un choix que nous faisons et nous allons nous donner les moyens de le réaliser", explique-t-il.

En vidéo

La success story des jeans 100% made in France

Pour que les bonnes idées de quelques-uns deviennent la chance de tous, la Fondation pour la Nature et l’Homme et l’Union Nationale des CPIE proposent la seconde édition des trophées My Positive Impact. Initié en 2015, l’événement est un concours citoyen national de valorisation des solutions pour le climat. Du 6 au 30 novembre, 30 solutions pour relever les défis écologiques et climatiques, imaginées par des associations, des collectivités et des start’up/PME, sont portées à la connaissance d’un large public sur mypositiveimpact.org. My Positive Impact ambitionne de faire de ces solutions, trop souvent expérimentales ou méconnues, les standards de demain en leur offrant la visibilité qui leur manque. Grâce à vos votes, aidez-les à gagner en visibilité et les bonnes idées de quelques-uns deviendront la chance de tous !

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