Importe-t-on en Europe des biens "qui n’auraient pas le droit d’y être produits" ?

Les lentilles produites au Canada sont souvent prises en exemple, car non soumises aux mêmes règles que celles en vigueur en Europe pour leur culture.

CONCURRENCE - Le ministre de l'Agriculture a déploré que des produits venus de l'étranger puissent être importées en Europe alors que des règles en vigueur sur le continent interdiraient leur culture. Un sujet prioritaire pour la France, qui va bientôt prendre la présidence du Conseil de l'UE.

Avec ses homologues espagnols et autrichiens, le ministre français de l'Agriculture Julien Denormandie plaide pour l'UE joue un rôle moteur afin de redéfinir "les règles du commerce international". C'est l'objet d'une tribune signée dans Le Figaro et que le représentant du gouvernement a relayé à ses abonnés sur les réseaux sociaux. "Qui peut comprendre qu’on importe en Europe des produits qui n’auraient pas le droit d’y être produits ?", demande-t-il. "C’est contre l’environnement et ça détruit notre agriculture."

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L'exemple des lentilles canadiennes

À quoi Julien Denormandie fait-il référence en évoquant les règles commerciales incohérentes dont pâtit l'Europe ? Dans la tribune qu'il cosigne, le ministre évoque "le perpétuel relèvement des standards de production agricole en Europe, sans prendre en considération les enjeux environnementaux dans les produits agricoles importés". Celui-ci "remet en cause l’efficacité même de ses politiques", peut-on lire. Pour autant, aucun exemple n'est fourni pour appuyer ce propos. 

De quels produits parle-t-il ? Sollicité par LCI, l'entourage du ministre apporte quelques précisions. Il s'agit, nous dit-on, d'imiter ce qui a "déjà et fait avec les hormones de croissances", et de l'appliquer en particulier aux "antibiotiques de croissance qui sont utilisés ailleurs et que nous n'utilisons plus" pour l'élevage. En ce qui concerne plus spécifiquement les cultivateurs, la lentille du Canada est prise en exemple, un produit souvent qualifié de "cas d’école"

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Le 26 mars dernier, l’Institut Veblen, le Think Tank de la Fondation Nicolas Hulot et l’interprofession bovine Interbev cosignaient un rapport intitulé Mondialisation : Comment protéger les agriculteurs et l’environnement ? Un document qui plaidait notamment pour la mise en place de ce que l'on nomme des "clauses miroirs" en agriculture, permettant d'éviter une concurrence et de définir des standards communs pour les produits importés et exportés. La lentille canadienne était alors mise en avant, les agriculteurs outre-Atlantique étant notamment autorisés à recourir à des produits comme le Sencor. 

Cet herbicide, "particulièrement efficace pour détruire les concurrents de la lentille", n'est pas permis dans l'UE. Et pour cause, indiquent les trois organismes, "son principe actif, la métribuzine, est une substance herbicide de la famille des triazines, dont le caractère persistant et toxique pour l’environnement a conduit à remettre en cause le renouvellement de son autorisation de mise sur le marché"

La France entend bien peser en 2022

Du côté du ministère, on prend par ailleurs pour exemple les cerises turques. Ankara autorise sur son sol l'usage d'un insecticide controversé, le diméthoate. Pourtant, ce dernier fait courir des "risques sanitaires inacceptables pour les opérateurs appliquant le produit", indiquait il y a quelques années Françoise Weber, directrice générale déléguée de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Justifiant ainsi l'interdiction de ce produit en France. Non concernées par ces normes, les cerises turques peuvent se voir importées sans contraintes, vendues ensuite sur les étals ou utilisées pour des produits transformés. 

Le gouvernement, en souhaitant une harmonisation des normes en vigueur et leur relèvement à l'échelle mondiale, se fait donc l'écho d'associations militant pour la défense de l'environnement. Il s'adresse aussi aux producteurs, qui peuvent être pénalisés par un surcoût lié au respect de normes plus strictes. Quoi qu'il en soit, il s'agira d'un sujet porté par la France en 2022, assure-t-on du côté du ministère de l'Agriculture. 

Il convient de rappeler que notre pays assurera prendra la présidence du Conseil de l'UE à partir du 1er janvier 2022, et ce pour six mois. La possibilité de "mettre ce sujet central à l'agenda européen", confie-t-on à LCI. "Pas une mince affaire", reconnaît l'entourage de Julien Denormandie, mais une occasion rare "d'embarquer tout le monde avec nous" pour faire évoluer les règles qui régissent aujourd'hui le libre-échange à l'échelle mondiale. 

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