Cinq mythes et réalités sur l’énergie nucléaire

Cinq mythes et réalités sur l’énergie nucléaire

ENVIRONNEMENT - Parce que son histoire est émaillée d’accidents qui ont marqué les esprits, comme Tchernobyl en 1986 et Fukushima en 2011, l’énergie nucléaire est sujette à controverse entre partisans et opposants à l’atome. Est-ce vraiment une énergie propre ? Un mode de production d’électricité bon marché ? Décryptage.

La France s'est engagée à abaisser la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50% d'ici 2035, contre 70% aujourd'hui. Cet effort doit notamment passer par la fermeture de 14 des 58 réacteurs que compte le pays. Dans une note publiée ce mercredi, le haut-commissaire au Plan, François Bayrou, va pourtant à contre-courant. Il estime que la France ne pourra pas se passer, dans les décennies à venir, de l'énergie nucléaire et qu'il lui faudra même urgemment construire de nouveaux réacteurs. "Ce dont il faut prendre conscience, c’est que l’électricité produite en France par des centrales nucléaires, c’est la condition même pour qu’on puisse avoir des énergies renouvelables", explique-t-il sur LCI. Alors l'énergie nucléaire est-il vraiment écolo-compatible ? Est-elle vraiment moins chère que celle produite au moyen d'éoliennes ou de panneaux photovoltaïques ? LCI démêle le vrai du faux.

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Le nucléaire n’émet pas de gaz à effet de serre

C’est en partie VRAI : une centrale nucléaire n’émet pas directement eu dioxyde de carbone (CO2) pour produire de l’énergie. C’est pourquoi les partisans de la production nucléaire défendent son développement afin de lutter contre le changement climatique et réduire drastiquement des émissions de gaz à effet de serre.

En revanche, pour certains, il faut nuancer cette affirmation en prenant en compte le cycle de vie de la production nucléaire. L'extraction des matières premières comme l’uranium, l'élaboration du combustible, la construction et le démantèlement des réacteurs, ainsi que le transport des déchets radioactifs et leur stockage induisent des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, dans un rapport datant de 2018, le GIEC estime l'impact carbone de la filière à 12g CO2/kWh au plan international. En France, l'Ademe indique un bilan deux fois plus léger : 6 g CO2/kWh sur l’ensemble du cycle de vie de l'énergie nucléaire, bien moins que le charbon (1058 g équivalent CO²/kWh). C'est également, et étonnamment, deux fois moins élevé que les émissions de gaz à effets de serre engendrées par l'éolien. Selon l'Ademe, qui a pris en compte pour ses calculs la fabrication des composants du système, son installation son utilisation, sa maintenance, sa désinstallation et son traitement en fin de vie, l'éolien terrestre a taux d'émission de 14,1 g CO2 eq/kWh et une éolienne en mer, un taux d'émission de 15,6 g CO2 eq/kWh.

Le nucléaire est une énergie propre

C’est plutôt FAUX car l’impact environnemental et sanitaire de la production nucléaire n’est pas négligeable (surtout en cas d'accident), même s'il est faible,  selon la Société française d'énergie nucléaire (Sfen). Certes, les centrales n’émettent pas de gaz polluants comme le dioxyde d’azote, à l'image des centrales thermiques, mais elles sont responsables de rejets radioactifs, de rejets thermiques (l'eau nécessaire au refroidissement des réacteurs) et de rejets chimiques, très limités en raison de réglementations très strictes pour protéger l'environnement. Sans oublier l’impact environnemental des catastrophes comme l’accident de Tchernobyl le 26 avril 1986 et l’accident de Fukushima en mars 2011, responsables de rejets radioactifs dangereux pour la santé des populations et la nature environnante. 

La France est la première puissance du nucléaire civil

C’est VRAI et FAUX. En volume, la première puissance en matière de nucléaire civil est incontestablement les États-Unis et ses 95 réacteurs (contre 58 en France), auxquels il faut rajouter deux réacteurs en construction (contre un en France, l’EPR de Flamanville). Aux États-Unis, la production d’électricité issue du nucléaire était en 2018 de 841,3 térawatt/heure (contre 412,9 en France), loin devant la Russie, la Corée du sud et la Chine. En revanche, si on ramène la production nucléaire au nombre d’habitants, la France est le premier producteur d’électricité nucléaire au monde.

En France, l’électricité produite vient du nucléaire

C’est en partie VRAI. En France, un tiers de l’électricité (67%) est produite dans les 19 centrales du parc nucléaire. À titre comparatif, la part des autres énergies dans la production énergétique totale est de 13% pour l'hydraulique, de 7,5% pour les centrales thermiques à combustibles fossiles, de 7,9% pour l'éolien. La part du nucléaire doit en revanche être ramené à 50% de la production totale d'électricité d'ici à 2035 en vertu de la loi de transition énergétique adoptée en juillet 2015 à l'Assemblée nationale. 

L’électricité issue du nucléaire est moins chère à produire que celle issue des renouvelables

C'est toujours VRAI mais cela pourrait bientôt ne plus l'être. En 2020, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a évalué le coût de production du parc nucléaire existant d'EDF à 48 euros le mégawattheure. Selon un rapport de l'Ademe reprenant les données de 2019, le coût de l'éolien est estimé entre 50 et 71€/MWh pour le terrestre et entre 100 et 110€/MWh pour le offshore. Pour le solaire, le coût s'échelonne de 88 à 267€/MWh, selon la zone où les panneaux solaires sont implantés et la puissance de l'installation. 

Si le nucléaire est pour l'instant l'énergie la moins chère, son coût de production ne cesse de grimper en raison des investissements nécessaires au démantèlement des centrales, à la prolongation de la durée des vies des autres et la prévention des risques d'accident nucléaires. Les énergies renouvelables, elles, de plus en plus répandues, affichent au contraire des prix de plus en plus compétitifs.

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