Comment le citoyen peut-il se saisir de la finance verte ?

Comment le citoyen peut-il se saisir de la finance verte ?

INVESTISSEZ VERT ! - Partenaire du Prix Jeunes pour l’Environnement avec EpE, LCI vous éclaire pendant un mois autour de la thématique "La finance, accélérateur de la transition écologique" - Pour réorienter la finance vers des objectifs durables, vous avez une carte à jouer. Participez directement à des campagnes de crowdfunding, réclamez à votre banquier des produits verts pour votre épargne, etc. Des solutions simples surgissent de votre portemonnaie.

Une drôle de tirelire en forme de cochon trône sur votre commode. En la soulevant, vous vous apercevez que quelques euros y dorment. Ils ne vous rapportent rien. Peu avisé par le rôle de votre argent placé en banque, vous vous demandez si d’ouvrir la tirelire et d’en créditer votre livret A vaut vraiment le coup. D’autant que vous cherchez à transformer votre comportement pour protéger la planète, alors prêter son argent pour des projets polluants ou détruisant la biodiversité, non merci.

Pourtant, les pouvoirs publics et les nouvelles législations nous exhortent à placer notre argent dans la finance verte. La loi PACTE (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), promulguée en 2019, impose par exemple à tous les émetteurs d’obligations et banques commerciales de proposer des produits verts à leurs clients. Mieux, la Commission européenne a réalisé en décembre 2020 une campagne de publicité pour nous inciter à verdir notre épargne : "Vous êtes écolo, vous venez d’acheter une voiture électrique et vous allez au travail à vélo, mais ce n’est pas suffisant : reprenez le contrôle. Demandez à votre banque d’investir dans des projets durables."

Un message fort qui n’a pas surpris Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic : "C’était important pour la Commission d’associer les citoyens pour des raisons démocratiques et leur rappeler que la finance les concerne. L’épargne des Français représente 5 mille milliards d’euros, c’est énorme ! Ensemble, nous pouvons provoquer un effet de levier extraordinaire pour réorienter un maximum de fonds vers des projets environnementaux." L’experte en finance durable constate un vrai basculement chez les acteurs de la finance : "Ils entendent progressivement qu’il faut changer notre modèle de fonctionnement à partir des objectifs de développement durable de l’ONU. Il ne s’agit pas seulement du climat. L’éducation des filles, la préservation de l’eau, l’égalité homme-femme ou la santé pour tous, autant de sujets sociétaux et sociaux qui ont un impact important. La crise du Covid19 nous aide à le comprendre."

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Banques éthiques et livrets d’épargne durable

Progressivement, la finance propose davantage de produits environnementaux. Des banques éthiques, établissements financiers cherchant à œuvrer pour le "bien commun" plutôt qu’à chercher uniquement à maximiser leurs profits, se créent. Elles investissent les fonds qu’elles récoltent dans des "projets culturels, sociaux et environnementaux".

Vous pouvez également contracter un Livret de développement durable et solidaire (LDDS). Cousin du livret A, à la même rémunération et au plafond de 12 000 €, l’argent déposé sur ce compte finance des projets environnementaux. Quelques questions demeurent néanmoins sur l’allocation des fonds de ces livrets gérés par la Caisse des dépôts, regrette Anne-Catherine Husson-Traore : "Initialement, le LDDS était destiné au financement de projets réduisant la présence de dioxyde de carbone (CO2) dans l’air, notamment grâce à la rénovation thermique des bâtiments. Nous devions connaître les réalisations financées. Or, nous savons que 10 à 15 % des fonds sont bien réorientés vers des projets durables, sans certitude pour le reste. Impossible de dire s’ils ne financent aucun programme nuisible pour l’environnement."

D’autres produits, à l’instar des assurances-vie, proposent de mutualiser des risques environnementaux.

Financement participatif

Si vous préférez contribuer directement à des projets concrets, participez à des crowdfunding. Il s’agit souvent de reforestation, d’énergie renouvelable produite localement ou encore de protection de biodiversité ultra locale. Ces projets peuvent se faire labelliser Greenfin pour obtenir davantage de visibilité. La plateforme européenne Lita.co propose de "donner du sens à son épargne en ligne en investissant dans une entreprise durable". Elle revendique 46,3 millions d’euros collectés depuis 2014 sur près de 20 000 financements. Le ticket d’entrée démarre à 100 €. Anne-Claire Roux, directrice générale de Finance for Tomorrow, abonde : "Payer devient un acte militant. Sans en avoir conscience, nous finançons toute une chaîne de production et les conditions de fabrication des produits achetés. En modifiant nos comportements d’achat, nous pouvons forcer la finance à changer les choses. Nous avons le pouvoir d’impacter la finance avec notre épargne."

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Acheter des parts d’une entreprise pour réorienter sa stratégie

Autre manière concrète de transformer la finance : devenir actionnaire d’une entreprise. De plus en plus d’investisseurs, plus ou moins connus et ou fortunés, prennent des parts d’une entreprise très consommatrice de carbone ou destructrice de la biodiversité pour peser sur ses choix stratégiques. C’est par exemple le cas de l’initiative Action 100+, créée en 2017, qui cherche à inciter les 100 plus grands pollueurs de la planète à moins dépenser de gaz à effet de serre. Ses 500 investisseurs représentent un total d’actifs de 31 mille milliards de dollars et commencent à agir notamment auprès de Total. Action 100+ représente plus de 25 % de l’actionnariat du géant de l’énergie. "Les actionnaires peuvent obliger leurs entreprises à leur rendre des comptes sur la transition sociale ou les Accords de Paris sur le changement climatique", assure Anne Claire Roux.

En Assemblée générale, vous pouvez ainsi présenter des motions, discutez avec d’autres actionnaires et les convaincre. Vous pouvez surtout attirer l’attention du public en prenant la parole (les réunions stratégiques sont filmées avec rédaction d’un compte-rendu) ou interpeller la presse. "Les AG deviennent des chambres d’enregistrement et d’échanges publics", confirme Anne-Catherine Husson Traore, qui se remémore d’actions de peuples autochtones en AG du Crédit suisse. "L’interpellation médiatique fait souvent du bruit et peut causer du tort à la réputation de l’entreprise. Cela peut aller jusqu’à du boycott et provoquer un important revers économique."

En tant que citoyen, nous mettons parfois de côté le rôle que nous avons à jouer pour changer les choses. La finance verte nous offre quelques outils simples et faciles d’accès pour protéger l’environnement. La formation des banquiers, la communication du service public et des entreprises émettrices d’obligations vertes mériteraient de s’améliorer pour que nous et la planète puissions vraiment en profiter.

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