Malus auto, trajets en avion... "Nous attendons des contre-propositions" d'Emmanuel Macron

Gregoire Fraty, membre de la Convention citoyenne pour le climat répond aux questions des journalistes à la sortie d'une rencontre à Matignon le 30 septembre 2020.

CONFRONTATION - Les membres de la Convention citoyenne pour le climat rencontrent ce lundi Emmanuel Macron à Paris. Mais l'heure est à l'inquiétude car plusieurs mesures ont été rabotées. L'un des membres de la Convention a répondu à nos questions.

Ce sera leur troisième rencontre. Et elle pourrait être plus tendue. A 17h ce lundi, Emmanuel Macron doit rencontrer les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) à Paris. Tirés au sort, ceux-ci ont travaillé d'arrache-pied pendant neuf mois pour accoucher de 149 propositions visant à réduire d'au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre de la  France "dans un esprit de justice sociale". Mais alors qu'une présentation du projet de loi leur a été faite cette semaine par la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, certains font part de leur déception. Le chef de l'Etat s'était engagé lors d'une rencontre en juin à reprendre "sans filtre" 146 des propositions mais beaucoup se retrouvent désormais "rabotées".  Grégoire Fraty, membre de la convention et coprésident de l'association "Les  150", qui rassemble la majorité des participants, pointe à la fois le travail accompli mais aussi des déceptions probables.

Cette fois, ce ne sont plus 150 citoyens qui n’y connaissent rien, mais 150 citoyens qui maîtrisent bien leurs mesures- Grégoire Fraty, membre de la CCC

Comment abordez-vous la rencontre avec Emmanuel Macron ? 

Nous abordons cette rencontre avec détermination. Nous avons travaillé ce week-end sur les questions que nous souhaitons lui poser et sur les points sur lesquels il faudra insister. Si nous ne pouvons pas le faire changer d'avis sur certains sujets, nous attendons au moins des contre-propositions, des explications. Cette fois, ce ne sont plus 150 citoyens qui n’y connaissent rien, mais 150 citoyens qui maîtrisent bien leurs mesures. Les questions vont être pointues.

Nous aimerions également connaître les résultats des derniers arbitrages avant la présentation du projet de loi climat fin janvier. Deux mesures phares de la Convention ne sont pas encore arbitrées : la régulation de la publicité pour réorienter la consommation sur des produits plus vertueux sur le plan climatique, et l’obligation de rénovation des passoires énergétiques pour les copropriétés, bailleurs sociaux et privés dès 2030.

Le travail de la Convention citoyenne pour le climat a été pris en compte, quoi qu’il arrive- Grégoire Fraty, membre de la CCC

Quel est pour l'instant le bilan de ces neuf mois de travail ? 

Le bilan est pour le moment mi-figue mi-raisin. Nous avons de bonnes mesures, mais elles ne vont pas jusqu’au bout. Mais au moins, nous ne pouvons pas dire que nous avons été mis de côté. Le travail de la Convention citoyenne pour le climat a été pris en compte, quoi qu’il arrive. Nous avons mis le débat sur la table. Nous ne gagnons pas tout, mais nos mesures sont discutées et certaines arrivent même à passer. La constitution de l'association Les 150, qui rassemble la majorité des participants, va permettre de faire un suivi de ces mesures. C’est une forme de vigie citoyenne qui permettra d'alerter si certaines d'entre-elles ne sont pas celles que nous avions imaginé.

Menus végétariens, trajets en avions, malus sur les véhicules lourds... ces arbitrages qui ont déçu

Quelles sont vos plus grosses victoires, et vos plus grosses défaites ? 

La fin de la mise en location de passoires thermiques en 2028 (qui devront être obligatoirement rénovées par les copropriétés, bailleurs sociaux et privés dès 2030, comme précisé plus haut, ndlr) représente pour nous une grosse victoire, tout comme le renforcement de l'éducation au développement durable. Sur l’artificialisation des sols il y a pas mal de petites victoires comme l’interdiction de constructions de zones commerciales. Après il y a des dérogations, donc on attend de voir leur contenu. Mais dans l’idée, c’est un bon début.

Nous sommes en revanche déçus sur le sujet des menus végétariens à la cantine. Nous voulions que soit proposé systématiquement une alternative végétarienne dans les cantines, et on nous propose une expérimentation alors que certaines sont déjà menées dans beaucoup de communes en France. Nous avions aussi proposé que certaines liaisons aériennes intérieures soient interdites lorsqu'une alternative bas-carbone pouvait permettre de faire le même trajet en moins de 4h, et le gouvernement a choisi que ce serait 2h30. C’est déjà pas mal, mais ça réduit la portée de notre mesure car beaucoup de trajets ne vont pas être impactés. Idem pour le malus appliqué aux véhicules les plus lourds. Nous avions demandé à ce qu'il soit appliqué aux véhicules de plus de 1,4 tonne, et il ne le sera que pour ceux qui pèsent plus de 1,8 tonne. On passe de 30% des véhicules concernés à 2%. Nous sommes très déçus.

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Je suis désormais quelqu’un qui n'hésite pas à lever la voix- Grégoire Fraty, membre de la CCC

Que vous a apporté personnellement la Convention citoyenne pour le climat ? 

Ça a changé beaucoup de choses, à commencer par ma manière d’aborder la question climatique. Je n’y connaissais rien au climat avant d’être tiré au sort. Cela m’intéressait de loin, comme d’autres sujets. J’ai plus dit oui par civisme que par intérêt pour la cause. Mais je ne regrette absolument pas. Je pense que je suis maintenant plutôt compétent sur l'écologie, et ça m’a aussi impliqué dans la vie publique, dans le milieu associatif. Je suis désormais quelqu’un qui n'hésite pas à lever la voix - la preuve, maintenant je n’en ai plus - pour défendre des idées et des ambitions. Lorsque tout ça sera fini, je pense poursuivre mon engagement au travers de l'association, de la politique... On trouvera toujours un moyen de porter la voix du climat.

Découvrez le dernier épisode d'Impact Positif dans lequel Pablo Servigne nous parle son livre "Aux origines de la catastrophe, pourquoi en sommes-nous arrivés là ?"

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Cinq ans après la sortie de son livre « Comment tout peut s’effondrer », Pablo Servigne se justifie encore : « L’objectif n’a jamais été de faire peur à tout le monde ou de prouver que tout est foutu, bien au contraire », écrit-il dans son dernier opus, publié aux Liens qui Libèrent avec la revue Imagine Demain Le Monde. Il a également répondu aux reproches qui lui avaient été faits, dont celui de ne pas parler des causes des effondrements. 

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