Réduire l'éclairage des rues en raison du couvre-feu, une mesure possible et souhaitable ?

L'éclairage des rues est une compétence qui relève des municipalités.

NUIT NOIRE - Puisque les déplacements passés 18 ou 20 heures sont en théorie très limités, des internautes suggèrent que l'éclairage public soit éteint. Une mesure difficile à généraliser mais qui fait son chemin dans certaines municipalités.

Lors du premier confinement, des responsables associatifs des Pyrénées-Atlantiques ont relayé sur Facebook une proposition simple : profiter de cette période où les déplacements sont retreints pour éteindre l'éclairage public. "À grande échelle, ce serait écologique et économique", lance ce message. Une publication qui a connu un franc succès puisqu'à ce jour, plus de 565.000 personnes l'ont partagée à leurs contacts. Des relais qui n'ont pas cessé depuis le printemps, même si le confinement a depuis laissé la place à un couvre-feu plus ou moins tardif en fonction des départements. 

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Une compétence du maire

Faut-il envisager de généraliser une telle mesure ? Est-ce pertinent ? Sollicité par LCI, le ministère de la Transition écologique indique prendre au sérieux la question de l'éclairage public, qu'il qualifie de "cause majeure de dérèglements pour la faune, et notamment pour les insectes qui disparaissent en masse et avec eux les oiseaux dont ils constituent la nourriture". Il ajoute que "l’éclairage à outrance la nuit est une pollution lumineuse néfaste pour la biodiversité du fait de la modification des cycles de ces animaux (notamment les oiseaux) : par conséquent, sa restriction est un des chantiers du ministère."

Pour autant, il n'est pas forcément le mieux placer pour agir : "l'éclairage public relève de la compétence relative à la voirie exercée par le conseil municipal de la commune", note-t-il. C'est donc aux communes et aux villes qu'il "appartient de décider quelles voies doivent être éclairées ou non, en fonction des circonstances locales et des éventuels dangers à signaler". Comme le soulignent des internautes sur Facebook, il ne faut pas oublier que malgré les confinements et les couvre-feux, des salariés sont contraints de se déplacer passé 20 heures, et que dans certaines zones, il peut s'avérer plus dangereux d'évoluer dans la pénombre. Le ministère souligne que "sous réserve de cette compétence exercée par le conseil municipal, le maire doit veiller, au titre des pouvoirs de police qu'il tire des articles L. 2212-1 et L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales, à ce que l'éclairage mis en place soit suffisant pour signaler tout danger particulier".

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L'association française de l'éclairage (AFE) s'est elle aussi saisie de la question. Spécialisée sur ces questions, elle a mobilisé un vaste réseau d'acteurs afin d'interroger la pertinence d'une telle mesure. Ses conclusions, qui portaient sur l'hypothèse d'éteindre l'éclairage public durant une période de confinement, se sont révélées peu encourageantes. "Éteindre apportera assurément une inquiétude supplémentaire chez les personnes devant encore circuler la nuit comme pour celles qui doivent rester confinées chez elles", explique l'association.

Par ailleurs, "éteindre n’aura pas d’impact sensible sur la faune et la flore sur une si courte période". Sur le plan économique, de nouveaux travaux seraient nécessaires puisque les cas étudiés portaient sur une extinction des feux durant les mois d'été, soit les plus courts de l'année. Sur le plan de la sécurité, l'AFE a aussi planché : elle insiste sur le fait qu'un "éclairage maîtrisé, où et quand il faut, est garant de la sécurité 'réelle' et du sentiment de sécurité des habitants de votre ville". Dès lors, "une solution 'en kit' et universelle d’éclairage n’existe pas. Dans certaines zones, l’extinction partielle de l’éclairage ne pose pas de problèmes. Mais dans d’autres zones, hormis la rupture du service public qu’est l’éclairage, l’absence d’éclairage favorise l’insécurité réelle et le sentiment d’insécurité." Notons qu'il n'existe aucun élément chiffré permettant de mettre en évident de manière globale l'influence d'une absence d'éclairage sur la hausse de la criminalité.

Des initiatives locales

Au cours de l'année écoulée, plusieurs municipalités ont agi pour réduire l'éclairage public. C'est le cas à Orsay, dans l'Essonne, où les élus ont décidé avec le premier confinement d'éteindre les lumières de 23 heures à 5 heures du matin. "On a réfléchi à des mesures qui permettraient de faire des économies et qui auraient du sens", a raconté à Reporterre Hervé Dole, conseiller municipal. "Cela fait plusieurs mois qu’on y pensait", a-t-il indiqué, jugeant que le confinement "propice à l’expérimentation car il y a beaucoup moins de monde dehors".

La ville n'est pas seule, Saint-Méloir-des-Bois (Côtes-d’Armor) ou encore Ham, dans la Somme, ont pris des décisions similaires l'an passé. Une période singulière qui a ainsi donné lieu à une série d'expérimentations. Réduire l'éclairage la nuit n'a rien de très nouveau dans de petites localités : "12.000 communes sur 35.000" éteignent en effet "depuis plusieurs années déjà l'interrupteur pendant la nuit", précise le site Géo. Mais l'idée fait son chemin dans de plus grosses agglomérations, où le trafic est plus intense. 

Des prises de position dans l'air du temps puisqu'elles font écho à des propositions de la convention citoyenne sur le climat. Cette dernière avait notamment proposé une "modulation de l’éclairage public en favorisant l’éclairage avec des dispositifs à basse consommation et des détecteurs de mouvements permettant l’extinction des lumières lorsqu’il n’y a personne dans la rue", mais aussi que les puisse "éteindre l’éclairage public la nuit hors agglomération dense" de manière généralisée.

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