Déforestation, exploitation, incendies... Certaines forêts émettent désormais plus de carbone qu'elles n'en ont absorbé en 20 ans

Vue aérienne du feu de forêt qui a ravagé la région d'Ostrobothnia, dans le nord-ouest de la Finlande, le 30 juillet 2021

CATASTROPHE - Selon un rapport de l'Unesco, dix des forêts classées au patrimoine émettent plus de dioxyde de carbone qu'elles n'en ont emprisonné au cours des 20 dernières années en raison de l'action de l'Homme.

Par la faute de l'Homme, les forêts ne remplissent plus leur rôle. Un rapport de l'Unesco, du World Resources Institute (WRI) et de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publié ce jeudi révèle que 10 des forêts les plus protégées au monde émettent désormais plus de carbone qu'elles n'en ont emprisonné au cours des 20 dernières années.

L'Unesco explique le phénomène par leur dégradation d'origine humaine et par le changement climatique. D'autres forêts, bien qu'elles soient encore considérées comme des puits de carbone, voient également leurs émissions de CO2 augmenter.

Quand l'Homme sabote sa propre soupape de sécurité

Les forêts des sites appartenant au patrimoine mondial couvrent 69 millions d'hectares de notre planète, soit deux fois la superficie de l'Allemagne, et jouent un rôle crucial dans la régulation du climat. Les arbres absorbent le CO2 dans l'air et le transforment, en séparant le carbone de l'oxygène qu'ils relâchent dans l'atmosphère. Le carbone est stocké dans les racines, le tronc, les branches, les feuilles et il va servir à créer la matière organique nécessaire à la croissance de l'arbre.

Grâce à ce mécanisme vertueux, les forêts classées ont retiré de l'atmosphère, selon le rapport de l'Unesco, environ 190 millions de tonnes de CO2 par an entre 2001 et 2020, ce qui équivaut à environ la moitié des émissions de carbone du Royaume-Uni provenant des combustibles fossiles en 2019.

Cette soupape de sécurité est cependant menacée par l'Homme lui-même et par les pressions qu'il exerce sur les sols : exploitation forestière illégale, récolte du bois et empiètement agricole dû à l'élevage/pâturage et aux cultures. Entre 2001 et 2020, les forêts du patrimoine mondial ont ainsi perdu 3,5 millions d'hectares, soit plus que la superficie de la Belgique. Or, dans la lutte contre le changement climatique, chaque hectare est précieux. "Sur 55 sites, un hectare moyen de forêt du patrimoine mondial peut absorber en un an la même quantité de carbone que celle émise par une voiture particulière", affirme l'organe de l'ONU.

Et le serpent en vient à se mordre la queue puisque le changement climatique, lié aux émissions de CO2, et les phénomènes météorologiques violents qui y sont associés (incendies, tempêtes, inondations, sécheresses, températures extrêmes et modification/altération de l'habitat) menace lui aussi les forêts. L'ensemble de ces pressions concernent environ 60% des sites du patrimoine mondial.

Trois pistes pour inverser le cours des choses

Lors de la COP26, qui débute le 31 octobre à Glasgow (Écosse), l'objectif numéro 1 sera de convaincre quelque 200 pays de faire davantage pour réduire leurs émissions de carbone dans le but de contenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 °C par rapport à l'ère pré-industrielle, seuil ambitieux fixé en 2015 par les accords de Paris. Alors que les concentrations de gaz à effet de serre, facteurs du réchauffement climatique, ont atteint l'an dernier des niveaux records, l'"élimination du dioxyde de carbone" (EDC) directement dans l'atmosphère, qui passe par le renforcement des capacités naturelles de la Terre à absorber et stocker le carbone, sera pour cela essentielle.

Dans un communiqué, l'Unesco liste trois voies d'actions pour aller dans ce sens et protéger les forêts. L'organisation souhaiterait premièrement que des plans d'adaptation au changement climatique soient adoptés sur chaque site classé, permettant des réponses rapides et efficaces en cas de catastrophe. "Lorsque des événements liés au climat, tels que des incendies extrêmes, se produisent, des jours précieux sont souvent perdus pour organiser une intervention d'urgence en raison du manque de financement et de données fiables, alors que pendant ce temps, d'importantes émissions peuvent être libérées", souligne l'Unesco.

Les auteurs du rapport voudraient également que les terres autour des sites classés soient aussi protégés, pour préserver leur équilibre. "La plupart des pressions exercées sur les sites du patrimoine mondial proviennent de l'extérieur de leurs limites, où la protection des forêts est plus faible", font-ils remarquer.

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Enfin, l'Unesco réclame à ce que les sites du patrimoine mondial soient explicitement inclus dans les politiques nationales des pays "car ils ont le potentiel inhérent de servir de laboratoires vivants et d'influencer l'élaboration des politiques". "Par exemple, le programme de recherche du Gabon au parc national de la Lope depuis le début des années 1980 a servi de base à de nombreuses politiques nationales liées à la conservation et au climat", explique le communiqué.

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