Biodiversité : la France a-t-elle perdu "30% de ses oiseaux" à cause des activités humaines ?

Les associations de protection des oiseaux s'inquiètent de l'impact des activités humaines sur la faune.

BIODIVERSITÉ - Pour appuyer son projet de défense d'une écologie "radicale", Sandrine Rousseau étaye ses discours de chiffres marquants. Elle indique notamment que la France a perdu 30% de ses oiseaux. Un chiffre fiable, qui porte sur les 30 dernières années.

Favori de la primaire écologiste, Yannick Jadot est arrivé en tête du premier tour d'une courte tête (27,70%), dimanche 19 septembre. Non loin de lui, avec 25,10 % des voix, Sandrine Rousseau lui oppose un discours volontiers plus radical. Partisane de mesures fortes, elle enchaîne les passages dans les médias afin de présenter ses idées et de convaincre les votants écologistes de lui faire confiance en vue de l'élection présidentielle.

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Parmi les éléments que Sandrine Rousseau répète dans ses interventions, le fait que des multiples événements climatiques extrêmes se sont produits à travers l'Europe et le monde durant l'été. Mais aussi qu'en France, l'impact des activités humaines se traduit par une réduction massive de la biodiversité. "On a perdu 30% de nos oiseaux", lançait-elle encore ce lundi matin à l'antenne de France Inter. Un chiffre qui provient d'une étude très sérieuse dévoilée au printemps.

Les populations de 43 espèces régressent

Pour mesurer l'évolution des populations d'oiseaux à travers le territoire français, le Muséum d'histoire naturel, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et l'Office français de la biodiversité (OFB) sont associés. Ces organismes coordonnent un programme nommé STOC, acronyme qui désigne le "Suivi Temporel des Oiseaux Communs". Des rapports annuels sont ainsi réalisés en suivant "un protocole répété chaque année par un réseau d’ornithologues bénévoles répartis sur tout le territoire". Le chiffre avancé par Sandrine Rousseau provient de ces travaux, et plus précisément du rapport 2019. Ce dernier marquait un cap important puisque le STOC célébrait ses 30 ans. L'important recul mis en exergue est venu confirmer le déclin de nombreuses espèces communes dans nos villes et nos campagnes.

Précisons d'emblée que l'ensemble des oiseaux transitant ou vivant sur le territoire national ne sont pas étudiés. "Les variations d’abondance de 123 espèces sont calculées", indique le document, ajoutant que "parmi celles-ci, 75 sont mobilisées en tant qu’indicateurs". Les tendances observées "sont agrégées afin d’obtenir un aperçu de l’état de santé des communautés d’espèces regroupées par habitat". Afin d'optimiser la fiabilité des mesures, ce programme d'étude s'appuie sur un "modèle statistique qui produit pour chaque année et chaque espèce un paramètre de différence d’abondance" par rapport à une année de référence.

En marge de la publication de ce rapport, le Muséum a noté que sur la période étudiée (1989-2019), "les populations de 43 espèces régressent, comme l'hirondelle de fenêtres, le chardonneret élégant ou la tourterelle des bois", tandis que "32 espèces sont en expansion, comme le pigeon ramier ou le rouge-queue à front blanc". Les autres espèces, quant à elles, "sont stables ou en trop faible effectif pour déterminer une tendance significative"

Il est important de souligner que, contrairement aux apparences, il n'est pas toujours bon signe de voir certaines populations progresser numériquement de manière importante. "Ce phénomène d’accroissement des espèces qualifiées de 'généralistes' révèle en fait une uniformisation de la faune sauvage, signe d’une banalisation croissante des habitats et d’une perte de biodiversité", indiquent les spécialistes.

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Il apparaît difficile, aux yeux des organismes de protection de la faune, de décorréler ces évolutions des activités humaines. "La chute la plus importante concerne les oiseaux spécialistes des milieux agricoles (-29,5%)", précise le rapport. "Cette

forte disparition est concomitante de l’intensification des pratiques agricoles ces dernières décennies", peut-on lire, "plus particulièrement depuis 2008-2009 [...], période qui correspond entre autres à la généralisation des néonicotinoïdes, insecticides neurotoxiques très persistants", ou encore à "la fin des jachères imposées par la politique agricole commune."

La ville n'est pas épargnée puisque "les oiseaux spécialistes du milieu urbain subissent un déclin similaire (-27,6%)". Et ce pour des raisons qui demeurent aujourd'hui encore "mal expliquées, et certainement multiples : diminution des ressources alimentaires, notamment des insectes, comme dans les milieux agricoles".  Les études menées grâce aux donnés du STOC, explique le Muséum, "démontrent notamment l’impact du dérèglement climatique sur les communautés d’oiseaux communs". Les déplacements des populations d'oiseaux traduisent ainsi les tentatives d'adaptation à des milieux qui évoluent à grande vitesse. 

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