"Les fluctuations du climat ont toujours existé" : un argument climato-sceptique trompeur

Les activités humaines précipitent les

CLIMAT - Les prédictions alarmistes du Giec inquiètent et font émerger, en retour, des discours climato-sceptiques. Une fluctuation des températures à travers l'histoire a toujours eu lieu, oppose-t-on aux climatologues. Un argumentaire dénoncé par les experts.

Récemment diffusé avant relecture et validation, le brouillon d'un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a livré un constat pour le moins inquiétant au sujet de notre avenir. Une "humanité à l'aube de retombées climatiques cataclysmiques", a résumé l'Agence France Presse, qui a eu accès au document et l'a relayé. Des "impacts irréversibles pour les systèmes humains et écologiques" sont notamment évoqués si l'augmentation des températures dépasse 1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle. Un cap fixé par l'accord de Paris en 2015, mais qui se révélerait aux yeux des experts déjà dramatique.

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Si des responsables du Giec ont déploré la fuite d'un document encore en pleine élaboration et nécessitant de nombreuses retouches, les réactions se sont multipliées en l'espace de quelques jours. Quand les associations de protection de l'environnement dénoncent l'inaction des pouvoirs publics dans le domaine climatique, des voix discordantes se font aussi entendre, comme ce fut le cas le 4 juillet sur le plateau de CNews. En plateau, plusieurs intervenants ont échangé afin de savoir s'il fallait "croire le rapport du Giec". Est notamment intervenu l'ancien ingénieur et haut fonctionnaire Christian Gerondeau. Présenté comme "essayiste", il a évoqué "une courbe de l’ordre de 1°C par siècle" en parlant de l'évolution des températures à l'échelle du globe. Courbe "qui monte, mais qui peut descendre", ajoutant que ces "fluctuations ont toujours existé". Pour lui, il n'y a en somme "pas de quoi affoler qui que ce soit".  Un argumentaire classique dans la rhétorique climato-sceptique.

Rien de semblable en 10.000 ans

Chercheuse au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies, Sophie Szopa est chimiste de l'atmosphère et également experte auprès du Giec. Sollicitée par LCI, elle déplore comme de nombreux confrères et consœurs qu'un document de travail ait récemment fuité, précisant en passant que ses observations sont décorrélées du rapport à venir de l'organisation. Les températures, elle le confirme, ont évolué à travers l'histoire de notre planète. "Si on revient dans le passé de la Terre, il y a des climats qui ont pu être très différents, et même beaucoup plus chauds que ce que l'on connaît ou ce que l'on prévoit", indique-t-elle. "Mais c'était il y a plusieurs dizaines de millions d'années."

La spécialiste précise qu'avec les données à notre disposition, "on sait qu'il n'y a rien de semblable aux évolutions du climat qu'on connaît aujourd'hui sur les derniers 10.000 ans". Surtout, quand on lui expose ces discours climato-sceptiques, la scientifique insiste sur le fait que "ce qui fait vraiment toute la différence, c'est la vitesse à laquelle les changements se produisent". Depuis le milieu du XIXe siècle et la fin de l'ère préindustrielle, la hausse des températures moyennes a atteint 1,1°C. Mais comme l'explique le Giec, le pire est devant nous. "Suivant les trajectoires, on peut aller de 1,5 degré à plus de 3 degrés, et il s'agit de quelques dizaines d'années", glisse Sophie Szopa. De fait, cela engendre des "enjeux d'adaptations très fort", en particulier dans le domaine agricole. Sans même évoquer les conséquences sociales (avec par exemple les flux de réfugiés), ni les conséquences sur la biodiversité et les écosystèmes. 

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Si les travaux ne montrent pas nécessairement une accélération du réchauffement climatique, "nous nous trouvons à un moment où l'on en observe nettement les effets", note la docteure en chimie de l'atmosphère. "Comme les vagues de chaleur que l'on ressent de manière critique", ajoute-t-elle, en écho à celle que connaît actuellement l'Amérique du Nord. Experte auprès du Giec, elle rappelle que cette institution compte des centaines d'experts, et que les différentes publications sont le fruit d'un travail "qui s'opère sur plusieurs années, fait d'échanges avec la communauté scientifique, mais aussi avec les gouvernements". Une manière de prendre en compte au maximum les éléments scientifiques à disposition, et de parvenir à effectuer des projections en se basant sur les politiques publiques engagées dans le domaine du climat. Symboles de la rigueur de l'organisation : le brouillon qui a fuité ne prenait pas en compte les quelque 40.000 commentaires formulés suite à des relectures. Soit autant d'ajustements, précisions et correctifs à envisager pour améliorer la qualité du rendu final.

Via son compte Twitter, la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au CEA et elle-aussi membre du Giec, a tenu à réagir en dénonçant "un ensemble spectaculaire de fausses informations concernant l'état des connaissances scientifiques sur le climat". L'occasion également de repréciser que le réchauffement actuel est "inédit en amplitude, inédit en vitesse sur 50 ans", mais aussi "fondamentalement différent des fluctuations précédentes (anomalies douces pendant la période romaine ou médiévale) par sa cohérence spatiale". Désolée d'observer des discours climato-sceptiques partagés à des heures de grande écoute, elle a par ailleurs indiqué avoir effectué un signalement auprès du Conseil supérieur de l'Audiovisuel. Le CSA qui a été saisi par d'autres chercheurs ces derniers jours au sujet des mêmes propos, a appris LCI.

Christian Gerondeau, pas un simple "essayiste"

Durant l'émission, personne n'a remis en cause le discours de Christian Gerondeau, présenté de manière réductrice comme un simple "essayiste". Âgé de 83 ans, ce polytechnicien a derrière lui une importante carrière dans l'administration et reste connu pour avoir en 1973 été à l'origine de la mise en place des limitations de vitesse sur les routes. Le port obligatoire de la ceinture de sécurité et du casque à moto ? C'est également lui. Très concerné par la question des transports – il demeure président délégué de l’Automobile Club de France – il a évolué à l'issue de sa carrière pour se consacrer aux questions environnementales, multipliant les essais sur le sujet.

CO2 : un mythe planétaire, Climat : la grande manipulation, Oui, vous pouvez acheter un Diesel ! ou encore La religion écologiste, autant d'ouvrages aux titres évocateurs, qui ont depuis 2007 contribué à faire de lui l’une "des figures du mouvement climato-sceptique français", comme l'a écrit Le Monde. Toujours prompt à dénoncer les conclusions des travaux du Giec, il le décrit à tort comme n'étant "pas un groupe d'experts", sans toutefois préciser qu'il n'a lui-même aucune formation ou parcours scientifique, encore moins dans le domaine de la climatologie.

Outre un possible attachement à l'automobile (et avec elle aux énergies fossiles), la persistance de ses discours climato-sceptiques pourrait aussi s'expliquer par l'intérêt manifesté par une partie du grand public. Sensibles à ces arguments et refusant de considérer la climatologie comme une science, de nombreux citoyens voient dans les travaux du Giec ou dans les différents rapports sur le réchauffement climatique des outils de propagande écologistes. Des ressorts sur lesquels s'appuient les promoteurs du climato-scepticisme, dont Claude Allègre fut à une époque un représentant illustre. Paru en 2010, son ouvrage L'Imposture climatique s'était vendu, dixit l'auteur, à près de 200.000 exemplaires.

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