Pluies diluviennes et flots de déchets à Marseille : quels risques pour la santé et l'écosystème ?

Pluies diluviennes et flots de déchets à Marseille : quels risques pour la santé et l'écosystème ?

DANGER - À Marseille, où des pluies diluviennes ont éparpillé quantité de déchets jusqu'à la mer, des risques sanitaires et environnementaux viennent s'ajouter aux dégâts matériels. Explications.

C'est en quelque sorte une double, voire une triple peine. À chaque épisode d'intempéries de forte intensité, aux inévitables dégâts matériels, viennent s'ajouter d'autres dangers : sanitaires et environnementaux en l'occurence. À Marseille, où il est tombé en une nuit "l'équivalent de plusieurs mois de précipitation" selon Météo-France, soit jusqu'à 180 mm d'eau, ce sont ces risques qui concentrent désormais l'attention des experts.

La situation suscite d'autant plus d'inquiétudes, qu'après une semaine de grève des éboueurs et malgré une reprise du travail durant le week-end, les déchets qui ont continué de s'amonceler jusqu'à lundi dans les rues de la ville sont disséminés par les pluies, certains se déversant dans la mer.

"Une grosse dose de produits toxiques"

"Le gros effet de ces intempéries, c’est la pollution marine", confirme le professeur en santé publique Yves Lévi, redoutant "l'impact sur la faune qui va se prendre une grosse dose de produits toxiques". À la pollution qui saute aux yeux, ce membre de la commission spécialisée "risques liés à l’environnement" ajoute celle que l'on ne voit pas, liée entre autres aux "métaux présents sur les toitures, au lessivage des sols, aux hydrocarbures et zinc présents sur la circulation automobile". Et d'insister : "La pluie lessive tout."

Elodie Martinie-Cousty, pilote du Réseau Océans, mer et littoraux de France Nature Environnement, s'inquiète elle aussi de cette "augmentation de la pollution tellurique, c’est-à-dire tout ce qui vient de la terre et arrive dans la mer". Une pollution déjà présente "même quand il n'y a pas d'intempéries, avec beaucoup de choses qui ne passent pas les cours d'eau dont les pollutions chimiques", rappelle-t-elle. "Là, on la voit parfaitement avec toutes ces canettes, ces bouteilles en plastiques et toutes ces ordures que chaque Marseillais aurait dû garder chez lui en attendant la fin de la grève."

"On n'y arrivera pas"

"C'est de la responsabilité de la région de faire en sorte que ces déchets n'arrivent pas dans la mer", poursuit la responsable associative. "Le problème, c’est d'aller les chercher maintenant qu'ils sont disséminés dans la nature", souligne-t-elle. "C'est forcément ce qui va être le plus couteux et qui va prendre le plus de temps." Et de conclure, fataliste : "Ce qui est terrible, c’est qu'on n'y arrivera pas."

La situation est "catastrophique", dénonce également Isabelle Poitou, biologiste et directrice de l'association MerTerre à Marseille, évoquant "des pluies torrentielles qui agissent comme une chasse d'eau en lessivant les bassins versants". Selon elle, "il est indispensable de venir ramasser les déchets sur les plages mardi ou mercredi" car "un fort Mistral est attendu" et "demain, après-demain, ces déchets flottants vont être poussés par le vent d'Est, vers les plages du Frioul par exemple." 

De quoi craindre une grave pollution, avec des risques environnementaux d'ores et déjà prévisibles. "Tous les objets, les microparticules, les plastiques qui pénètrent dans le milieu marin contribuent à en augmenter l'acidité, à éroder la biodiversité, et à aggraver la situation dans laquelle nous nous trouvons." 

"Obligés de tout laisser partir"

Comment en est-on arriver là ? "À Marseille comme dans d'autres grandes villes du bord de la Méditerranée, les réseaux pluviaux ne sont pas raccordés aux stations d'épuration, sauf dans l'hypercentre, où il y a un déversoir d'orages qui stocke les eaux de pluie avant qu'elles soient traitées par la station d'épuration", rappelle Isabelle Poitou. "Mais cela ne représente que 20% du territoire marseillais."

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En conséquence, "à l'extérieur de cette zone restreinte, les déchets partent donc directement à la mer" car "les seuls traitements sont effectués par des 'dégrilleurs'". Or, "plus le débit d'eau est important, moins les barreaux des grilles sont resserrés", la priorité étant "de laisser passer l'eau pour éviter les inondations", explique-t-elle. "Quand il pleut comme ça, ils sont obligés de tout laisser partir."

"Porter systématiquement des gants"

Cette pollution marine liée aux intempéries peut-elle également impacter la santé humaine ? "Il y a un risque indirect notamment si des pécheurs vont pécher en ce moment pour vendre leurs poissons ou les consommer", confirme Yves Lévi, également ancien président du comité d’experts "eaux" de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Ce dernier conseille plutôt "d'attendre quelques jours que ça se dilue avec les courants". L'autre danger potentiel concerne les baigneurs à qui il préconise, là encore, d'éviter le contact avec l'eau ces prochains jours.

Plus largement, le spécialiste en santé publique recommande à tous les sinistrés susceptibles d'avoir un "contact cutané" avec "ces eaux potentiellement contaminées", pour déblayer par exemple, de "porter systématiquement des gants" et "de bien se laver la peau après". Faute de quoi, le principal risque est "de faire pénétrer des produits chimiques dans le corps" et, a minima, "de voir apparaitre des irritations cutanées". En cas d'odeur suspecte en présence d'eau ces prochains jours, il appelle par ailleurs à "contacter sans hésiter les pompiers" pour écarter tout risque.

"Un risque d'allergies chez les publics fragiles"

L'humidité résiduelle liée à ces intempéries représente elle aussi un risque pour la santé humaine, ajoute Yves Lévi. "C'est déjà un vrai problème en dehors des inondations, mais ça s'aggrave encore plus dans ce contexte", confirme-t-il. "Si dans les parties inondées, l'eau s'infiltre dans les sous-sols et les murs, ça peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois". Avec "un risque de moisissure dans l'habitat" et "d'allergies respiratoires chez les publics fragiles notamment chez les enfants".

S'il revient dans pareil cas aux autorités sanitaires de délimiter les zones les plus sinistrées pour éventuellement décider d'un relogement, rappelle-t-il, les habitants concernés eux ne peuvent à leur échelle que "laisser sécher, aérer, en laissant un courant d'air et vider si nécessaire". En d'autres termes, conclut-il, échapper à l'humidité s'avère "très délicat".

Dernière conséquence éventuelle - et non des moindres - des fortes précipitations ayant engendré ces "rivières de déchets", une "prolifération de rats" pourrait être constatée au cours des prochains jours.

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