La Sécurité civile face aux incendies en Europe : "c'est exceptionnel d'avoir autant de forces engagées"

Un canadair intervenant durant l'incendie d'Anglet le 30 août 2020

INTERVIEW - Des moyens exceptionnels, humains et matériels, sont déployés simultanément sur plusieurs théâtres d'opérations. En Grèce, en Macédoine du Nord, en Italie et depuis aujourd'hui en Algérie, des canadairs, des pompiers et des experts français sont partout. Le commandant Alexandre Jouassard, de la Sécurité civile, nous explique comment est géré ce déploiement sans précédent hors de nos frontières.

Ils semblent être partout à la fois. Des soldats du feu français, des experts, et un certain nombre de nos bombardiers d'eau, ont été envoyés en réponse aux appels de la Grèce, de l'Algérie, de la Macédoine du Nord ou de l'Italie. Quelle est la situation sur le terrain ? Ce déploiement exceptionnel est-il voué à se reproduire ? Et que se passerait-il si la France était touchée à son tour par des incendies de grande ampleur ? Le commandant Alexandre Jouassard, porte-parole de la Direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC), répond à ces trois questions.

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Qu'en est-il exactement des moyens mobilisés par ces catastrophes simultanées ?

Nous sommes déployés sur plusieurs théâtres d’opérations à l’extérieur du territoire. Le premier, c’est la Grèce, vers laquelle des moyens ont été envoyés depuis plusieurs semaines. On a environ 250 membres de la Sécurité civile présents là-bas, ainsi qu’une soixantaine de véhicules terrestres, avec aussi trois Canadairs et un avion de reconnaissance Beechcraft en soutien. Ces trois Canadairs seront de retour à Nîmes ce soir mais, sur demande de l'Union européenne, ils vont effectuer en rentrant des largages d'eau sur les incendies en Italie, pendant 3 ou 4 heures - c’était vraiment sur leur route -, avant de regagner le territoire national. C'est pour préserver nos moyens et prendre en compte le risque de feux de forêt qui se profile à l'horizon. 

La deuxième mission extérieure, on l'oublie, c’est la Macédoine du Nord, où nous avons sept spécialistes : trois experts en feux de forêt qui sont là pour évaluer les risques, et quatre "dronistes", qui eux apportent leur savoir faire pour améliorer la connaissance des faits sur place (grâce à une observation aérienne réalisée par drone, NDLR). 

Enfin, nous avons désormais en Kabylie deux Canadairs et un Beechcraft, partis ce matin de Nîmes-Garons et arrivés aux alentours de midi à Alger. Ils devaient débuter les missions dans la journée, avec des largages sur la région de Tizi Ouzou, où les feux sont les plus intenses. Les autorités algériennes avaient besoin d’un appui aérien, et c’est spécifiquement ce qu'elles ont demandé au Mécanisme européen de protection civile. La France a répondu la première à cette sollicitation précise, pour une durée limitée à 72 heures, et a été choisie.

La "balance permanente des moyens"

La France semble se diriger vers un épisode caniculaire, que se passerait-il si des incendies débutaient chez nous ?

Lorsqu'on envoie des moyens à l'extérieur, on anticipe évidemment que si on en avait besoin sur notre territoire, on ne soit pas pris au dépourvu. Pour les effectifs et l'équipement terrestres, on est sur une "balance permanente de moyens". Ce qui vaut actuellement pour les feux de forêt, vaut également pour les inondations, les tempêtes ou d’autres crises : très régulièrement, au cours d’une année, on envoie des moyens à l'extérieur du pays. Et à chaque fois, on rééquilibre nos moyens sur le territoire national, en fonction des zones. Par exemple là, on a envoyé à l'étranger des moyens, matériels et humains, principalement depuis le Sud-Est de la France. Dès lors, il y a des colonnes "feux de forêt" qui viennent en renfort, en l’occurrence du Nord-Est et de l'Île-de-France. Ils ont des moyens adaptés, et des formations spécialisées. Donc on a en place la même réponse opérationnelle et elle est permanente. Le cas s’est présenté dans le passé, lors de gros feux dans les Pyrénées-Orientales ou en Gironde. On savait que les moyens terrestres locaux étaient très sollicités, et on a équilibré avec ceux de Meurthe-et-Moselle ou d'Île-de-France.  En ce qui concerne les moyens aériens, notre stratégie d'attaque sur les feux naissants nécessite d'utiliser notre flotte aérienne, notamment nos Canadairs. Avec les trois qui reviennent de Grèce, ceux qui étaient en Italie initialement, et qui sont déjà revenus, et les deux qui sont partis en Algérie, nous sommes en mesure d'assurer notre réponse opérationnelle dans les airs. D'ailleurs, dans un peu plus de 72 heures, nos moyens déployés en Algérie seront de retour sur le territoire et pourraient donc affronter de potentiels départs d'incendies favorisés par la vague de chaleur.

Ce qui se passe en Italie ou en Grèce, pourrait un jour se produire en France- Commandant Alexandre Jouassard

Cette surmobilisation des moyens est-elle exceptionnelle ? Et ne risque-t-elle pas de devenir la règle ?

Il est vrai que l'on est sur actuellement sur quelque chose de particulièrement intense. Il ne faut d'ailleurs pas  oublier, sur le plan national, ceux que l'on a envoyé affronter la situation sanitaire en Guadeloupe et en Martinique. C'est exceptionnel d'avoir autant de forces engagées à l’extérieur comme à l’intérieur du pays. Par le passé, notamment sur des ouragans comme à Saint-Martin, on avait envoyé 70 à 100 membres de la Sécurité civile. Mais là, si on cumule tout le monde, on a plus de 350 personnes déployées sur les divers théâtres d'opérations. Or, avec le réchauffement climatique, cette situation semble appelée à se reproduire à l'avenir. C'est ce que nous avons anticipé, par exemple en développant nos "pélicandromes", c’est-à-dire les bases d'accueil pour nos avions. Nous avons aussi commandé trois Dash supplémentaires qui seront livrés en 2023. Ces avions à très grosse capacité de retardant, qui permettent de freiner la progression des incendies, seront donc désormais huit au total.

Ce qui se passe en Italie ou en Grèce, pourrait un jour se produire en France, avec un feu qui nous échappe sur une surface très importante. Mais, étant donné qu’on est le premier contributeur au niveau de l'Union européenne, les autres pays amis viendraient nous rendre ce service aussi, je n'ai aucun doute à ce sujet. C'est vraiment un des points importants de la Sécurité civile, cette solidarité à laquelle nous participons. 

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